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La terre toute entière visible
mesurable
pleine de temps
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suspendue à une plume qui monte
de plus en plus lumineuse.
Philippe Jaccotet
Elle pensait peut-être que jamais
ce ne pourrait être une vraie catastrophe
si tout était propre et bien rangé
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Elle pensait peut-être en entrant
dans une autre maison que ce pourrait
être la sienne car l’odeur lui était familière
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Elle pensait peut-être que rien ne dure
pas même les murs de la maison
sans l’intervention d’un mensonge apaisant.
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Hanne Bramness
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Le mur est blanc
et brusquement
sur le blanc du mur tombe la nuit.
Il y a un cheval proche du silence,
une pierre froide sur la bouche,
pierre aveuglée de sommeil.
Je t’aimerais si tu venais maintenant,
si tu penchais
ton visage sur le mien tellement pure
et tellement perdu.
O vie.
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Eugénio de Andrade
Jean-Christophe Philippi – Trinité février 2003
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Amère ma rosée
Sur les bouches tendues
N’abandonne pas
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Ces lumières tremblantes
Ni cette densité
où germent la soif
La faim
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Peut-être que dans les poitrines
Une rose
Veille à la stricte monotonie des astres
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Peut-être un chien
Un buisson de fenêtres
Peut-être
Une femme buste lumineux
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Peut-être une mort
Et la descente douce vers l’eau
De ceux qui savent.
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Gérald Neveu
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« Fuyez donc les grands thèmes pour ceux que vous offre votre quotidien : dites vos tristesses et vos désirs, vos idées fugitives et votre foi en une beauté, quelle qu’elle soit. Dites tout cela avec une sincérité profonde, sereine, humble et, pour vous exprimer, utilisez les choses qui vous entourent, les images de vos songes et les objets de vos souvenirs (…) Tâchez de ramener à la surface les sensations englouties de votre passé ; votre personnalité s’en trouvera affermie, votre solitude s’amplifiera, elle deviendra une demeure de pénombre qu’épargneront le bruit des autres. Et si de ce retour au plus profond de vous même, de cette plongée dans votre propre monde naissent des « vers », vous n’aurez plus l’idée de demander à quelqu’un si ces « vers » sont bons. »
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Rainer Maria Rilke – Lettres à un jeune poète
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Peu
reviennent Ceux que la nuit relie
à leur destin informe se contentent
de dormir C’est là
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fin de l’hiver Le ciel n’allume
que les étoiles qui dans la mer
se forment
Peu reviennent
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au présent, berceau
du temps tout entier. Il n’est ni mémoire ni
mer ni main qui puisse recueillir
la lumière que perd la nuit,
chaux
dont elle mouille ceux qui s’en reviennent.
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Gastao Cruz
Étude au crayon de Edward Hopper pour « Nighthawks »
à l’envers
la dent du chat
frémit
sur l’eau grise
d’une roselière
le nez d’un canot
et encore engourdis
la lumière s’étire
jusqu’au bord
d’un petit bosquet
j’imagine
cachée là
la maison du poète
qui ne pissait
que l’eau claire

Andy Denzler