la nuit
se déplie
et rend l’œil
à sa propre lumière
je n’ai rien
à vouloir de plus
je suis
le lent détour
du rêve
un visage me regarde –
c’est le tien

Jonathan Bertin
je marche
seul
dans une lumière
qui ne tient rien
les visages
doucement s’effacent
les mots se défont
en chemin
la trace se brouille
la main gauche écrit –
me reste-t-il assez
de ciel
pour avancer ?

Jonathan Bertin
Un chemin qui est un chemin
sans être un chemin
porte ce qui passe
et aussi ce qui ne passe pas
Ce qui passe est déjà passé
au moment où je le dis
Ce qui passera
je ne l’attends plus je ne l’atteins pas
Je tremble de nommer les choses
car chacune prend vie
et meurt à l’instant même
où je l’écris.
Moi-même je m’efface
comme les choses que je dis
dans un fort tumulte
de bruits, de cris.
Jean Tardieu
Erwin Olaf
je pense
à toutes ces choses
qui tiennent
sans qu’on sache
comment
la main
sur la rampe
le souffle dans l’écharpe
la maison
encore là
ses vitres jaunes
et la chat endormi

Emmanuele Ravagnani
la boue
contient
encore un peu de ciel
les arbres hésitent
à reprendre place
chaque pierre
attend une main
traversant
je respire
un peu comme on ment –
juste assez
pour que la ville nous
revienne

Sara Silk
Mosaïque des champs de maïs
les épis poussent dorés par la lumière
Dans l’escalier
ses pas réveillent les flamboyants
Cœur de feu,
pétales couchés par le soleil
Le sang monte des talons
jusqu’à la fleur des cheveux
Alberto Blanco
François Baron Renouard
dans la nuit
qui fait peau
j’écris –
pleurer
n’est pas faute
ni délivrance
mais l’instant
qui suit
sort du cercle
les mots
pour cette fois
ne sont pas
consolés

Trent Parke
le jour
par touches
successives
sur le trottoir usé
puis
une pensée
sans poids
omise
à peine engagée
la terre
sous nos pas
continue
de tourner

Trent Parke
avant
de tendre la page
au regard de l’Autre
je me plie
à la forme qui cherche
à naître
un oiseau
plus haut s’échappe –
peut-être
voit-il lui ce jardin
que nos yeux ne sauraient
reconnaitre
