Hémorragie

.

Dans l’encadrement

tu te tiens

droite

et tu appelles le chat

absent ce matin

.

Assis à la table

je te regarde de profil

et je pense qu’il va falloir

quitter ce moment

comme tant d’autres

sans y être jamais

préparé

.

Dominique Ané

Amenda Jasnowski Pascual

Sans titre

.

Peut-être un soir, un
soir peut-être tard

.

Un verre empli d’anis et
une voix qui pleure

.

Peut-être qu’une voix
pleure

.

Un verre, le soir
peut-être tard

.

Je ne vais pas, plus
très loin

.

Très, trop, plus
trop loin

.

Michael DONHAUSER

William Klein (Autoportrait)

Touffeur d’été

.

l’air chaud

et les étoiles qui clignent dans le ciel

j’imagine

.

ton visage à la faveur d’un écran

la douce inquiétude

peut-être

.

suis-je à l’autre bout

avec des mots écrits l’après-midi

ou est-il seulement question d’un songe

éclos plus en amont

Chloe Meynier

Un vieux papier

.

elle ne se soucie pas de politique

ne se soucie pas, sous la pluie

qu’un poisson transporte ailleurs un îlot, la géographie ne l’intéresse pas

au sortir du village, le soleil se lève sur tant d’horizons

que rien ne l’empêche d’atteindre le numéro 54 de la ruelle des amoureux, alors

elle ne se préoccupera pas du corps d’un homme, ni à marée basse

du poisson sur la plage — mort

.

elle se soucie moins encore de la mort, du coût des sépultures qui chaque année

grimpe

malade, elle n’y réfléchit guère, jusqu’à ne plus pouvoir bouger

ne plus pouvoir attraper le linge sur le balcon

le boire et le manger, elle n’en fait pas grand cas, les pesticides dans les légumes,

les huiles usagées, la mélamine tout cela est bien plus léger qu’une tristesse véritable

que crois-tu pouvoir contre moi? demande-t-elle comme à un amour passé

.

de quoi donc te soucies-tu ? questionne-t-il sans relâche

elle baisse la tête, aperçoit un vieux papier dans la corbeille

quelques traits de couleur

des caractères

tout chiffonnés

comme si ce papier

jamais n’avait été immaculé

.

YU Xiuhua

Aaron Canipe

Il neige en août

.

flocons de brume

lentement

sur du trottoir tiède

cela et autre chose

.

les heures passent

l’ombre dévore l’été

.

il faudrait sortir

.

moi-aussi me faire avaler

n’avoir plus rien à écrire

.

me succéder

Hülya Cömert

Conseil pour le temps présent

.

Avant tout

tu dois croire

que le jour survient

quand le soleil se lève

Mais si tu ne le crois pas,

dis oui.

Ensuite,

tu dois croire

et de toutes tes forces,

que la nuit survient,

quand la lune se lève.

Si tu ne le crois pas,

dis oui,

ou approuve en hochant la tête,

cela ils l’acceptent également.

.

Ilse Aichenger

Martin Parr

Trace de moi

.

la fois où tu sautais

sur la table

pour nous faire tomber

.

je m’en souviens

bien

c’était le matin

.

je sentais le soleil

sous ta peau

je m’accrochais

.

sans doute l’instinct

je ne savais pas pourquoi

tu faisais ça

Minnie Evans

.

(de) Corps, maisons, tumultes

.

La femme qui coud

vit dans le feuillage

d’un hiver sans oiseau.

Mais l’aube. Mais le temps.

Mais le garçon glacé

qui déchire les poèmes

qu’il n’écrivit jamais.

Roue de feu qui délire.

Obscur sans bleu

des mots frottés de mort.

.

Jacques Izoard

Jam Southam

Ce que j’en sais

.

même

si le temps fait juter l’os

la somme reste la même

.

est

ce que le corps sait

avec la souche qui nourrit

la veine et les gestes de

l’au-dedans

.

il ne pleut pas

mais vois-tu

la langue s’ennuie

.

alors

de chercher un point

de passage vers des mains

une bouche

.

une ombre

pour qu’elle se mélange

à la mienne

Bharat Sikka

Ce que le ciel observe

.

dans le rêve

qui nous occupe

l’œil propage une lumière qui brûle

nos projets

ces visages ne sont ni les nôtres

ni ceux des autres

les voix dans l’oreille refluent

vers la lenteur des âmes et par-

dessus les arbres

s’amassent les nuages

inutiles

.

comme si la vie était prise ici

à son propre piège

Margharita Chiarva