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Au risque d’écrire à un(e) presque inconnu(e)
une lettre d’amour à partir d’un presque rien
qui vous a traversé
dans une fulgurance inconnue
de vous jusqu’alors.
Anne Dufourmantelle
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Au risque d’écrire à un(e) presque inconnu(e)
une lettre d’amour à partir d’un presque rien
qui vous a traversé
dans une fulgurance inconnue
de vous jusqu’alors.
Anne Dufourmantelle
ces visages
silencieux
à qui la nuit parfois prête vie
ils entrent sans bruit
prennent place dans la chambre
je sens leur regard percer
dans l’obscurité
ils n’ont
sans doute rien oublié
d’autres fois
ce sont des corps qui arrivent
entiers
ils passent
avec une part d’eux
qui appelle la mienne
je n’ose
les appeler de peur de les voir
se retourner

James Reddinton.
J’ai tout dit à la montagne. Notamment que je n’arrivais plus à vivre. Elle m’a répondu négligemment en soufflant sur mon feu que ce n’était pas grave, que vivre n’était qu’une idée, que la nuit venait tous les jours, qu’il fallait s’allumer une cigarette, laisser bruler lentement, le mauvais bois, le mauvais sang. Le temps ici change vite.
José Gsell
Joseph Mallord William Turner
un mur d’eau
dressé
au milieu de la rue
avec
en plein remous
noir sur blanc
un œil halluciné
qui se jette
de tous côtés
plus haut
un long bras d’écume
se lève
l’eau est
sur le bord de tomber

Carlo Zinelli
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Elle a été prise il y a quelques temps
A première vue on dirait
une photographie
ratée : des lignes floues et des points gris
qui se confondent avec la trame de papier ;
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ensuite, en regardant de plus près,
vous verrez dans le coin gauche quelque chose
qui ressemble à une branche : le haut d’un arbre
(baume ou épinette) qui dépasse
et, sur la droite, à mi hauteur
de ce qui doit être une pente
douce, une petite maison en bois.
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A l’arrière-plan, il y a un lac,
et, au-delà, quelques petites collines.
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(La photographie a été prise
le jour après que je me suis noyée.
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Je suis dans le lac, au centre
de la photo, juste sous la surface.
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Il est difficile de me situer
précisément, ou de dire
si je suis grande ou petite :
l’effet de l’eau
sur la lumière est une distorsion
.
mais si vous regardez assez longtemps
à force
vous finirez par me voir).
Margaret Atwood
Pierre Soulages
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J’accrocherai mes vêtements
près de tes complets –
les manches encore moulées
se toucheront comme des bras
.
Lorsque nous serons tous deux assis à lire
une page tournera
en réponse à la tienne.
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Mon souffle embuera
ton miroir,
nous laverons nos mains
avec le même savon.
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Et tu tiendras
ma robe
afin que je puisse y pénétrer.
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Jennifer Clément
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Dans le souffle de chaque nouvelle obscurité
les nuages et le couchant du ciel.
Tu regardes ce que porte la lumière
et son coup d’aile m’assombrit.
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Un oiseau s’envole et avec lui
le gazouillement de l’air. Pas à pas les choses
existent. En tout il y a
comme un retard qui nous hisse et nous révolte.
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Nous sommes dans cette lumière la lumière sans nom
qui fuit : nous sommes la douce lumière réfléchie
qui fait bouger les lauriers du chemin.
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Nous sommes seuls ; ici et nulle part.
Tout vit en se taisant : tout est rien :
dans les soleils de rien je te devine.
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Victor Manuel Mendiola
Carlo Zinelli
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« Le poème se fout de l’égalité
des rayons du cercle ou que deux plus deux fassent
fatalement quatre il est d’ailleurs le seul
espace vital où la loi devient folle
mange l’irréversible et retourne la mort
il n’est tel qu’en lui-même que hors de lui
devenu souffle en tête et buée verbale
phénix d’air toujours naissant sur quelque lèvre »
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Bernard Noël