(de) Sombre ménagerie



Je me souviens

de poèmes sauvages

peu nombreux

telles des plantes nouées

qui naissent

sous la véranda

je les récite

sans bouger les lèvres

sous l’eau

ma peau a changé

je ne crois pas aux baisers



Elise Turcotte

Caroline Dufour

Levant



avant

de tendre la page

au regard de l’Autre

je me plie

à la forme qui cherche

à naître

un oiseau

plus haut s’échappe –

peut-être

voit-il lui ce jardin

que nos yeux ne sauraient

reconnaitre

j’y Beaujean

(de) Selon les sources


Il y a longtemps

nous fumes

avec la chevelure

et le serpent.

Nous avions inventé

des fables

superposé

les promesses

célébré l’alliance

voulu peindre

l’encre et le rose


Esther Tellerman

Dominique Cahier

Sans poids



à force

le pas s’ajuste

à la pierre

je marche

dans le vent

seul

un mouvement

sans entrave

et sans poids

je me dis –

ainsi

le temps reste

habitable

Grade Salomon

Angle mort



je fouille

sans précaution

dans l’angle mort

de l’absence

j’y trouve

une mer encore vive

l’élan soudain

aussi l’errance

le gisant

d’une langue lasse

des pans de lumière

sans halo

Francesca Woodman

Muse – 10



tes yeux

ouvrent une forêt

dans la nuit

je m’y guide

lové

dans le pli de ta voix

c’est un frisson

un feu discret

presque rien –

qu’à jamais

ainsi la lumière

ne la retienne

Lou Tsatas

EN UN LIEU POUR SE FUIR




Espace. Grande attente.

Nul ne vient. Cette ombre.

Lui donner comme ils font tous :

des significations sombres,

non effarées.

Espace. Silence ardent.

Que se donnent-elles entre elles les ombres ?


Alejandra Pizarnik

Trent Parke

(de) Ile royale



Profond dans la

roche qui

fossilise –

plus là –

le vent continue de bouger,

les orignaux poursuivent leur chemin,

les oiseaux atterrissent, et s’en vont –

nuages, brouillard, jours ensoleillés –

tout s’enfonce lentement

dans la pierre –

vient le jour et nous avons disparu

(plus visibles –

– plus durs et plus bas –)


Gary Lawless

Florence Monmare

Si étrange est le jour



la lumière

affleurant le mur

je me tourne

sur le côté

je cède

au silence

l’absence revient

je devais

songer  

pourtant

tout est là

sous mes yeux

intègre

presque entier –

même le poème

dans la chambre

obscure

semble respirer

Jack Davison


En chemin



le vent passe

encore chaud

il laisse

sur la peau

une trace

aussi légère qu’un jour

amoureux

moi ?

je ne cherche rien

je regarde

le mouvement des choses

je reprends la lenteur

oubliée

George Kamelakis