Paraphes

 

Je dois passer

Le seuil obscur.

Une salle.

Blanc, le document rayonne.

Bien des ombres s’y déplacent.

Tous veulent le signer.

.

Jusqu’à ce que la lumière m’eut rattrapé

et qu’elle eut replié le temps.

.

Thomas Transtromer

Image Bruce Nauman

 

 

De loin en loin

Ruban d’arbres tissés de brumes diffuses

Ceintures de montagnes à la nostalgie émeraude

Le soir pénètre dans le pavillon

Quelqu’un s’attriste là-haut

Ceinture de montagne

Vaine attente sur le perron

Les oiseaux se hâtent au retour

Est-il donc voie de retour pour les humains ?

Tant de kiosques le long des routes,

de loin en loin…

Li Po

Image  Zhang Xiaogang

Mourir d’aimer



allongée

sur le coté

tu grattes

les peaux mortes

d’une jambe efflanquée

une lumière blanche

filtre à travers les volets

nos ombres sont

inapparentes

nous entendons

de temps en temps

le bruit d’un pas feutré

derrière la cloison

tv5

Image Edward Hopper

Je ne suis pas ici

 

Je ne suis pas ici

ici n’est pas

il n’y a pas d’ici

si ici était

je ne pourrais

marcher

ni faire paroles

ici est un prétexte

dire : je pars

est un mensonge

Il y a tant d’ici

qu’aucun ici n’est

et ne s’arrête

mais volatil

on ne l’attrape

ni s’y couche

ou s’endort

ici est un mot.

 

Jean Todrani

Image Olivier Debré à Shanghai

 

l’Homme-marron


le ciel

ne retient rien

ni la chaleur ni l’ombre

des nuage


le vent hésite

entre deux rives

à chaque fois

il oublie l’adresse


l’homme

surveille le fleuve

la picolette elle

chante dans sa cage

 

Le dernier gibier (extrait)

 

Bien plus bas que ces jeux aveugles

où meurt l’espace

la gorge d’un lézard où la vie s’ensoleille

et le mur qui palpite au couchant

un brin d’herbe porte le secret

d’un monde disparu, intact

 

A la verticale soudain

le vent rit follement

qui est ce messager heureux

 

Pierre Albert Jourdan

Paul Gaugin – Paysage près Arles 1888

 

A quelqu’un

 

Hier je t’ai vu en rêve et c’était la deuxième fois.

Mais six fois déjà j’ai rêvé de ton mari.

Même en rêve je ne peux parler longtemps avec toi.

Mais avec lui je parle, je me promène dans mes rêves.

Les rêves sont contre moi. Ah,

Je doute de l’autre monde !

Quand je t’ai vu en rêve, je me suis aussitôt éveillé

Et j’ai mis du temps pour me rendormir.

Mais les rêves de ton mari s’éternisent

Et le lendemain, oh, j’ai mal à la tête…

Faut-il le dire ? Une fois au moins je voudrais en rêve

Tuer ton mari, voir ce qui se passerait

Si j’en aurais quelque regret

Aru Hito Ni

Traduction d’Yves Marie Allioux

Image http://lesphotosdejielbe.fr/index?/category/165-musee_art_contemporain

Philippe Jacottet

 » Simplement, il est sûr que tout poème, pour moi, est toujours donné par un choc émotif, imprévisible, une surprise, et ne saurait exister sans cette impulsion initiale. Il s’écrit plus que je ne l’écris vraiment, dans un état de disponibilité intérieure, comme entre veille et sommeil. Certes, il peut y avoir ensuite des retouches, mais jamais un travail acharné qui ne pourrait que le détruire. »

Philippe JACCOTTET

(de) Sable mouvant

 

(…) Alors
Je prie le ciel
que nul ne me regarde
Si ce n’est au travers d’un verre d’illusion
Retenant seulement
Sur l’écran glacé d’un horizon qui boude
Ce fin profil de fil de fer amer
Si délicatement délavé
Par l’eau qui coule
Les larmes de rosée
Les gouttes de soleil
Les embruns de la mer.

Pierre REVERDY

Image Tsuruko Yamazaki

 

 

La (mauvaise) conscience

sous les platanes

une ombre

assise sur une souche rouillée

il pleut

les années passent

sans qu’une feuille ne tombe

l’ombre fait

un pas –

à l’égal du mien

son visage osseux

et ses lèvres fines