Incidence



ce qui

tient encore

dans le blanc de la page

ce sont les choses

d’avant


ces choses

que je n’ai su défendre

ni reconnaître

quand elles étaient là


leur silence

encore quand j’écris

Chloe Meynier

Cela et autre chose



flocons de brume

lentement

sur le trottoir encore tiède


les corps disparaissent

comme si

le jour les avait rêvés


je voudrais

n’avoir plus rien d’autre

à écrire


partir

comme si moi-aussi

je pouvais m’eveiller

Hülya Cömert

Ce que j’en sais



le temps fait

suer l’os


il ne restait rien

tout semblait enfoui

au plus profond


mais il a suffi

de ce mot surpris


pour que la mémoire

se soulève et rende au jour

la vie passée

Bharat Sikka

Ni l’un ni l’autre



un visage

attend dans le silence

de la maison

je ne sais pas depuis

quand il est là

ni le même

ni celui d’un autre

il m’observe

sans dire un mot

peut-être

attend-il quelqu’un

d’autre

Margharita Chiarva

Ne pas savoir est Bouddha


le soir

doucement

jusqu’à sentir ta main

dans la mienne


le nuit entre

peu à peu


je n’ouvre pas

les yeux

j’ai peur

que tu disparaisses


par la fenêtre

un peu de fraicheur


je reste là

sans savoir si

où commence le rêve

alors je dis tout bas –


mille fois la rivière

mille fois la rivière


mille fois la rivière


et je souris

puisque tu es là

Caroline Dufour

Je me mens


de ma place

je vois

sur la table

l’homme qui marche 

et une verseuse pleine

d’un noir café


aussi ces oiseaux

gonflables

accrochés aux branches

ces yeux – les tiens

qui fuient par

le côté


la grille est ouverte –

peut-être

est-ce la veille

ou le jour d’après 

Egon Schiele


Ce texte a été publié en février 2026 dans la revue Sens n°2 éditée par l’association les doigts bleus

https://www.facebook.com/lesdoigtsbleus/?locale=fr_FR

Les monstres ne chôment pas



sur la dalle

glacée

de petits crocodiles

tout juste nés

rampent en silence


on dirait

des jouets qui soudain

se mettent

à bouger


je ne les ai pas vu venir


par où

ont-ils traversé ?

Pierre Alex

Vers tristes à Zi’an au bord de la rivière

.

Des myriades de feuilles d’érable

Sur des myriades de feuilles d’érable

Découpées devant le pont,

Quelques voiles rentrent tard dans le crépuscule

.

Combien me manques-tu ?

.

Mes pensées s’écoulent

Avec les eaux du fleuve de l’Ouest,

Elles courent vers l’Est, sans cesse

Jour et nuit.

.

Yu Xuanji (844-871)

Li Shuang

(de) Cheveux emmêlés

.

« Ainsi le poème

Il faut que je vacille ! »

Me dit cet ami

A qui je montre la tristesse

Dans la fleur d’un sourire ».

.

Yosano Akiko

Zao Wou-Ki