Venise n’existe pas

 

enjamber

le gouffre qui traverse

la pierre

s’envoler du soir

au matin pour dépendre

l’automne

 

pleurer

parmi les tessons de verre

ceux d’entre nous

qui gisent au sol

Boris Mikhailov

(de) Face à la nuit

 

Il y a terreur, mais

aujourd’hui,  je peux marcher :

bien travaillé, aplani les jours et

les coups, je me souviens, la voix

de l’autre coté : tu n’as rien vu et

terreur, encore, a frappé, mais

les cris, ce jour, se sont éloignés et

là-bas, comme elle se resserre,

je marche, elle crie

je marche dans l’écho,

jusqu’au bout de sa parole.

 

Alain Veinsten

Mauricio Alejo

 

Le non-retour

 

accrochées au tissu

des murs

les ombres que tu croyais mortes

l’autre fois.

 

Leurs noms solubles dans l’éther.

Tu dis :

 

la froideur de l’eau et tu as raison

les jours de lune et tu as raison

partir ou pas et tu as raison

l’excès de mots et tu as raison

l’œil du commandeur et tu as raison

 

tu as raison

Marie Dashkova

 

 

Anise Koltz

 

« Dès que j’écris une phrase, je suis désorientée et embarrassée, déjà j’ai envie de la rejeter pour dire dans la suivante le contraire. C’est que j’ai toujours l’impression que l’essentiel m’échappe. La double face, le coté caché des choses.

D’autant plus que la poésie doit témoigner du mouvement de notre époque.

Or jamais dans l’histoire de l’humanité, il n’y a eu siècle plus barbare que le notre. Et les horreurs continuent et se multiplient dans tous les coins du monde. Nous sommes impuissants face à tant de misère, de corruption et de manipulation. Faut-il passer devant les drames qui ont lieu, les yeux fermés de peur d’être soi-même broyés par la violence ?

Le poète doit donc aussi prendre positon face au monde qui l’entoure.

Finis fleurs et petits oiseaux, Dieu est mort. »

Anise Koltz – in Somnambule du jour

 

Eboulis

 

Que voit-on

chez les enfants d’Anniston ?

Frisson d’eau et fenêtres ouvrant

la lumière, un long silence

à peine

un sourire pour écrire

la souffrance et rien de plus.

De petites pierres

enroulées dans la partie creuse

de l’édifice

tv5

image-e1448366370628 Samuel Bollendorff

 

(de) S’il descend vers un monde

 

entouré de mystères ce qui file

au tréfonds de lui-même ce sont des ces rêves que sans doute

il ne pourra réaliser

ces passions sans fondement auxquelles sa faim aspire

un amour sur le point d’être effacé

et lui qui a connu la honte de ce qui s’écrit sur la page blanche

lui s’embarquera dans le futur

 

Yoshimoto Takaaki

Émilie Keener

 

 

Emmanuel Carrère

« Plus j’aboutis à quelque chose d’éloigné de mon point de départ, plus je me dis que ça valait le coup d’y aller. Il y a ceux qui tiennent à faire ce qu’ils ont voulu faire, et ceux qui espèrent faire quelque chose qu’ils n’avaient pas voulu faire. Que ce soit en écrivant de livres ou des films, tout le processus pour moi, est d’attendre de l’inattendu, d’espérer de l’inespéré. »   Emmanuel Carrère

Mais rien

 

Un même pan ferme le coin

Où l’air libre s’étend

Autour la corde glisse

Et l’eau monte

La pluie descend

Un homme tombe de fatigue

C’est le même qui tend sa main

On saute le mur du jardin

Le ciel est plus bas

Le jour baisse

La route court

Et le vent cesse

On pourrait croire qu’il est arrivé quelque chose

Mais rien

 

Pierre Reverdy (de Pierres blanches)

Max Pinckers

 

 

 

étoile d’amour

 

tes yeux attendent devant ma vie

comme nuits, qui se tendent vers les jours,

et le rêve lourd repose sur elles incréé.

des étoiles étranges regardent fixement vers la terre,

couleur métal avec l’errance de la nostalgie,

avec des bras brûlants qui cherchent l’amour

et dans la fraîcheur n’agrippent que de l’air.

 

Else Lasker-Schüler

Manjari Sharma

Rêve froid

 

A l’ombre du jardin

Sur la chaise longue

Pendant la sieste

Les vrilles du volubilis ont poussé

Les vrilles ont poussé puis

Ont enlacé ses jambes

Ont rampé sur son cœur

D’un cœur amoureux

Pénétré son nez

Son crane

Y font scintiller mille fleurs

Comme un feu d’artifice

Et alors dans son jardin

Au mois d’août

Une neige fine mais indiscutable

Est tombée

 

Tsesuo Shimizu

Alexis Hobs