Habitance



le jardin

ce novembre

sans voix

et les feuilles brunies

en amas

je te vois

par la fenêtre

tu ratisses – il faudra

disais-tu les laisser

pourrir là

je voudrais

te venir en aide

approcher ta fatigue

mais ça

tu ne le veux pas

  Yean j Yue

(de) Conférence sur un paysage

 

Comme quand le paysage glisse

sous la

peau. Comme quand l’hiver s’installe

dans un

 

puits. Celui qui s’en va

regarder

dedans

y trouve le ciel, qui se change en

 

nuit.

Et une étoile

qui scintille

dans le ciel véritable.

 

Jan Erik Vold

Robert Darch

 

Chemin des moulins



dans le couloir

qui nous habite

nos corps flous

silencieux

flottent

sans poids

les murs

fleurent bon la prune

rance

rien ne bouge

rien n’est dit

sans doute

sommes-nous morts

un soir

sans même

le savoir

Matthew Beck

Toussaint

.

cette petite vieille

l’œil bas

qui astique la dalle

jouxte

elle sait peut-être

où vont les morts

quand ils nous dés-appartiennent –

le jour

de tes funérailles

nous étions pourtant tous là

une rose à l’œil

à prier sous un ciel

de taille

   Bertrand Lamouroux

A la fin des fins



invisibles

l’un

pour l’autre

nous traçons

de nos bras

de grands cercles

silencieux

sous les nuages qui nous

obombrent

Soo Burnel

(de) La terre vaine

 

Pas de rocaille

S’il y avait de la rocaille

Ainsi que de l’eau

Et de l’eau

Une source

Un étang parmi la rocaille

S’il y avait ne serait-ce que le bruit de l’eau

Pas la cigale

Et le chant de l’herbe sèche

Mais le bruit de l’eau sur la rocaille

Là où la grive-ermite chante parmi les pins

Plic ploc plic ploc ploc ploc ploc

Mais il n’y a pas d’eau

 

Thomas Stearns Eliot

Clement Chapillon

(de) Rencontre

 

Sur ma terrasse en Virginie, 

Loin des vols d’étourneaux, 

Quand le soleil 

Dévore un blanc cadastre,

J’ai ravi le poignet du silence, 

L’ai serré contre moi :

Tout était ocre et bleu

Et le sentier sur mon épaule, 

Tel un grain d’orge, s’est posé. 

 

Ô floraison !

 

Gérard Engelbach

 Dan Wetmore

 

 

(de) Aria

 

Met en rang ses souvenirs

ils crient qu’ils n’ont jamais existé.

Met en rang les noms

ils battent ensemble comme des cuillers de bois.

Met en rang les visages et eux par bandes se délitent

mélangeant les ongles et les sons.

Parle avec l’air.

« Tu ne blesses pas » dit-elle,

mais l’air brûle et fauche – à ras – le passé.

 

Antonella Anedda

Carla Piacenza

 

 

 

 

Parc du Portugal


le chant

des oiseaux

que le soir agite

la ville s’ouvre

un souffle

dans les branches

la lumière se retire

nous sommes cent

peut-être mille

sous la maison

aux volets clos

une voix

soudain

lance un vers

nos visages

s’irradient

Caroline Dufour

(de) La retenue

 

au temps

au regard

à la lumière

 

au jour déjà commencé,

qui devra prendre date

aux mots écrits pour ce jour-là.

 

à la lumière

 

soustraire au sens du fleuve,

au temps,

ce qu’il charrie,

ne pas le regarder couler

s’enfouir sous le vert gazon

qui borde ses rêves.

 

soustraire au cours ma propre voix

le monde à mes yeux

 

ce matin

au temps

au regard

à la lumière.

 

Lucie Taieb

Margherita Premuroso