Après coup

.

la nuit

où nous avons parlé de vous

et des autres

de ce qu’il advient

quand l’hiver inflexible dure sous la peau

un court instant

il m’a semblé voir une lune

rose

Anne Jebans-Focquet

(de) Phrases pour un orage

.

On n’est pas heureux

Sous l’azur fragile.

.

En ce jardin je sais je ne sais quoi.

Les feuilles sont un peu plus larges,

Un peu moins vertes que leur nom.

.

L’azur enfante l’ombre

(Le fruit de sa pourriture).

.

La terre aborde son silence

Qui l’attendait.

.

Jean Tortel

Jordi Ruiz Cicera

Comme si rien n’était

.

et

de peigner le cheveu qui dépasse

et

de revenir en arrière

et

d’obéir au tumulte des voix

et

de fouiller la beauté des visages

et

d’attraper un bras ou la bouche

et

de voir la nuit en douceur

tomber

Ataa Oko

(de)  Boue

XIX

.

assez longtemps après

ce ne sont plus les dessins qui viennent

mais le bleu

.

vrai

il ne servirait à rien de retourner

.

il ne sert à rien même

de se retourner

encore

.

encore que

les arbres oui peut-être les arbres

le double platane

peut-être

le vent ou le rien des ces soirs

dans la vitre et cet espèce de calme

intense

.

Ce fouillis de feuilles

.

de quoi fait-il vraiment

se souvenir

on se demande

.

Antoine Emaz

(de) Le ciel brûle

.

La guerre, la guerre ! – Encens et icones –

Les éperons jacassent,

Mais je n’ai rien à faire ni du tsar

Ni des querelles des peuples.

.

Comme sur une corde fêlée

Je danse – petit danseur.

Je suis l’ombre d’une ombre. Je suis lunaire

De deux sombres lunes.

.

16 juillet 1914

Maria Tsvétaieva

La vie sans fin

.

suis ces bêtes

qui traversent avec

leurs prairies

les orées

le ciel et l’ombre sous

les nuages

aussi la flache

pleine de petits têtards

et le sentier pierreux

sur lequel un bâton te tient

par la main

.

tout est encore là

Albert Louden

(de) Poésie verticale

.

Une vitre opaque dérange parfois la matière du monde

 élague le rêve du regard

et nous fait toucher ce que nous ne voyons pas

.

La réalité se concentre alors sur un insecte

apparemment exclu,

sur sa mort sans style,

sur le calice inerte de sa minime histoire.

.

La réalité s’égoutte,

patiente distillation

qui mouille la vitre opaque

et aussi nos doigts.

.

La réalité est une histoire

minime et voilée.

.

Roberto Juarroz

Dan Mattews

Le pain dur

.

si longtemps

que la main bouge

la somme reste la même

le corps est dans la tête

il y souffle le feu

mais dans le débord de mots

qui mangent la bouche

ou du commis en dedans

à son insu

on l’entend

Jean-Christophe Béchet

(de) La mort à distance

.

J’ai cru qu’on m’appelait

par mon nom

.

qu’on me tendait une main

mais c’était moi marchant

avec moi

.

nulle part au monde

.

Claude Estéban

Ataa Oko

Soi-même comme un autre

.

ce visage

qui n’est pas le mien

ni tout à fait autre

qui n’est pas non plus celui que je quitte

au matin quand la lumière

s’éteint

Egon Schiele