Parc du Portugal


le chant

des oiseaux

que le soir agite

la ville s’ouvre

un souffle

dans les branches

la lumière se retire

nous sommes cent

peut-être mille

sous la maison

aux volets clos

une voix

soudain

lance un vers

nos visages

s’irradient

Caroline Dufour

(de) La retenue

 

au temps

au regard

à la lumière

 

au jour déjà commencé,

qui devra prendre date

aux mots écrits pour ce jour-là.

 

à la lumière

 

soustraire au sens du fleuve,

au temps,

ce qu’il charrie,

ne pas le regarder couler

s’enfouir sous le vert gazon

qui borde ses rêves.

 

soustraire au cours ma propre voix

le monde à mes yeux

 

ce matin

au temps

au regard

à la lumière.

 

Lucie Taieb

Margherita Premuroso

(de) Quel est ce visage ?

 

à chaque nom

il manque d’être

le nom

chacun fut un début

qui rêva de fonder

le commencement

 

chacun dans ce rêve

s’est couvert d’un visage

floraison du bref

que sa propre brièveté

efface

 

Bernard Noël

Klavdia Balampanidou

(de) Le poids de l’ombre

 

Tu peux m’appeler cygne, ombre

dévoilée. Tu peux m’appeler

draps tissé d’eaux lancinantes,

corne nuptiale.

Je ne suis rien sinon sur ton corps

un éclat

de soleil, de sang ou de sel.

Eugénio de Andrade

Tim Engle

L’art

 

d’écrire des poèmes, disons,

n’est pas une histoire de réussite personnelle

cette surprise

 

Sur le chemin du travail

deux papillons blancs

& du trèfle le long des trottoirs

 

de demander

de vouloir en tirer autant.

 

Paul Blackburn

 

(de) Veillées

 

C’est le repos éclairé, ni fièvre ni langueur, sur le lit ou sur le pré.

C’est l’ami ni ardent ni faible. L’ami.

C’est l’aimée ni tourmentante ni tourmentée. L’aimée.

L’air et le monde point cherchés. La vie.

– Était-ce donc ceci ?

– Et le rêve fraîchit.

 

Arthur Rimbaud

Antoine Henault

 

Octobre blanc



chassée

par le vent

une page

autrefois arrachée

au cahier du jour

et aussitôt après

cet enfant –

moi ?

trempé de pluie

qui passe

sans un regard

devant

la closerie

terrain-vague

Kazuko Nishimura

Clay Maxwell Jordan

Vers onze heures


et puis

c’est le jour d’après

différent – plus las

peut-être

les rues sont vides

il manque

la joie la chair

le nombre

de quoi rattraper l’oubli

sur un mur

en retrait

à la craie j’écris –

si j’étais un arbre

j’ouvrirai mes bras

pour étouffer

la lumière

 Caroline Dufour

Grille

 

Derrière les barreaux

on entrevoit

une figure en attente

Une jeune fille

un écolier

un prisonnier

Subrepticement

à la nuit tombante

lui faire passer

une lettre

une plume de geai

la clef des champs

 

Michel Butor

Nirav Patel

 

(de) Au bord de l’infini

 

Des pinces à linge

En situation périlleuse

Retenant une robe si parfaite

Dans son contentement suspendu

Des draps blancs maculés

Des seaux d’eau sale

Une femme balaie le vent

Un jour idéal

Pour laver

La mémoire

 

Carolyn Carlson

Natsumi Hayashi