(de) Sol absolu

mais comment dire l’amour

le désastre et le commencement

le temps courbé sous la veille infinie

et les débris de plâtre

incrustés sous la peau –

 

Lorand Gaspar

ImageAtaa Oko

(de) cheveux emmêlés

 

Des cinq vêtements

Qu’elle portait l’un sur l’autre

Le souvenir d’un col

Où fleurissaient sur fond rose

Des chrysanthèmes en fil d’or

 

Yosano Akiko

Image Olivier Metzger

 

 

Simone Weil

« Ne jamais faire de violence à sa propre âme ; ne jamais chercher ni consolation, ni tourment ; contempler la chose, quelle qu’elle soit, qui suscite une émotion, jusqu’à ce que l’on parvienne au point secret où douleur et joie, à force d’être pures, sont une seule et même chose : c’est la vertu même de la poésie. »

Simone WEIL – « Écrits historiques et politiques »

Névrose

sous la lune

qui perce au vent

un vieux chêne

montre ses fesses

seize heures

des enfants rient

dans l’herbe jaune

non loin

en cercle leurs mères

délibèrent –

d’un buisson

soudain

le cri roux d’un chien

sans nom

tv5

Image Michel Berberian

En bas

 

Rapatrié dans l’oubli,
le dialogue convivial de nos
yeux lents.

Rapatrié syllabe après syllabe, réparti
sur les dés aveugles le jour, vers quoi
se tend la main du joueur, grande,
dans l’éveil.

Et le trop de mes paroles :
déposé sur le petit
cristal dans le fardeau de ton silence.

 

Paul Celan

Image Florence Levy

 

 

 

 

Plâtre

 

Blanc comme le gel un nu

Était suspendu à mon rêve

Les traces du ciseau qui en avaient taillé les formes

Étaient caressées par le vent de mon rêve

Et à mes yeux débordant de tristesse

Ce visage n’était pas inconnu

Ah !

Quel mystère que tu aies un corps.

Takayuki Kiooka

Image Eikoh Hosoe

Sur un quai


ce doux profil

à la lueur d’une lanterne –

on dirait le motif

d’un poisson

brossé sur de la porcelaine

mais voilà que

soudain le motif murmure

des mots

dans une langue ancienne

à peine soufflée

tv5

Image Michel Berberian

Le lotus rose

.


papier

de cellulose

en pure pâte

vierge

doublé sur l’épaisseur

et soufflé à l’air chaud

avec son mandrin

exempte de tout parfum

qui aisément

s’éteint dans l’eau

des broyeurs

ou des fosses

septiques

Retour de promenade

 

Assassiné par le ciel,

entre les formes qui vont vers le serpent
et les formes qui cherchent le cristal,
je laisserai mes cheveux pousser.

Avec l’arbre à moignons qui ne chante pas
et l’enfant au blanc visage d’oeuf.

Avec les bestioles à la tête brisée
et l’eau haillonneuse aux pieds secs.

Avec tout ce qui est fatigue sourde-muette
et papillon noyé dans l’encrier.

Me heurtant à mon visage différent de chaque jour.
Assassiné par le ciel !

 

Frédérico Gabriel Lorca

ImageJesse Reno