un peu de ciel
entre les branches
une odeur
de terre mouillée –
le jour qui vient
déjà baigne
dans sa propre clarté
une grive
s’envole
de derrière un bosquet
une autre suit
le cœur en oublie presque
de réclamer

Georges Kamelakis
le vent d’orage
effeuille
l’arbre qui tremble
entre les branches
le gris du ciel
mais la pluie attend
un oiseau
jaillit soudain –
inquiet
je le suis des yeux

Léonard Bourgois-Beaulieu
Tout le monde sait que je disparais
sauf toi.
Je dors à tes côtés, et la nuit je sors
du lit en laissant mes jambes près de toi.
Ce qui est sûr, c’est que je disparais
mais avec toi
(du moins laisse-moi le croire !)
Je suis la perle qui créée son âme rugueuse
et triste.
Carmen Boullosa
Hajime Kimura
une ombre
jaune
patiente derrière la porte
je n’attends personne
peut-être
est-ce quelqu’un
peut-être
autre chose
je me calme
la lumière pourtant
demeure

Kyle Tomson
à la manière
dont tu tiens ce verre
je sais
que tout est déjà dit
la nuit
jette des éclats de lune
par-dessus la terrasse
au loin
un moteur insiste
le vent faiblit
nous restons là
interdits

Adèle Berthelin
dans sa chute
la lampe découpe
une ombre claire contre
le mur
la chambre alors
vacille
un visage apparait –
ou plutôt le souvenir
d’un visage
je ne sais pas
ce qu’il vient faire ici
Nia Diedl
un nom
âpre
apparait dans le heurt
du jour –
presque un cri
il me prend
la bouche
comme si l’ombre remontait
jusqu’aux lèvres
ma voix
un instant tremble
puis elle se tait

Francesca Woodman
cette lumière
venue se coucher sur le mur –
je croyais le jour
parti
quelque chose
demeure sur le plâtre
un rai
si faible qu’on pourrait
ne pas le voir
je vais rester là
jusqu’à
ce qu’il s’efface

Alexandre Silberman