Sans me regarder
ma mère me voit
tel un paysage
où elle n’aurait pas grandi
« Tu es l’image
de ton père
dit-elle
en me lavant
comme un mort »
Mes os
radeaux de sauvetage
glissaient dans le sang
Anise Kolz
Kylet Thomson
Sans me regarder
ma mère me voit
tel un paysage
où elle n’aurait pas grandi
« Tu es l’image
de ton père
dit-elle
en me lavant
comme un mort »
Mes os
radeaux de sauvetage
glissaient dans le sang
Anise Kolz
Kylet Thomson
le ciel
oui
mais creusé
par d’autres mains
que les nôtres
je reviens
comme on vient
la première fois
transi
avec un peu de froid
sur les lèvres
ne sachant
si c’est l’air
plus vif
ou la distance
qui me rend
à moi-même

je te garde
comme un ciel de braise
dans la bouche
tu ne brûles pas
tu restes là
contre mes lèvres
je ferme les yeux –
la nuit
fait encore peau
je te respire
tu feras jour
bien avant
l’heure du matin

Erwin Olaf
Tu l’as laissée
rider par le vent
qui ensable.
Montagne désormais dans le pré.
Parfois
le vent s’ébruite
à son propos. Il ne sourd
que pour toi.
(On ne dit qu’au matin les pêchers d’avril
pleurent des étincelles de froid.
Il se peut.
Danièle Faugeras
la pie
fait ses pas coupés
sur le bord de la fenêtre
comme si le temps venait
à lui manquer
bientôt
la lumière tombera au sol
se brisera
elle perdra ce vert
ensemble
que nous avons tant
aimé

Patxi Laskarai
Je regarde les oiseaux
Tracer leurs lettres d’argent
C’est toujours l’heureux
Toujours une cloche qui sonne
Et quelque fois
Quand le soleil l’emporte
Je m’assieds dans ce livre
Comme dans une maison
Véronique Wautier
Chiarra Benzi
je marche
vers un lieu
où la voix n’appelle
rien de certain
où les visages
devant soi
apparaissent à la lisière
du rêve
où chaque feu
ouvre un désir
qui recule toujours
un peu plus loin

Édouard Taufenbach