VERS QUI


Vers qui suis-je partie ?

Je n’entends plus l’appel

d’un nom ou d’un visage.


Il me suffit ici

d’une saison sans roses,

d’un beau temps de péril,


d’une pénurie grande,

d’un désir si brûlant

que l’espace y prend feu.


Anne-Marie Kegels

Valérie Belin

Hantise



je n’habite

plus tes bras

ni ce lieu impossible

à faire exister

certes

je t’entends encore

respirer

mais ce souffle s’éloigne

comme une eau

sur la rive

qui ne revient

jamais

Francesca Woodman

Huis clos



chambre

en friche

au bord du fossé

ni signe

ni promesse

seule

une ombre

appuyée contre un mur

muette

la lumière s’éteint –

quelque chose

comme une parole 

revient

Kathleen Meier

De midi



En quelle nuit

de mon sommeil as-tu


bu jusqu’à l’ivresse à la source


qui jamais ne tarit, en quelle

nuit où je dormais ?

Ô sombre, sombre ta livrée

Plus noire que la nuit.


Notre douleur est ta tendresse,

et maladroit ton chant

emplit la rue, ô matinale

soulé. En quelle nuit de mon sommeil

emplit notre destin

l’oraison ivre de celui-

là qui sans avoir précède


oiseau de midi pour la seconde mort


Gérard Bayo

Andoni Beristain

Muse / 15


la nuit

se déplie

et rend l’œil

à sa propre lumière

je n’ai rien

à vouloir de plus

je suis

le lent détour

du rêve

un visage me regarde –

c’est le tien

Jonathan Bertin

Jugos y tortas



je marche

seul

dans une lumière

qui ne tient rien

les visages

doucement s’effacent

les rires se défont

en chemin

la trace se brouille

de la main gauche

j’écris –

me reste-t-il assez

de ciel

pour avancer ?

Hervey Stein

l’Un sans l’Autre



la lumière glisse

sans rien retenir

sans dévier

et les jours ainsi

passent dans l’air

immobile

un peu plus de poussière

sur la table

un morceau de pain durci

et le silence de nos vies

placé au milieu

des choses

Jack Davison

Un chemin



Un chemin qui est un chemin

sans être un chemin

porte ce qui passe

et aussi ce qui ne passe pas


Ce qui passe est déjà passé

au moment où je le dis

Ce qui passera

je ne l’attends plus je ne l’atteins pas


Je tremble de nommer les choses

car chacune prend vie

et meurt à l’instant même

où je l’écris.


Moi-même je m’efface

comme les choses que je dis

dans un fort tumulte

de bruits, de cris.


Jean Tardieu

Erwin Olaf

Persistance



je pense

à toutes ces choses

qui tiennent

sans qu’on sache

comment

la main

sur la rampe

le souffle dans l’écharpe

la maison

encore là

ses vitres jaunes

et la chat endormi

Emmanuele Ravagnani

Amare / 11


dans le repli

du jour

entre deux gestes

là où les choses

parfois

s’égarent

le ciel se tait

le bleu est indifférent

nos mains se trouvent –

soudain

tout est vrai

Sophie Alyz