La vie est ailleurs



dans

le salon tiède

les hôtes attendent

dans de hauts fauteuils

fanés

ils ne disent rien

bougent à peine

ils savent

que l’histoire les met ici

de côté

et si soudain

l’un d’eux se redresse

c’est pour mieux voir

par la fenêtre

la mer

se retirer

  Maria Svarbova

Labyrinthe

 

Il n’y a pas de porte. Tu y es

Et le château embrasse l’univers.

Il ne contient ni avers ni revers

Ni mur extérieur ni centre secret.

N’attends pas de la rigueur du chemin

Qui, obstiné, bifurque vers un autre,

Qu’il ait une fin. De fer est ton destin

Comme ton juge. N’attends pas l’assaut

Du taureau qui est homme et dont, plurielle,

L’étrange forme est l’horreur du réseau

D’interminable pierre qui s’emmêle.

Il n’existe pas. N’attends rien. Ni cette

Bête au noir crépuscule qui te guette.

 

Jorge Luis Borges

 Paul Klee

 

Aélita


la boule

de papier

froissé

du bout des doigts

que tu glisses

dans la fente

des pierres

ce silence

lourd et blanc

ce souffle

à demi

ces femmes

autour

qui pleurent

elles-aussi

Moshe Castel

(de) le moteur blanc

 

Je suis dans le champ

comme une goutte d’eau

sur du fer rouge

 

lui-même s’éclipse

 

les pierres s’ouvrent

 

comme une pile d’assiettes

que l’on tient

dans ses bras

 

quand le soir souffle

 

je reste

avec ces assiettes blanches et froides

 

comme si je tenais la terre

elle-même

 

dans mes bras

 

André du Bouchet

Nick Turpin

 

 

 

 

L’autre

 

Tu es celui

Et tu es moi

Qui s’est guéri

Par la lumière

 

Tu es cela

D’or et de fée

Vivant réel

Sous le soleil

 

Tu es ici

Autre départ

Le jeu cruel

 

Absent dès l’aube

Tu es sans toi –

Mais le soleil

 

André Welter

 Gabrielle Sykes

 

 

La Reyssouze


le nom

de ceux

à demi-nu

qui entreront

fièrement

dans l’eau claire

les cheveux

pris de lumière

les pieds

aussi pâles

que des tessons

de lune


ils riront

jusqu’au soir

malgré

les voix

au loin

qui appellent

Carlo Zinelli

Chemin de village

 

En automne se moquent les étourneaux

et parfois j’entends les portes

cogner deux fois,

dont une fois en rêve.

Qui nous a donné les images,

les pommes rouges,

dans le jardin du charbonnier,

absurdement, mais disposé

à se perdre avec nous.

 

Isle Aichinger

Jelka Von Langen

(de) dédale et le vent

 

S’il est vrai

que « lorsque tout autour

est sombre, les yeux

commencent à voir »

alors je vois

très bien.

J’écoute ce vent

qui me ramène à toi,

cette tempête

de cris

au travers des murs de la nuit,

des portes,

des branches, des feuilles mortes,

des pas,

solitaires, j’écoute

cet hiver

sans firmament,

ce cortège de songes

jetés en plein vol…

 

Roberto Veracini

  Jean Dubuffet

 

Venise n’existe pas



du matin

jusqu’au soir

jouer

à faire-valoir

les héros

de Moscou

sur le vieux

manège fou

mais qui –

toi moi

goutera goutera pas

tout ému

à l’éclat du tesson

pointu

Boris Mikhailov