Çà et là

un chemin

désert

dans l’à-vif du soir


des pierres ont poussé

çà et là

je marche

sans savoir vers quoi


chaque pas déplace

un peu plus le soir


je tends l’oreille –

quelque chose remue

sous l’écorce


on dirait

que la terre sait parler

Paxti Laskarai

(de) Noir tenir

.

comme si

attisée

par un souffle

soulevée

d’abord nuée légère

nébuleuse qui monte voltige s’éparpille

retombe

noir pollen

indécis

ondulé de frissons


                                    (j’imagine n’ayant vu)

.

Danièle Faugeras

Marcello Cammi

Au soir



des lumières lointaines

et l’écho d’une foule

en fête


par la fenêtre

j’en vois quelques-uns

en bas qui se dépêchent


le ciel s’est ouvert

la rue est en fête


je pourrais

moi aussi descendre

me mêler aux voix


une chanson me vient


« la mort est bleue

les femmes s’enfuient

avec la lune »


je ne le fais pas

Will Hooper

(de) * Extraits du corps – Bernard Noêl

Mots

.

« Je te perdrai comme on perd un clair

jour de fête : — je le disais à l’ombre

que tu étais dans le vide de la pièce — attentive

ma mémoire te chercha en ces années

florissantes un nom, une apparence : pourtant,

tu te dissiperas, et ce sera toujours l’oubli

de nous dans le monde. »

Tu regardais le jour

évanoui dans le crépuscule, je parlais

de la paix infinie que le soir

étend sur les fleuves à la campagne.

.

Alphonso Gatto

Lauren Baker

(de) Le miroir des solitudes

.

Car, à cet instant, tu le pressens,

La réalité n’est pas achevée,

Pas encore construite, et demande à l’être comme l’est

Un fruit ouvert, dont on peut goûter la saveur, connaître

Le plaisir ; au fond, tout n’attend de toi

Qu’une seule chose : que tu lui livres en toi

Ce passage charnel

Vers sa plus intime légèreté, son être musical ;

.

Christian Monginot

Franck Creber

Parc du Vernay

comme

la plaie qui se ferme

le jour s’en va


l’ombre

submerge les arbres

les allées se vident


je regarde ce qui me reste


la lenteur

à l’intérieur qui insiste


ce que le soir

ne parvient jamais

à emporter

Peter Hutchinson

(de) Lignes d’écriture

.

on s’interroge n’est-ce pas suffisant d’être là parmi tout ce qui s’offre sans fin
se sentant misérable

de n’en saisir
rien

n’est-ce pas suffisant d’être parmi les voix les corps de les toucher parfois d’être touché
et de sentir l’imperceptible

frémissement de
l’air

n’est-ce pas
suffisant

.

Christine Bloyet

Harold Feinstein

(de) La mer écrite

.

Ces cordages faits pour retenir les bateaux de rejoindre le vent et de s’y perdre.

La mer est toujours surveillée, vérifiée.

Dès fois qu’elle ne voudrait plus vivre.

Comme il y a des gens qui ne veulent plus partir mais seulement rester là, à vivre dans l’immobilité du temps.

.

Marguerite Duras

Hélène Bamberger

Le pain dur

si longtemps

que la langue bouge

la somme reste la même –


le corps est dans la tête

il y souffle le feu


et dans le débord

de flammes qui s’allongent

jusqu’à toucher l’âme


à son insu

sa voix porte peu

Massimo Léardini