la Reyssouze

 

le nom de celui

qui met sa fierté à

marcher

sur l’eau fraiche

à demi-nu

les cheveux baignés de soleil

ses pieds brillent

comme des tessons de lune

et il se rit des voix

qui l’appellent

Samir Tladi

Chemin de village

 

En automne se moquent les étourneaux

et parfois j’entends les portes

cogner deux fois,

dont une fois en rêve.

Qui nous a donné les images,

les pommes rouges,

dans le jardin du charbonnier,

absurdement, mais disposé

à se perdre avec nous.

 

Isle Aichinger

Jelka Von Langen

Sur la terre comme au ciel

 

flagrance

de ces corps nus et

coupés

que tu vois

sans regarder par-dessus

les têtes

 

dressés les uns

pour les autres

avec ce même sourire

ce sourire en creux qui limite

la lumière

 

reflet de ce que tu n’es pas

la peur de tout perdre

Gary Sheridan

(de) dédale et le vent

 

S’il est vrai

que « lorsque tout autour

est sombre, les yeux

commencent à voir »

alors je vois

très bien.

J’écoute ce vent

qui me ramène à toi,

cette tempête

de cris

au travers des murs de la nuit,

des portes,

des branches, des feuilles mortes,

des pas,

solitaires, j’écoute

cet hiver

sans firmament,

ce cortège de songes

jetés en plein vol…

 

Roberto Veracini

  Jean Dubuffet

 

Venise n’existe pas

 

enjamber

le gouffre qui traverse

la pierre

s’envoler du soir

au matin pour dépendre

le crin d’automne

pleurer

parmi les tessons de verre

ceux d’entre nous qui gisent

 

au sol

Boris Mikhailov

(de) Face à la nuit

 

Il y a terreur, mais

aujourd’hui,  je peux marcher :

bien travaillé, aplani les jours et

les coups, je me souviens, la voix

de l’autre coté : tu n’as rien vu et

terreur, encore, a frappé, mais

les cris, ce jour, se sont éloignés et

là-bas, comme elle se resserre,

je marche, elle crie

je marche dans l’écho,

jusqu’au bout de sa parole.

 

Alain Veinsten

Mauricio Alejo

 

Le non-retour

 

accrochées au tissu

des murs

les ombres que tu croyais mortes

l’autre fois

 

leurs noms solubles dans l’éther

Tu dis :

 

la froideur de l’eau et tu as raison

les jours de lune et tu as raison

partir ou non et tu as raison

l’excès de mots et tu as raison

l’œil du commandeur et tu as raison

 

tu as raison

Marie Dashkova

 

 

Anise Koltz

 

« Dès que j’écris une phrase, je suis désorientée et embarrassée, déjà j’ai envie de la rejeter pour dire dans la suivante le contraire. C’est que j’ai toujours l’impression que l’essentiel m’échappe. La double face, le coté caché des choses.

D’autant plus que la poésie doit témoigner du mouvement de notre époque.

Or jamais dans l’histoire de l’humanité, il n’y a eu siècle plus barbare que le notre. Et les horreurs continuent et se multiplient dans tous les coins du monde. Nous sommes impuissants face à tant de misère, de corruption et de manipulation. Faut-il passer devant les drames qui ont lieu, les yeux fermés de peur d’être soi-même broyés par la violence ?

Le poète doit donc aussi prendre positon face au monde qui l’entoure.

Finis fleurs et petits oiseaux, Dieu est mort. »

Anise Koltz – in Somnambule du jour

 

Eboulis

 

Que voit-on

chez les enfants d’Anniston ?

Frisson d’eau et fenêtres ouvrant

la lumière, un long silence

à peine

un sourire pour écrire

la souffrance et rien de plus.

De petites pierres

enroulées dans la partie creuse

de l’édifice

tv5

image-e1448366370628 Samuel Bollendorff

 

(de) S’il descend vers un monde

 

entouré de mystères ce qui file

au tréfonds de lui-même ce sont des ces rêves que sans doute

il ne pourra réaliser

ces passions sans fondement auxquelles sa faim aspire

un amour sur le point d’être effacé

et lui qui a connu la honte de ce qui s’écrit sur la page blanche

lui s’embarquera dans le futur

 

Yoshimoto Takaaki

Émilie Keener