Écoute

.

je vole dans les nuits

les roses de ta bouche,

afin qu’aucune femelle ne puisse y boire.

Celle qui t’enlace

me dépouille de mes frissons,

ceux que j’avais peint sur tes membres.

je suis la bordure de route

qui t’effleure,

te jette à terre.

Sens-tu ma vie autour

partout

comme un bord lointain ?

.

Else Lasker-Schüle

(Traduction d’Alain Suied)

Armineh Hovanesian

(de) la photo d’un génie

.

voici le passant

le chaud du jour sur le mur

le soleil dans la vitre des lunettes

la barbe blanche

le trou dans la joue droite

.

a vécu et a travaillé là

.

les mortels ont les doigts bavards

leurs secrets tombent dans l’œil

les morts serrent les paupières

ils jouissent de ce qu’ils ne savent plus

.

et le cœur attaché aux petites choses

comme l’enfant à ses jouets

une vie

qu’est qu’une vie

.

Bernard Noël

Benoit Courti

(de) La moitié du geste

.

déterre-moi

dit à l’œil

le reflet

.

mais l’œil

ne voit en face 

ni le baiser désert

.

ni la mort de l’obscur

gelé

dans le volume faux

.

qui se tutoie

en l’air

sa langue y perd

.

car le tu

est sous la peau

la profondeur

.

Antoine Emaz

Philipp Schopke

(de) L’apprenti dans le soleil

.

la sensation désagréable

que vos oreilles

fonctionnaient de temps à autre

à l’envers

.

qu’elles ne percevaient plus

que ce qui se passait en vous

.

l’envie folle

que les songes fussent

presque tous étourdissants

.

les moments qui glissaient

.

à peine

.

manquaient même

de tomber

.

mais ce n’était pas une raison

pour les rejeter

.

Franck André Jamme

Damien Malonney

Poème quantique



par séquence

le vent soulève

la poussière

de nos gestes usagés

je demeure

assis là

sans vraiment l’être

à regarder la scène

se répéter

une énième fois

Christina Coral

Entendrais-tu

 

Et si tu écrivais la chambre des ombres

entendrais-tu

 

la voix que menace

son propre écho, un murmure dressé

contre le silence

s’engouffre dans la nuit

et s’étonne du vent qui écorche

la fenêtre, entendrais-tu

 

tes mots au bout de l’aube

si tu écrivais

ce qui brûle en toi ?

 

La voix halète, étouffe presque

la parole sans écho, l’amour

sans amour, le désordre

planté dans le temps

qui s’obstine jusqu’à demain.

 

Hélène Dorion

Carlo

 

Appendice


tant que le désir

ne dit pas son vrai nom

corps et voix restent

en lisière


dans le ciel

passent des ballons des cris

la joie

mais l’œil lui reste

requis dans le champ

du rauque


l’ivresse

de certains sourires

et ces mots crus

parfois qui vous montent

à la tête

Kyle Thomson

Mars


plus bas

sous la ligne de pente

il y a un endroit

où la mer s’imagine

au regard

Après son départ

 

Doux nuages, douces collines et doux lac

 

mais toi, visage

pour ta beauté n’ont suffi l’harmonie

la clarté

et l’accord qu’entre elles

ont ces choses déjà

 

Humain regard

Qui s’est posé

et sans vouloir

et ne sais taire

 

Regarde où tous, nous,

sommes cachés – et dis son nom ;

autre est ta beauté :

 

et ainsi

sans savoir à l’instant  nous rendras

la mémoire où s’assemblent d’eux-mêmes

les instants

de douceur qui ne donnent en vain

 

Gérard Bayo

Jesse Boyd-Reid

Reflet




au miroir

de l’eau

ton ombre

durcit soudain

il y a l’œil

noir

plus méfiant

que la bouche

la main

sans cesse sur

la joue

ce rictus

comme un pain  

amer

.

Archeno