Prison

 

Toutefois reste le vent dans les os

et le vent partout

lorsque la mer se retire

.             et que tu crois – mais un instant seulement ! –

que tout s’arrête là

et que tu fermes les yeux en attendant

de ce monde

ou d’un autre peut-être

un signe différent

.                     un réveil assuré

d’une possible béatitude, un jour

 

Roberto Veracini

Harry Gruyaert

 

Pluie la nuit

 

Quelque chose ment que je t’ai perdue,

je le croirais presque.

Il fait maussade et de l’humilité tout plein.

Le cœur se cabre,

l’œil brûle.

De larme aucune.

En pleurs n’est que la nuit dehors.

Isolement.

 

Texte et image de Paul Klee

Poésie du chien


à l’heure dite

le vent effleure les pierres

une présence proche

rase le sol – sans doute

l’humeur lasse

d’une bête

et juste au-dessus

ces oiseaux noirs

comme figés

dans le ciel

le temps suspendu

ces longues bandes

de lumière

terrain-vague

imageMaude Schuyler Clay

Toussaint

.

cette petite vieille

l’œil bas

qui astique la dalle

jouxte

elle sait peut-être

où vont les morts

quand ils nous dés-appartiennent –

le jour

de tes funérailles

nous étions pourtant tous là

une rose à l’œil

à prier sous un ciel

de taille

   Bertrand Lamouroux

A la fin des fins



invisibles

l’un

pour l’autre

nous traçons

de nos bras

de grands cercles

silencieux

sous les nuages qui nous

obombrent

Soo Burnel

Le grand vélo



les allées

blanches

serrées d’arbres nus


des ombres

au détour qui surgissent

de la brume


nos voix muettes

tes yeux

au-dessus des miens



la Seine grise

plus loin

presque éteinte

Cy Twombly

Plus tard

 

Le temps passé dans une chambre où tout est noir reviendra plus tard. Alors j’apporterai une petite lampe et je vous éclairerai. Les gestes confus se préciseront. Je pourrai donner un sens aux mots qui n’en avaient pas, et contempler l’enfant qui dort en souriant.

Est-il possible que ce soit nous-mêmes en vieillissant ? Il y a quelques morceaux de ruines qui tombent. Ceux-là ne se relèveront plus. Il y a aussi quelques fenêtres qui s’éclairent. Et devant la porte un homme solide et doux qui connaît sa force et qui attend. Il ne reconnaîtrait pas lui-même son visage.

 

Pierre Reverdy

Loreal Prystaj

La vie est ailleurs



dans

le salon tiède

les hôtes attendent

dans de hauts fauteuils

fanés

ils ne disent rien

bougent à peine

ils savent

que l’histoire les met ici

de côté

et si soudain

l’un d’eux se redresse

c’est pour mieux voir

par la fenêtre

la mer

se retirer

  Maria Svarbova

Labyrinthe

 

Il n’y a pas de porte. Tu y es

Et le château embrasse l’univers.

Il ne contient ni avers ni revers

Ni mur extérieur ni centre secret.

N’attends pas de la rigueur du chemin

Qui, obstiné, bifurque vers un autre,

Qu’il ait une fin. De fer est ton destin

Comme ton juge. N’attends pas l’assaut

Du taureau qui est homme et dont, plurielle,

L’étrange forme est l’horreur du réseau

D’interminable pierre qui s’emmêle.

Il n’existe pas. N’attends rien. Ni cette

Bête au noir crépuscule qui te guette.

 

Jorge Luis Borges

 Paul Klee

 

Aélita


la boule

de papier froissé

que ta main glisse

dans la fente

des pierres


puis

un long silence

ton souffle

à demi

imperceptible


ton visage

baigné de larmes

ces femmes autour

qui pleurent

aussi

Moshe Castel