un nom
apparait dans le heurt
du jour
âpre
presque un cri
ce nom
me prend la bouche
comme si
la nuit remontait soudain
jusqu’aux lèvres

Francesca Woodman
un nom
apparait dans le heurt
du jour
âpre
presque un cri
ce nom
me prend la bouche
comme si
la nuit remontait soudain
jusqu’aux lèvres

Francesca Woodman
puisque
le ciel s’éloigne
sans attendre
je donne à la nuit
ce qu’il me reste de mémoire
qu’elle en fasse
ce qu’elle veut –
des chemins d’ombre
ou des traits de lumière
que les rêves pourront
traverser

Alexandre Silberman
dans un coin nu
de la chambre
j’entends
parfois la nuit
respirer
je me dis –
ce n’est peut-être
qu’une ombre passante
un songe encore
ouvert
un souffle égaré

Shuji Takashi
Comment quitter le lac ?
Comment trouver un élément plus ferme
auquel s’accorder ?
On avait travaillé une route au cœur des nuits
froides. On avait élu domicile aux antipodes.
Le moteur tournait, mais la voiture ne quittait
jamais le lieu, des sapins avaient poussé dans
l’habitacle. Le lac persistait derrière la vitre,
avec son charme de premier abri.
Anna Milani
Yves Lacroix
Sans me regarder
ma mère me voit
tel un paysage
où elle n’aurait pas grandi
« Tu es l’image
de ton père
dit-elle
en me lavant
comme un mort »
Mes os
radeaux de sauvetage
glissaient dans le sang
Anise Kolz
Kylet Thomson
le ciel
oui
mais creusé
par d’autres mains
que les nôtres
je reviens
comme on vient
la première fois
transi
avec un peu de froid
sur les lèvres
ne sachant
si c’est l’air
plus vif
ou la distance
qui me rend
à moi-même

longtemps
je t’ai porté
comme un ciel de braise
dans la bouche
tu ne brûlais pas
tu ne tarissais pas
entre nous si peu
tu éclairais
juste assez
quand la nuit
parfois venait gagner
sur nos voix

Erwin Olaf
la pie
fait ses pas coupés
comme si le temps venait
à lui manquer
bientôt
la lumière tombera au sol
se brisera
elle perdra ce vert
ensemble
que nous avons tant
aimé

Patxi Laskarai