dans le palais
qui nous habite
nos corps
se croisent en silence
l’air porte
le rance et le jauni
au fond du couloir
respire une lumière
malade –
sans doute
sommes-nous morts ici
sans même avoir été
avertis

au temps
au regard
à la lumière
au jour déjà commencé,
qui devra prendre date
aux mots écrits pour ce jour-là.
à la lumière
soustraire au sens du fleuve,
au temps,
ce qu’il charrie,
ne pas le regarder couler
s’enfouir sous le vert gazon
qui borde ses rêves.
soustraire au cours ma propre voix
le monde à mes yeux
ce matin
au temps
au regard
à la lumière.
Lucie Taieb
la maison
se souvient du temps
où tout était là –
nos yeux
nos bouches
nos mains
même le silence était une voix
elle croyait
que nous voulions vivre
à l’abri du monde
à l’intérieur
quelque chose pourtant
pourrissait déjà

Philip Holt
Mais gluante de gouttes
quand la vitre
s’illumine au soleil
de vieux visages s’y accolent
dispersés jadis par la mort
aigus dans la lumière
ils nous adjurent en paroles
maintenant mises au présent des oiseaux
de les regarder
du plus près que nous pouvons
de poser nos doigts sur la fenêtre
à la place exacte de leurs bouches
pour qu’ils soient moins partis, moins défaits, sentent
cette chaleur de peau étrangère
qu’ils ne peuvent plus
caresser, embrasser.
Alors je nous sens provisoires.
Marie-Claire Bancquart
Et maintenant que je chôme,
Que l’usine est froide et rouille,
Chaque jour est un dimanche,
Je hais chaque jour,
Je veux dormir,
J’aime seulement le sommeil.
Ô l’éveil dans le dégoûtant jour.
Je pense et je crève
Et je pense que je crève.
Aujourd’hui c’est dimanche
Éternel dimanche
Au fond de la ville.
Pierre Morhange
Tout est vanité.
une ville se vautre dedans,
relève-toi de la poussière de cette ville,
surmonte la charge,
et fais semblant
d’aller vers un bénévolat.
tiens tes promesses
devant un miroir aveugle dans l’air,
devant une porte fermée dans le vent,
les chemins abrupts du ciel ne sont pas foulés.
Ingeborg Bachmann