(de) Cheveux emmêlés

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« Ainsi le poème

Il faut que je vacille ! »

Me dit cet ami

A qui je montre la tristesse

Dans la fleur d’un sourire ».

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Yosano Akiko

Zao Wou-Ki

Erratique

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après

l’échec de la langue

– mots jusqu’à l’épuisement

le corps s’enroule dans une matière

invisible

et quand bien même

le silence qui bruit aux oreilles

un court instant

il entre en grâce

Diana Taman

(de) Au risque de l’inconnu

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(…) Au risque d’écrire à un(e) presque inconnu(e) une lettre d’amour à partir d’un presque rien qui vous a traversé dans une fulgurance inconnue de vous jusqu’alors.

Au risque de ne pas cesser de faire l’amour.

Au risque de prier sans le secours d’aucun Dieu, où même avec.

Au risque de l’amitié, cachée, folle, éperdue, infinie. Pire qu’un amour.

Au risque de l’ennui, et aimer cet ennui sans secours.

Au risque de marcher seul dans une ville et attendre que survienne, à cet instant, le sens de toute une vie ; savoir que le lendemain disparaitra (…)

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Anne Dufourmantelle

La vie sans fin

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suis ces bêtes

qui traversent avec

leurs prairies

les orées

le ciel et l’ombre sous

les nuages

aussi la flache

pleine de petits têtards

et le sentier pierreux

sur lequel un bâton te tient

par la main

.

tout est encore là

Albert Louden

Le pain dur

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si longtemps

que la main bouge

la somme reste la même

le corps est dans la tête

il y souffle le feu

mais dans le débord de mots

qui mangent la bouche

ou du commis en dedans

à son insu

on l’entend

Jean-Christophe Béchet

Soi-même comme un autre

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ce visage

qui n’est pas le mien

ni tout à fait autre

qui n’est pas non plus celui que je quitte

au matin quand la lumière

s’éteint

Egon Schiele

La grande beauté

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par endroits

un visage remonte

à la surface

.

qui

pour un geste ou

une histoire de mots cousus de

l’intérieur

.

parfois  

c’est le corps qui émerge

.

presque nu

de s’allonger sur un coté

et de m’observer en train

de songer

.

est dans la puissance

de l’image

ces êtres qui ne vieilliront

jamais

James Reddinton

(de) Oberland

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J’ai tout dit à la montagne. Notamment que je n’arrivais plus à vivre. Elle m’a répondu négligemment en soufflant sur mon feu que ce n’était pas grave, que vivre n’était qu’une idée, que la nuit  venait tous les jours, qu’il fallait s’allumer une cigarette, laisser bruler lentement, le mauvais bois, le mauvais sang. Le temps ici change vite.

José Gsell

Joseph Mallord William Turner

Les visiteurs

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dès le jour éteint

les voix réclament

les choses naguère enfouies là

et de venir

en plus grand nombre

si disent-elles

les choses

je ne les dis pas

Ted Gordon

Est ce qui vient

.

en chaque soir

la vague empêche

le chemin

sombre

et silencieuse

de cet œil halluciné

qui fulgure en plein remous

et ce bras d’écume

tout à l’instant qui présage

le déchaînement

Carlo Zinelli