(de) le moteur blanc

 

Je suis dans le champ

comme une goutte d’eau

sur du fer rouge

 

lui-même s’éclipse

 

les pierres s’ouvrent

 

comme une pile d’assiettes

que l’on tient

dans ses bras

 

quand le soir souffle

 

je reste

avec ces assiettes blanches et froides

 

comme si je tenais la terre

elle-même

 

dans mes bras

 

André du Bouchet

Nick Turpin

 

 

 

 

L’autre

 

Tu es celui

Et tu es moi

Qui s’est guéri

Par la lumière

 

Tu es cela

D’or et de fée

Vivant réel

Sous le soleil

 

Tu es ici

Autre départ

Le jeu cruel

 

Absent dès l’aube

Tu es sans toi –

Mais le soleil

 

André Welter

 Gabrielle Sykes

 

 

Olga Tokarczuk

 

 » J’ai renoncé délibérément à travailler la langue depuis que j’ai commencé à être écrivaine. Je préfère créer des images. La langue n’est pour moi qu’un outil pour y parvenir. Voilà pourquoi la mienne est transparente. Je me souviens de l’époque où je préparais la première version de Dieu, le temps, les hommes et les anges. Mon obsession était d’atteindre à la plus extrême simplicité. A chaque fois que je trouvais une subordonnée, je l’éliminais afin que la langue devienne invisible pour le lecteur. » – Olga Tokarczuk

 

Calme du soir

 

Sens comme est proche la Réalité.

Elle respire tout près d’ici

dans les soirs sans vent.

Elle se montre peut-être quand nul ne le croit.

 

Le soleil glisse sur les herbes et les roches.

Dans son jeu silencieux

se cache l’esprit de vie.

Jamais il ne fut si proche que ce soir.

 

J’ai rencontré un étranger qui se taisait

Si j’avais tendu la main

j’eusse effleuré son âme

quand nos pas timides se sont croisés.

 

Karin Boye

Surtitha Chatterjee

 

Mont Royal



la terre

soudain se met à trembler

sous mes pieds

je me dis

maintenant

c’est au choix

autour


d’autres – en joie

parlent

rient

louent au loin les façades

cousues d’or


il y a ce vide

devant

derrière c’est au choix

en finir ou repartir

nu

sur le chemin


une chose

doucement

s’ouvre – un souffle

une présence

mais ta main

me retient

.

Brooke Dinodato

Subside


la vie

on dit

passe par la voix

mais la mienne

est pleine

jusqu’au dégout

de mots inutiles

terrain-vague

Mark Forbes

Insomnie


ce corps

au plafond

laborieux

qui creuse

sa ligne d’écume

dans les eaux bleues –

on dirait

le tien

image-2 Carole A. Fuerman

Lorand Gaspar

 

Éteins la parole

éteins la pensée

et va ! vole ! tombe !

sans haut ni bas

aspiré, foulé

dans les failles de l’air

entre courbures d’une mélodie

que personne ne joue

 

Lorand Gaspar

(texte et image)

 

 

 

fatum

allongés

sur le lit

l’un contre

l’autre

à ne rien dire

s’échapper

mutité

d’un jour

sans partage

le voyage n’est plus

se devoir aux siens

quand l’ombre

tangible

nous tend

la main

Francesca Woodman