(de) Corps, maisons, tumultes

.

La femme qui coud

vit dans le feuillage

d’un hiver sans oiseau.

Mais l’aube. Mais le temps.

Mais le garçon glacé

qui déchire les poèmes

qu’il n’écrivit jamais.

Roue de feu qui délire.

Obscur sans bleu

des mots frottés de mort.

.

Jacques Izoard

Jam Southam

Ce que j’en sais


même

si le temps fait

juter l’os

la somme

reste la même –

le jour

nourrit la souche

la nuit

juste après

rejoint la vie

mais

il y a

en dessous

quelque chose

qui ne dit rien

une sève puissante

qui mord

tout ce qu’elle

irrigue

Bharat Sikka

Ce que le ciel observe


Ce que le ciel

observe

de l’endroit

où je vis

des visages remontent

le cours temps

ni pareils

ni différents

ils traversent

silencieux

les brumes de novembre

et je les regarde

comme on regarde

une flamme qui tremble

sans rien retenir

sauf l’écho

de ce qui fut

et déjà

n’est plus

Margharita Chiarva

Mantra



la nuit

à peine

de nous pour nous

sur le papier

à voix basse

je vous écris –

mille fois la rivière

mille fois la rivière


mille fois la rivière

Caroline Dufour

(de) Poteaux d’angle

.

Il faut un obstacle nouveau pour un savoir nouveau. Veille périodiquement à te susciter des obstacles, obstacles pour lesquels tu vas devoir trouver une parade… et une nouvelle intelligence.

Henri Michaux (texte et image)

Je me mens


de ma place

je vois

sur la table

l’homme qui marche 

et la verseuse pleine

d’un café noir

aussi ces oiseaux

gonflables

accrochés aux branches

des yeux – les tiens

qui fuient par

le côté

la grille est ouverte –

peut-être

est-ce la veille

ou le jour d’après 

Egon Schiele


Ce texte a été publié en février 2026 dans la revue Sens n°2 éditée par l’association les doigts bleus

https://www.facebook.com/lesdoigtsbleus/?locale=fr_FR

(de) La lampe sous le boisseau

.

Juillet

Le bord de mer est une ville

La foule essaie

De l’œil

De marcher sur les vagues

.

Une femme vend des beignets

.

Le soir

Quand personne n’aime plus

Personne

.

Un couple

Sans bouger

Va remplacer la mer

.

Philippe De Boissy

Martin Parr

Les monstres ne chôment pas



sur le sol glacé

les petits crocodiles

à peine nés

rampent en silence

je replie mes jambes

contre mon sein

j’ignore

si ils procèdent  

d’une faille profonde

ou d’un songe

dérangé

Pierre Alex

Vers tristes à Zi’an au bord de la rivière

.

Des myriades de feuilles d’érable

Sur des myriades de feuilles d’érable

Découpées devant le pont,

Quelques voiles rentrent tard dans le crépuscule

.

Combien me manques-tu ?

.

Mes pensées s’écoulent

Avec les eaux du fleuve de l’Ouest,

Elles courent vers l’Est, sans cesse

Jour et nuit.

.

Yu Xuanji (844-871)

Li Shuang