(de) Somnambule du jour



Sans me regarder

ma mère me voit

tel un paysage

où elle n’aurait pas grandi


« Tu es l’image

de ton père

dit-elle

en me lavant

comme un mort »


Mes os

radeaux de sauvetage

glissaient dans le sang


Anise Kolz

Kylet Thomson

Esther



le ciel

oui

mais creusé

par d’autres mains

que les nôtres


je reviens

comme on vient

la première fois

transi

avec un peu de froid

sur les lèvres


ne sachant

si c’est l’air

plus vif

ou la distance

qui me rend

à moi-même

Caroline Dufour

Après ton départ

je te garde

comme un ciel de braise

dans la bouche


tu ne brûles pas


tu restes là

contre mes lèvres

je ferme les yeux –


la nuit

fait encore peau


je te respire


tu feras jour

bien avant

l’heure du matin

Erwin Olaf

Jacques



cette ombre

claire

à l’autre rive

je ne distingue

ni son visage

ni sa voix

elle marche

à mon pas

respire à ma cadence

peut-être

ne sommes-nous

qu’une seule ignorance

une inversion impossible

à éclairer

Eugène Atget

CONGERE TA PAROLE



Tu l’as laissée

rider par le vent

qui ensable.


Montagne désormais dans le pré.


Parfois

le vent s’ébruite

à son propos. Il ne sourd

que pour toi.


(On ne dit qu’au matin les pêchers d’avril

pleurent des étincelles de froid.


Il se peut.


Danièle Faugeras

Vers le soir



la pie

fait ses pas coupés

sur le bord de la fenêtre

comme si le temps venait

à lui manquer


bientôt

la lumière tombera au sol

se brisera


elle perdra ce vert

ensemble

que nous avons tant

aimé

Patxi Laskarai

Véronique


le jardin

revient

à hauteur de poitrine


l’air s’y tient

entre les branches

des oiseaux passent          

et repassent

sans se presser


la lumière descend

plus bas

les fleurs se penchent

sans tomber

Mikiya Takimoto

Sans titre


Je regarde les oiseaux

Tracer leurs lettres d’argent

C’est toujours l’heureux

Toujours une cloche qui sonne


Et quelque fois

Quand le soleil l’emporte

Je m’assieds dans ce livre

Comme dans une maison


Véronique Wautier

Chiarra Benzi

Alejandra



nos ombres

passent

l’une dans l’autre

sans se voir

leur commerce est muet

sans règle

comme si le noir savait

mieux que nous

comment tenir ensemble

nos yeux

par dehors

les regardent se mouvoir

ils savent que l’espace

tout entier

ne saurait contenir

l’attente

Là ou la voix



je marche

vers un lieu

où la voix n’appelle

rien de certain


où les visages

devant soi

apparaissent à la lisière

du rêve


où chaque feu

ouvre un désir

qui recule toujours

un peu plus loin

Édouard Taufenbach