Culinaire


il glisse

entre chair et peau

les lamelles

de son précieux diamant noir

puis

une poignée d’aromates

et le gros oignon

par le croupion

du fil pour lier les pattes

au flanc –


la fréquentation des hommes conduit

à s’observer soi-même


je dis

citant Kafka

à l’instant même où la carcasse

pénètre

dans le bouillon clair





terrain-vague

image-2 Abraham Van Beyeren

Larme

cette larme

en lisière

quelque part

entre le silence

et la peur

tv5

Image Vanessa Vercel

(de) Nuits

Écris la parole

éteins la pensée

et va ! tombe !

sans haut ni bas

aspiré, foulé

dans les failles de l’air

entre courbures d’une mélodie

que personne ne joue –

 

Lorand Gaspar

ImageAtaa Oko

(de) cheveux emmêlés

 

Des cinq vêtements

Qu’elle portait l’un sur l’autre

Le souvenir d’un col

Où fleurissaient sur fond rose

Des chrysanthèmes en fil d’or

 

Yosano Akiko

Image Olivier Metzger

 

 

Simone Weil

« Ne jamais faire de violence à sa propre âme ; ne jamais chercher ni consolation, ni tourment ; contempler la chose, quelle qu’elle soit, qui suscite une émotion, jusqu’à ce que l’on parvienne au point secret où douleur et joie, à force d’être pures, sont une seule et même chose : c’est la vertu même de la poésie. »

Simone WEIL – « Écrits historiques et politiques »

Névrose

sous la lune

qui perce au vent

un vieux chêne

montre ses fesses

seize heures

des enfants rient

dans l’herbe jaune

non loin

en cercle leurs mères

délibèrent –

d’un buisson

soudain

le cri roux d’un chien

sans nom

tv5

Image Michel Berberian

En bas

 

Rapatrié dans l’oubli,
le dialogue convivial de nos
yeux lents.

Rapatrié syllabe après syllabe, réparti
sur les dés aveugles le jour, vers quoi
se tend la main du joueur, grande,
dans l’éveil.

Et le trop de mes paroles :
déposé sur le petit
cristal dans le fardeau de ton silence.

 

Paul Celan

Image Florence Levy

 

 

 

 

Plâtre

 

Blanc comme le gel un nu

Était suspendu à mon rêve

Les traces du ciseau qui en avaient taillé les formes

Étaient caressées par le vent de mon rêve

Et à mes yeux débordant de tristesse

Ce visage n’était pas inconnu

Ah !

Quel mystère que tu aies un corps.

Takayuki Kiooka

Image Eikoh Hosoe

Sur un quai


ce doux profil

à la lueur d’une lanterne –

on dirait le motif

d’un poisson

brossé sur de la porcelaine

mais voilà que

soudain le motif murmure

des mots

dans une langue ancienne

à peine soufflée

tv5

Image Michel Berberian