Le rocher aux aigles

 

Derrière le verre

du terrarium

des reptiles

étrangement inertes.

 

Une femme accroche son linge

dans le silence

la mort est à l’abri du vent.

 

Mon âme glisse

dans les profondeurs su sol

aussi paisible qu’une comté

 

Thomas Transtromer

  Damien Maloney

André Velter

 

«  Avant de savoir si j’apprécie ou pas le texte que j’ai sous les yeux, j’aime à ce qu’il ne ressemble à rien de connu. Dès qu’un référent se superpose ou reste en filigrane, la lecture perd beaucoup de son intérêt pour moi. On peut bien sûr déceler dans un poème des résonances, des résurgences, des influences, mais ce qui est vraiment décisif, ce sont les sonorités inédites, les alliages de sons et de sens qui n’avaient pas encore été tentés, risqués, expérimentés. »

André Velter

Aylan

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à peine

étions-nous partis

que la mer revint effacer

nos empreintes

sur le sable.

Le ciel était gonflé

de larmes, nous avancions

tête basse. Et le bruit des vagues refluait

vers les grands arbres

à l’endroit même

de nos habitudes.

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© tv

Maryam Alakbarli

 

Pierre Reverdy

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 » Il n’y a pas de mots plus poétiques que d’autres. Car la poésie n’est pas plus dans les mots que dans le coucher du soleil ou l’épanouissement splendide de l’aurore – pas plus dans la tristesse que dans la joie. Elle est dans ce que deviennent les mots quand ils atteignent l’âme humaine, quand ils ont transformé le coucher du soleil ou l’aurore, la tritesse ou la joie.

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Pierre Reverdy in « Cette émotion appelée poésie » (1950)

 

 

 

 

Simone Weil

« Ne jamais faire de violence à sa propre âme ; ne jamais chercher ni consolation, ni tourment ; contempler la chose, quelle qu’elle soit, qui suscite une émotion, jusqu’à ce que l’on parvienne au point secret où douleur et joie, à force d’être pures, sont une seule et même chose : c’est la vertu même de la poésie. »

Simone WEIL – « Écrits historiques et politiques »

La saison froide

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pressées l’une

contre l’autre

nos chairs nues

sur le tapis de laine

la pulpe d’un doigt

sur ma peau

un souffle puis

une pression légère

de l’abdomen

 

Matin d’amour

deux cuillères rangées

au fond du tiroir

tv5

Image Egon Schiele (1917)

Vu d’ici,

 

la terre parait

endormie. Reste

une sorte de pavement

polychrome

balayé par les vents.

Avec de longs fils de soie

sur lesquels glissent

de petites chiures dorées.

Et le carré blanc à l’orée

du village ?

 

Sans doute un cimetière.

 

©  tv

Image Moebius (alias Jean Giraud)