Je dois passer
Le seuil obscur.
Une salle.
Blanc, le document rayonne.
Bien des ombres s’y déplacent.
Tous veulent le signer.
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Jusqu’à ce que la lumière m’eut rattrapé
et qu’elle eut replié le temps.
.
Thomas Transtromer
Ruban d’arbres tissés de brumes diffuses
Ceintures de montagnes à la nostalgie émeraude
Le soir pénètre dans le pavillon
Quelqu’un s’attriste là-haut
Ceinture de montagne
Vaine attente sur le perron
Les oiseaux se hâtent au retour
Est-il donc voie de retour pour les humains ?
Tant de kiosques le long des routes,
de loin en loin…
Li Po
Je ne suis pas ici
ici n’est pas
il n’y a pas d’ici
si ici était
je ne pourrais
marcher
ni faire paroles
ici est un prétexte
dire : je pars
est un mensonge
Il y a tant d’ici
qu’aucun ici n’est
et ne s’arrête
mais volatil
on ne l’attrape
ni s’y couche
ou s’endort
ici est un mot.
Jean Todrani
Bien plus bas que ces jeux aveugles
où meurt l’espace
la gorge d’un lézard où la vie s’ensoleille
et le mur qui palpite au couchant
un brin d’herbe porte le secret
d’un monde disparu, intact
A la verticale soudain
le vent rit follement
qui est ce messager heureux
Pierre Albert Jourdan
Paul Gaugin – Paysage près Arles 1888
Hier je t’ai vu en rêve et c’était la deuxième fois.
Mais six fois déjà j’ai rêvé de ton mari.
Même en rêve je ne peux parler longtemps avec toi.
Mais avec lui je parle, je me promène dans mes rêves.
Les rêves sont contre moi. Ah,
Je doute de l’autre monde !
Quand je t’ai vu en rêve, je me suis aussitôt éveillé
Et j’ai mis du temps pour me rendormir.
Mais les rêves de ton mari s’éternisent
Et le lendemain, oh, j’ai mal à la tête…
Faut-il le dire ? Une fois au moins je voudrais en rêve
Tuer ton mari, voir ce qui se passerait
Si j’en aurais quelque regret
Aru Hito Ni
Traduction d’Yves Marie Allioux
http://lesphotosdejielbe.fr/index?/category/165-musee_art_contemporain
» Simplement, il est sûr que tout poème, pour moi, est toujours donné par un choc émotif, imprévisible, une surprise, et ne saurait exister sans cette impulsion initiale. Il s’écrit plus que je ne l’écris vraiment, dans un état de disponibilité intérieure, comme entre veille et sommeil. Certes, il peut y avoir ensuite des retouches, mais jamais un travail acharné qui ne pourrait que le détruire. »
Philippe JACCOTTET
(…) Alors
Je prie le ciel
que nul ne me regarde
Si ce n’est au travers d’un verre d’illusion
Retenant seulement
Sur l’écran glacé d’un horizon qui boude
Ce fin profil de fil de fer amer
Si délicatement délavé
Par l’eau qui coule
Les larmes de rosée
Les gouttes de soleil
Les embruns de la mer.
Pierre REVERDY
Tsuruko Yamazaki