Une vie comme ça

.

l’enfant colle

son visage à la vitre

dans ses yeux


ses yeux

ont quelque chose

que je n’arrive plus à

croiser


est-ce l’eau

la lumière

la lumière dans l’eau


l’enfant s’avance–


par-dessus

les flocons commencent

à tomber

Marta skyro

Y retourner


le vent

disperse mes cendres

sous le ciel de septembre


je marche

sans me retourner –

finalement

l’absence me devient familière

je me suis habitué


derrière moi

je vois

le chemin se défaire


je ne peux plus

y retourner

Will Hooper

Prison

 

Toutefois reste le vent dans les os

et le vent partout

lorsque la mer se retire

.             et que tu crois – mais un instant seulement ! –

que tout s’arrête là

et que tu fermes les yeux en attendant

de ce monde

ou d’un autre peut-être

un signe différent

.                     un réveil assuré

d’une possible béatitude, un jour

 

Roberto Veracini

Harry Gruyaert

 

Pluie la nuit

 

Quelque chose ment que je t’ai perdue,

je le croirais presque.

Il fait maussade et de l’humilité tout plein.

Le cœur se cabre,

l’œil brûle.

De larme aucune.

En pleurs n’est que la nuit dehors.

Isolement.

 

Texte et image de Paul Klee

Poésie du chien



à l’heure dite

le vent

brûle la pierre

mais

quelque chose

respire sous les arbres


l’humeur lasse

d’une bête

cachée sous un fourré


celle

qui déjà rodait

hier

terrain-vague

imageMaude Schuyler Clay

Toussaint

la petite vieille

l’œil bas

qui astique la dalle

jouxte


elle sait peut-être

où vont les morts


quand les tombes

disparaissent

le jour

de tes funérailles

nous étions pourtant là

une rose à l’œil

à prier sous un ciel

de taille

Bertrand Lamouroux

La disparition



invisibles

l’un pour l’autre

nous traçons

de nos bras

des cercles silencieux


quelque chose –


est-ce l’air

ou le souffle

échappé de nos poumons


nous obombre

jusqu’à nous effacer

lentement

Soo Burnel

Le grand vélo



ces longues allées

bordées d’arbres nus


quelques ombres

au détour

surgissent de la brume

nos voix sont muettes


tes yeux

au-dessus des miens


plus loin

on aperçoit la Seine grise

presque éteinte

Cy Twombly

Plus tard

 

Le temps passé dans une chambre où tout est noir reviendra plus tard. Alors j’apporterai une petite lampe et je vous éclairerai. Les gestes confus se préciseront. Je pourrai donner un sens aux mots qui n’en avaient pas, et contempler l’enfant qui dort en souriant.

Est-il possible que ce soit nous-mêmes en vieillissant ? Il y a quelques morceaux de ruines qui tombent. Ceux-là ne se relèveront plus. Il y a aussi quelques fenêtres qui s’éclairent. Et devant la porte un homme solide et doux qui connaît sa force et qui attend. Il ne reconnaîtrait pas lui-même son visage.

 

Pierre Reverdy

Loreal Prystaj

La vie est ailleurs


nos vies

se passent

dans des fauteuils

écaillés


les regards

ne quittent plus

la pièce

le temps y est arrêté


quelque part

parfois

une porte claque


puis

la lumière retombe

sur les murs

et le silence revient

  Maria Svarbova