Cession



dès l’instant

où le vase a cédé

je n’ai pas pu

hurler –

j’avais si peur

de me réveiller

Emily Graham

.

Entendrais-tu

 

Et si tu écrivais la chambre des ombres

entendrais-tu

 

la voix que menace

son propre écho, un murmure dressé

contre le silence

s’engouffre dans la nuit

et s’étonne du vent qui écorche

la fenêtre, entendrais-tu

 

tes mots au bout de l’aube

si tu écrivais

ce qui brûle en toi ?

 

La voix halète, étouffe presque

la parole sans écho, l’amour

sans amour, le désordre

planté dans le temps

qui s’obstine jusqu’à demain.

 

Hélène Dorion

Carlo

 

Appendice


tant que le désir

ne dit pas son vrai nom

corps et voix restent

en lisière


dans le ciel

passent des ballons des cris

la joie

mais l’œil lui reste

requis dans le champ

du rauque


l’ivresse

de certains sourires

et ces mots crus

parfois qui vous montent

à la tête

Kyle Thomson

Mars


plus bas

sous la ligne de pente

il y a un endroit

où la mer s’imagine

au regard

Après son départ

 

Doux nuages, douces collines et doux lac

 

mais toi, visage

pour ta beauté n’ont suffi l’harmonie

la clarté

et l’accord qu’entre elles

ont ces choses déjà

 

Humain regard

Qui s’est posé

et sans vouloir

et ne sais taire

 

Regarde où tous, nous,

sommes cachés – et dis son nom ;

autre est ta beauté :

 

et ainsi

sans savoir à l’instant  nous rendras

la mémoire où s’assemblent d’eux-mêmes

les instants

de douceur qui ne donnent en vain

 

Gérard Bayo

Jesse Boyd-Reid

Reflet




au miroir

de l’eau

ton ombre

durcit soudain

il y a l’œil

noir

plus méfiant

que la bouche

la main

sans cesse sur

la joue

ce rictus

comme un pain  

amer

.

Archeno

Fin d’hiver

 

Peu de chose, rien qui chasse

l’effroi de perdre l’espace

est laissé à l’âme errante

 

Mais peut-être, plus légère

incertaine qu’elle dure,

est-elle celle qui chante

avec la voix la plus pure

les distances de la terre

 

Philippe Jacotet

Robert Ballen

 

du monde

 

tu penches la tête et passes la porte : au-delà du seuil, le monde respire

de visions, une onde impatiente qui charrie les odeurs des maisons,

humidité, rouille, cendre, essence, âges qui tournent au brun

les yeux survolent les têtes penchées sur les tables, la main sur le téléphone

on s’arrête au bar dans la matinée, le froid chante, la peau

reflète l’absence de geste

des caillots de lumière deviennent formes d’un doux sourire

enfoui

 

Maria Luisa Vezzali

Eva-Maria Berg

 

rabâcher

le poème qu’en est-il

de l’image

quand elle nage

toute trempée

se gonfle

se noie

épuisé

isolé mot

après mot

introuvable

privé de couleur

 

Eva-Maria Berg

(in la mémoire des branchies)