(de) Errer mortelle

.

Pour seules vivres

l’os du chemin

rongé par la lumière

.

pauvre est le sol

où s’use la pierre

sous les rafales  du vent

.

citernes vides

remplies d’échos

sources taries dans l’air hautain

.

le chemin n’est que poudre d’os

dans la paume de la terre

.

José-Flore Tappy

Serge Clément

Écrire la suite

.

tel que je le vois

le monde n’existe pas

.

celui que tu acclames  

non plus d’ailleurs – le temps

où tu prédisais la fin des vanités –

ni cet autre où moisit

la voix

.

ne sont que silence et peurs

de la colère quand ça croche

en-dedans

.

.

moi

j’essaie seulement de

dire – j’aime

sans pourtant savoir

qui dort à l’étroit sous

ma peau

Robert Vincent

Ecrire ce qui revient

.

.

par la masse

de mots projetés en l’air

ou de l’œil sans cesse

qui retourne en arrière

comme toi

je nourris la béance du regret

en retenue

ou chapé de silence

sans le vouloir

du même bois

et de la même tendresse

vois

.

je suis dans tes pas

Fernand Michel

(de) Ici n’est plus très loin

.

Plage poussière

de soleils 

          unanimes

.

(égrénée

perd son compte

dans le découlement d’une identique l’autre

chaque fois différent)

.

Entre ses marbres

Infimes

         suivent

des abimes de temps

.

Danièle Faugeras

Satoshi Morita

Présence

.

ta voix

là où les choses ne peuvent s’extraire

de mon regard

elles me dépouillent

font de moi une barque sur un fleuve de pierres

si ce n’est ta voix

pluie seule dans mon silence de fièvres

tu me détaches les yeux

et s’il te plaît

que tu me parles

toujours

.

Alejandra Pizarnik

Francesca Woodman

Oyonnax

.

caresser

de l’index la peau du pavé

jusqu’à voir la terre

ciller

lentement suivre

le geste une fois ou deux

sans l’à-coup pour

ne pas casser l’immeuble

les jardins ouvriers

ni ces rues ceintrées où lorgne

l’esprit du passé

Paul End

Profils

.

ces visages

qui sourdent de sous le verre

ont-ils valeur de vérité

leurs formes écrasées

ou le silence des voix

l’immobilité de ces rires

formés au miroir

.

ostensiblement

le tirage ramène l’œil

à son point de départ

Can Dağarslanı

Vingt-quatre heures l’été 

.

On touche on cherche y a-t-il jamais

eu autre chose que ce suspens

comme entre deux et quatre la rue

l’été c’était l’enfance le jaune

de la maison d’en face on répète

les mêmes mots les mêmes images

comme s’ils gardaient un peu de corps

et qu’on était resté là toujours

le front contre le froid de la vitre

.

Jacques Ancet

Martin Parr

Volée d’anges

.

jaunes et

rouges et bleus avec des cris

et des pistolets et

qui vont infatigables de coins sombres

en buissons creux – je me souviens des ailes que

je portais à leur âge ; elles étaient douces et blanches

et j’ai longtemps fui l’envie de les remiser –

pour ne pas mourir dans

une chambre

Minnie Evans

Ombre aveugle

.

un visage apparait

à la fenêtre – il m’intimide

je sors

à peine du sommeil

l’hiver attend dehors

avec la foule de ceux qui passent

sous les miroirs – faut-il aimer pour cela ?

des mots sont

écrits sous le visage – je les lis – mais

d’un regard il a suffi

Guillaume Tomasi