Une vie sans fin



suis les bêtes

qui traversent dans le rêve

du matin


derrière elles

les prés d’or

la blancheur des nuages


les sentiers lents

que le soleil dépasse


dans l’herbe mouillée

ce bâton de noisetier

avec lequel tu marchais

enfant

Aaron Canipe

Image obscure


les corps

dépolis de ceux

qui dorment

au fond de l’océan


dissous

dans le rêve


ils reposent

dans la lenteur bleue

sans qu’aucun d’eux

ne sache

ce qui tremble

à la surface

Henri Michaux

Axiome


parfois

les mots n’arrivent pas

jusqu’ici


alors

bouche ouverte

j’attends

ce qui ne vient pas


patiemment


après tout

le silence était là

avant moi

. Florent van Roeckel

Jacques Dupin

 

Si l’on prend le langage en tant que tel, entité autonome, corps vivant, et qu’on le dégage de sa fonction utilitaire, outil de communication et d’échange entre les hommes pour le fonctionnement de la société, la langue est nue, mise à nu dans la lumière, et sa nudité est pure violence. Les mots cessent d’être de la menue monnaie qui circule, valeur d’usage et valeur d’échange. Les mots sont les étoiles scintillantes d’une constellation à l’état naissant. Ou les gouttes d’eau d’un torrent rapide. Ou les grains de sable d’une grève insoupçonnée (…) –  Jacques Dupin

 

Portrait de Jacques Dupin – Francis Bacon

 

 

Le rocher aux aigles

 

Derrière le verre

du terrarium

des reptiles

étrangement inertes.

 

Une femme accroche son linge

dans le silence

la mort est à l’abri du vent.

 

Mon âme glisse

dans les profondeurs su sol

aussi paisible qu’une comté

 

Thomas Transtromer

  Damien Maloney

André Velter

 

«  Avant de savoir si j’apprécie ou pas le texte que j’ai sous les yeux, j’aime à ce qu’il ne ressemble à rien de connu. Dès qu’un référent se superpose ou reste en filigrane, la lecture perd beaucoup de son intérêt pour moi. On peut bien sûr déceler dans un poème des résonances, des résurgences, des influences, mais ce qui est vraiment décisif, ce sont les sonorités inédites, les alliages de sons et de sens qui n’avaient pas encore été tentés, risqués, expérimentés. »

André Velter

Aylan 

d’autres

viendront

à leur tour

s’échouer sur cette plage


on les retrouvera

encore

couchés sur le ventre

sans nom et sans bagage


on pleurera

un peu


puis

on regardera

les corps

disparaitre dans le noir

de la nuit

Maryam Alakbarli

Pierre Reverdy

.

 » Il n’y a pas de mots plus poétiques que d’autres. Car la poésie n’est pas plus dans les mots que dans le coucher du soleil ou l’épanouissement splendide de l’aurore – pas plus dans la tristesse que dans la joie. Elle est dans ce que deviennent les mots quand ils atteignent l’âme humaine, quand ils ont transformé le coucher du soleil ou l’aurore, la tritesse ou la joie.

.

Pierre Reverdy in « Cette émotion appelée poésie » (1950)

 

 

 

 

Simone Weil

« Ne jamais faire de violence à sa propre âme ; ne jamais chercher ni consolation, ni tourment ; contempler la chose, quelle qu’elle soit, qui suscite une émotion, jusqu’à ce que l’on parvienne au point secret où douleur et joie, à force d’être pures, sont une seule et même chose : c’est la vertu même de la poésie. »

Simone WEIL – « Écrits historiques et politiques »