la nuit
quand les mots
se détachent de moi
le poème trouve
enfin sa raison d’être
et pendant
un long moment
je me sens vivre au bord
de ce qui respire

Personne à qui pouvoir dire
que nous n’avons rien à dire
et que le rien que nous nous disons
continuellement
nous nous le disons
comme si nous ne nous disions rien
comme si personne ne nous disait
même pas nous
que nous n’avons rien à dire
personne
à qui pouvoir le dire
même pas à nous
Gherasim Luca
La mer,
seule
au bout du ciel
écroulée en nous
comme une pluie
limpide de l’été,
sous le clair de lune,
elle hume l’encens
et la myrrhe en nous.
Sonia Elvireanu
Et parfois je rentrais en moi
et je rendais visite au rêve
: statue qui s’éternise
en des pensées liquides,
un ver blanc qui se tord
dans l’amour.
Un amour débridé.
Un rêve dans un autre rêve.
Et le cauchemar me disait : tu grandiras.
Tu laisseras derrière toi les images de la douleur et du labyrinthe
et tu oublieras.
Mais en ce temps-là grandir aurait été un crime.
Je suis ici, dis-je, avec les chiens romantiques
et c’est ici que je vais rester.
Roberto Bolano
Nous finîmes par sortir
de la brume de la nuit.
A présent, personne ne reconnaissait personne.
Le sens, nous l’avions perdu en chemin.
Personne ne demanda non plus avec insistance :
Qui es-tu ?
Répondre, nous ne le pouvions pas.
Nous avions perdu
nos noms.
Loin de là, le tonnerre
venu d’un cœur qui ne cède pas
déjà à l’œuvre.
Nous écoutions sans comprendre.
Nous étions arrivés au plus lointain des lointains.
Tarjei Vesaas
Ce soir
La nuit est bleue
Avec un parfum de girofle
Sous la pierre lente et chaude
Tu vas et viens
De ton cœur
Au jardin
Et le pouls des planètes
Pourrait cesser de battre
Sans que la peur
Ne soit nommée
Dans la douceur des choses.
Hélène Cadou
j’entrouvre le rideau
dans le ventre céleste
où nos sangs d’humains se mêlent
je marche vers la cuisine
toujours ce même rêve
d’embrasser l’insatiable sans y perdre le vent
et je pense à la mer
étendue et ouverte
sauvage et pleine d’ombre
(texte et image)
Si pure
la lumière
éclabousse le monde
M’y fondre
serait vivre
enfin
dans la beauté du rien.
Colette GIBELIN
Alejandra Laviada