Ce qui venait



j’ai marché tôt

avant que le jour

ne pèse


l’ombre

était mince

elle suffisait


je n’avais rien

à offrir

rien à partager

le silence était

joyeux


je laissais venir

ce qui venait

Claire Adelfang

Muse / 13



séparés


le feu de la cendre

du ciel nos paupières

la rivière de ton reflet


pourtant

à voix basse

la nuit

je t’appelle


comme si

tu pouvais venir

jusqu’à moi

Caroline Dufour

(de) Le jour se tait



Nous froissons

un murmure

sans y prêter

plus d’attention

encore un pas

doucement


pour se laisser

soulever

jusqu’aux feuilles


s’approcher

de l’éternité


Anne-Lise Blanchard

Olivier Debré

André


un peu de ciel

entre les branches

une odeur

de terre mouillée –


le jour qui vient

déjà baigne

dans sa propre clarté


une grive

s’envole

de derrière un bosquet

une autre suit


le cœur en oublie presque

de réclamer

Georges Kamelakis

Marguerite



il arrive

parfois

que le vent renonce

avant la voile


alors la mer

recueille

en silence

ce qui n’a pas lieu


et rien

dis-tu

ne s’en plaint

(L’hôtel des roches noires)

L’oiseau



le vent d’orage

effeuille

l’arbre qui tremble


entre les branches

le ciel devient gris


la pluie arrive


soudain

un oiseau file dans ce qui tombe

je le perds des yeux

Léonard Bourgois-Beaulieu

La sorcière



Tout le monde sait que je disparais

sauf toi.

Je dors à tes côtés, et la nuit je sors

du lit en laissant mes jambes près de toi.

Ce qui est sûr, c’est que je disparais

mais avec toi

(du moins laisse-moi le croire !)

Je suis la perle qui créée son âme rugueuse

et triste.


Carmen Boullosa

Hajime Kimura

Lisière



cette lueur

jaune

sous la porte –


peut-être

une âme en peine

peut-être un trouble

du sommeil

peut-être rien


la lueur

soudain s’éloigne


qui sait

ce que le cœur invente

ou reconnait

Kyle Tomson

Le verre



à la manière

dont tu tiens ton verre

je sais

que tout est déjà dit 


la nuit

jette

des éclats de lune par-dessus

la terrasse


dans l’ombre

court le bruit d’un moteur

le vent faiblit


nous ne sommes

rien de plus

Adèle Berthelin

Bei


sur le clavier

des heures

une note

demeure à mon insu

elle éclaire

un endroit que le cœur

n’atteint pas

dehors

un merle appelle le jour

je vis –

sais-tu

comme si rien

ne manquait

Hajime Kimura