Huis clos



chambre

en friche

au bord du fossé


ni signe

ni promesse


les murs

se taisent

j’éteins

la lumière


à pas lents

le visage revient

Kathleen Meier

De midi



En quelle nuit

de mon sommeil as-tu


bu jusqu’à l’ivresse à la source


qui jamais ne tarit, en quelle

nuit où je dormais ?

Ô sombre, sombre ta livrée

Plus noire que la nuit.


Notre douleur est ta tendresse,

et maladroit ton chant

emplit la rue, ô matinale

soulé. En quelle nuit de mon sommeil

emplit notre destin

l’oraison ivre de celui-

là qui sans avoir précède


oiseau de midi pour la seconde mort


Gérard Bayo

Andoni Beristain

Muse – 12


la nuit

se déplie

et rend l’œil

à sa propre lumière

je n’ai rien

à vouloir de plus

je suis

le lent détour

du rêve

un visage me regarde –

c’est le tien

Jonathan Bertin

Jugos y tortas



je marche

sans savoir

dans une lumière

qui ne garde rien

les visages s’effacent

sur le souffle


les noms se défont


le ciel semble

si bas

qu’il tombe entre

nos mains

Hervey Stein

Le temps oublié là


la lumière

glisse

encore sur la table

sans dévier


un peu de poussière

un reste de pain

durci


ces choses qui regardent

en silence


le temps oublié là

Jack Davison

Un chemin



Un chemin qui est un chemin

sans être un chemin

porte ce qui passe

et aussi ce qui ne passe pas


Ce qui passe est déjà passé

au moment où je le dis

Ce qui passera

je ne l’attends plus je ne l’atteins pas


Je tremble de nommer les choses

car chacune prend vie

et meurt à l’instant même

où je l’écris.


Moi-même je m’efface

comme les choses que je dis

dans un fort tumulte

de bruits, de cris.


Jean Tardieu

Erwin Olaf

Persistance



je pense

à ces choses

qui tiennent

malgré tout


le souffle tiède dans

l’écharpe


cette maison

aux vitres jaunes


la main

sur la rampe



le chat

sur la chaise

endormi

Emmanuele Ravagnani

Muse / 11


dans le repli

du jour

entre deux gestes

là où les choses

parfois

s’égarent

le ciel se tait

le bleu est indifférent

nos mains se trouvent –

soudain

tout est vrai

Sophie Alyz

En mars



la boue

contient

un peu de ciel


chaque pierre tend

la main


les feuilles s’ébrouent

dans le vent qui revient


je respire

un peu comme

on ment –


juste assez

pour que la lumière

demeure

Sara Silk

Amour de Chichen-Itza



Mosaïque des champs de maïs

les épis poussent dorés par la lumière


Dans l’escalier

ses pas réveillent les flamboyants


Cœur de feu,

pétales couchés par le soleil


Le sang monte des talons

jusqu’à la fleur des cheveux


Alberto Blanco

François Baron Renouard