Le dernier gibier (extrait)

 

Bien plus bas que ces jeux aveugles

où meurt l’espace

la gorge d’un lézard où la vie s’ensoleille

et le mur qui palpite au couchant

un brin d’herbe porte le secret

d’un monde disparu, intact

 

A la verticale soudain

le vent rit follement

qui est ce messager heureux

 

Pierre Albert Jourdan

Paul Gaugin – Paysage près Arles 1888

 

Chanson diverse

 

Même chez soi, la vie part à la dérive et sur les vagues

nous flottons sans vraiment savoir où nous allons.

 

Anonyme – extrait du Man’yōshū (8ème siècle)

Imagine

 .

le gout aigre

d’un café

enroulé

sur lui-même

 .

there’s no countries

 .

tes doigts

crochés

à la prise

de tabac

.

It isn’t hard to do  

.

ce bord de mer

rincé

à l’aquarelle

en suspens

.

Nothing to kill or die for

.

nos regards

plongeant

de part et d’autre

de l’horizon

.

And no religion too

Image www.virusphoto.com/

A quelqu’un

 

Hier je t’ai vu en rêve et c’était la deuxième fois.

Mais six fois déjà j’ai rêvé de ton mari.

Même en rêve je ne peux parler longtemps avec toi.

Mais avec lui je parle, je me promène dans mes rêves.

Les rêves sont contre moi. Ah,

Je doute de l’autre monde !

Quand je t’ai vu en rêve, je me suis aussitôt éveillé

Et j’ai mis du temps pour me rendormir.

Mais les rêves de ton mari s’éternisent

Et le lendemain, oh, j’ai mal à la tête…

Faut-il le dire ? Une fois au moins je voudrais en rêve

Tuer ton mari, voir ce qui se passerait

Si j’en aurais quelque regret

Aru Hito Ni

Traduction d’Yves Marie Allioux

Image http://lesphotosdejielbe.fr/index?/category/165-musee_art_contemporain

Philippe Jacottet

 » Simplement, il est sûr que tout poème, pour moi, est toujours donné par un choc émotif, imprévisible, une surprise, et ne saurait exister sans cette impulsion initiale. Il s’écrit plus que je ne l’écris vraiment, dans un état de disponibilité intérieure, comme entre veille et sommeil. Certes, il peut y avoir ensuite des retouches, mais jamais un travail acharné qui ne pourrait que le détruire. »

Philippe JACCOTTET

(de) Sable mouvant

 

(…) Alors
Je prie le ciel
que nul ne me regarde
Si ce n’est au travers d’un verre d’illusion
Retenant seulement
Sur l’écran glacé d’un horizon qui boude
Ce fin profil de fil de fer amer
Si délicatement délavé
Par l’eau qui coule
Les larmes de rosée
Les gouttes de soleil
Les embruns de la mer.

Pierre REVERDY

Image Tsuruko Yamazaki

 

 

La (mauvaise) conscience


sous un platane

ton ombre

assise sur une souche rouillée

il pleut

les années ont passé

sans que tombe une feuille

je fais encore

un pas –

à l’égal du mien

ton visage

osseux

et tes lèvres fines

Don Delillo

« Lorsque j’écris avec ma machine, je produis des caractères bidimensionnels, un a, un b ou un c par exemple. Ils sont plats mais je les perçois pourtant comme tridimensionnels, comme une sculpture que je peux toucher. Quand on compose un mot sur une page blanche, je considère que c’est comme travailler à une sculpture, comme malaxer de la glaise ou travailler du marbre. Dans les mots et dans les phrases, il y a un attrait esthétique qui n’a strictement rien à voir avec le sens. » – Don Delillo

Imagehttp://www.lesinrocks.com/2010/08/26/livres/don-delillo-je-nen-sais-pas-plus-que-le-lecteur-1126560/