indifférente
à la foule
qui languit
sur le garde-corps
tu te hisses –
ma belle
pour saisir du regard
tout Paris
soleil de mars –
l’hydre engloutit
l’horizon
et la ville –
dis-tu
n’en est que plus
belle

indifférente
à la foule
qui languit
sur le garde-corps
tu te hisses –
ma belle
pour saisir du regard
tout Paris
soleil de mars –
l’hydre engloutit
l’horizon
et la ville –
dis-tu
n’en est que plus
belle

« Écrire, en poésie, disons plutôt en direction de la poésie, c’est assurément tenter de forcer sa voie vers l’immédiat dans la chose, vers ce que j’appelle la présence, et cela prend et reprend sans cesse, ou devrait sans cesse reprendre, l’aspect d’une sorte de théologie négative : celle-ci est la déconstruction des représentations dont sont faites nos idées du monde et des autres, conceptuelles et donc abstraites et réductrices. Ce négatif est le début de la poésie et quand quelqu’un est parvenu en ce point, réellement, c’est parce que depuis un moment déjà, il a fait de ce travail sa grande entreprise, abandonnant les affirmations naïves de son lyrisme d’adolescent pour entrer ainsi dans les mots par en dessous du réseau de leur signification, au risque d’ailleurs de ne rien dire au sens habituel du mot dire ».
Yves Bonnefoy – in « L’inachevable ».
Naître en prenant le temps l’espace
comme on prend un train pour ailleurs
pour des vergers comme des pages
d’abeilles butinant le blanc
quand l’allégresse des enfants
surgit de la légende fraîche
du linge qui gifle le vent
Raymond Farina
Les arbres morts sont là, fous, figés dans un désordre fixe, tellement, que le vent ne veut plus d’eux. ils sont entiers martyrs, ils sont noirs, du sang noir des arbres tués par le feu.
Marguerite Duras – in « Écrire »
–
.
ni la ville
par instant
quand la porte
s’ouvre
ni la voix
cassée
de cette femme
au verso
ni le rose
épice
qui fond
dans l’assiette
ni l’or
du silence
cueilli
en chemin

Foret paisible, silencieuse, comme des brumes tissées
Montagne froide, toute la région, verte et désolée
Le crépuscule pénètre la maison élevée
Quelqu’un à l’étage, mélancolique, en vain
Attend debout sur le perron de jade
Les oiseaux passent la nuit et s’envolent, retour en hâte
Quelle sorte d’état est le trajet du retour ?
Et les refuges lointains succèdent aux gites proches…
Li PO (alias Li Taibai)
–
Isak Dinessen disait qu’elle écrivait un peu chaque jour, sans espoir, et sans désespoir. Un jour, j’inscrirai cette phrase sur une fiche de format 12.5 x 17.5 et je la scotcherai au mur, au dessus de mon bureau.
Des fiches comme celle-là, il y en a déjà quelques unes sur mon mur. « L’exactitude foncière de l’expression est la SEULE morale de l’écriture ! » (Ezra Pound). C’est loin d’être tout, bien entendu, mais un écrivain qui a « l’exactitude foncière de l’expression », a au moins pris un bon départ.
Sur une autre fiche, j’ai inscrit ce fragment de phrase péché dans une nouvelle de Tchékhov : « …et en un éclair, il comprit tout ». Ces quelques mots me paraissant chargés d’émerveillement et riches de tous les possibles. Leur clarté simple et dépouillée me plait infiniment, tout comme l’espèce d’illumination qu’ils suggèrent. Qu’est ce qui est resté obscur jusque là ? Pourquoi la lumière à ce moment là et pas à un autre ? Qu’est-il arrivé ? Et surtout que faire à présent ?
J’ai entendu le romancier Geoffrey Wolff s’exclamer un jour devant un groupe d’étudiants en écriture : « Pas de grosses ficelles ». Cette phrase-là, il faudrait aussi l’inscrire sur une fiche.
in « Les feux » / 1983
Poussière fine et sèche dans le vent,
Je t’appelle, je t’appartiens.
Poussière, trait pour trait,
Que ton visage soit le mien,
Inscrutable dans le vent.
Jacques Dupin
–
http://www.wikiart.org/en/zao-wou-ki/vent-et-poussi-re-1957#close
L’homme bien portant, il ne fait pas d’art, il va à la chasse. L’homme bien portant, c’est le sauvage, le barbare. Tant que vous n’êtes pas névrosé quelque part, tintin. Une des grandes sources de l’art, c’est le onze degré. Il n’y a pas un seul écrivain qui n’était pas malade. Sauf le Victor Hugo, ce gros con. Ça m’a tellement chagriné que j’ai fini par fouillé, par gratter ; or il avait été syphilitique. Voilà le problème est réglé, il n’y a pas un cas. C’est donc que l’art est un truc de malade (rires)… Le reste du monde joue au football.
Louis Calaferte / Les Inrockuptibles – 10 ans l’album / 1996
–
Porte close, épais silence
Fenêtre opaque, pièce vide
J’aime cette retraite
A quoi bon les montagnes ?
https://www.quora.com/What-are-some-great-Japanese-artworks-that-depict-Chinese-subjects