dans
le salon tiède
les hôtes attendent
dans de hauts fauteuils
fanés
ils ne disent rien
bougent à peine
ils savent
que l’histoire les met ici
de côté
et si soudain
l’un d’eux se redresse
c’est pour mieux voir
par la fenêtre
la mer
se retirer
Il n’y a pas de porte. Tu y es
Et le château embrasse l’univers.
Il ne contient ni avers ni revers
Ni mur extérieur ni centre secret.
N’attends pas de la rigueur du chemin
Qui, obstiné, bifurque vers un autre,
Qu’il ait une fin. De fer est ton destin
Comme ton juge. N’attends pas l’assaut
Du taureau qui est homme et dont, plurielle,
L’étrange forme est l’horreur du réseau
D’interminable pierre qui s’emmêle.
Il n’existe pas. N’attends rien. Ni cette
Bête au noir crépuscule qui te guette.
Jorge Luis Borges
Je suis dans le champ
comme une goutte d’eau
sur du fer rouge
lui-même s’éclipse
les pierres s’ouvrent
comme une pile d’assiettes
que l’on tient
dans ses bras
quand le soir souffle
je reste
avec ces assiettes blanches et froides
comme si je tenais la terre
elle-même
dans mes bras
André du Bouchet
S’il est vrai
que « lorsque tout autour
est sombre, les yeux
commencent à voir »
alors je vois
très bien.
J’écoute ce vent
qui me ramène à toi,
cette tempête
de cris
au travers des murs de la nuit,
des portes,
des branches, des feuilles mortes,
des pas,
solitaires, j’écoute
cet hiver
sans firmament,
ce cortège de songes
jetés en plein vol…
Roberto Veracini