Pleurer


dans la nuit

qui fait peau

j’écris –


pleurer

n’est pas faute

mais l’instant

qui fuit


la fenêtre s’ouvre


les mots

traversent le cercle

ils emportent

tout ce que j’ai tu

Trent Parke

La terre continue


un jour

de semaine

doucement

usé


où s’entassent

quelques pensées

omises

à peine ébauchées


la lumière

va vers les choses

immobiles


pourtant

sous nos pieds

la terre continue

de voyager

Trent Parke

(de) Sombre ménagerie



Je me souviens

de poèmes sauvages

peu nombreux

telles des plantes nouées

qui naissent

sous la véranda

je les récite

sans bouger les lèvres

sous l’eau

ma peau a changé

je ne crois pas aux baisers



Elise Turcotte

Caroline Dufour

Levant



avant

de tendre la page

au regard de l’Autre

je me plie

à la forme qui cherche

à naître

un mot

plus haut s’échappe –

peut-être

est-ce un jardin

que les yeux ne sauraient

connaître

j’y Beaujean

(de) Selon les sources


Il y a longtemps

nous fumes

avec la chevelure

et le serpent.

Nous avions inventé

des fables

superposé

les promesses

célébré l’alliance

voulu peindre

l’encre et le rose


Esther Tellerman

Dominique Cahier

Sans poids



à force

de marcher

le mouvement s’ajuste

à la lumière


le pas devient plus léger

comme si le corps savait déjà

où aller


avant le chemin

avant les pierres


comme

une trace ancienne

que la terre aurait

gardée

Grade Salomon

Angle mort



je fouille

sans précaution

dans l’angle mort

de l’absence


j’y trouve

une mer

encore vive

un lieu lointain


aussi

le goût amer

d’une langue

que le silence

habite

Francesca Woodman

Muse / 10



tes yeux

ouvrent une forêt

dans la nuit

je m’y guide

lové

dans le pli de ta voix

c’est un frisson

un feu discret

presque rien –

qu’à jamais

ainsi la lumière

ne te retienne

Lou Tsatas

EN UN LIEU POUR SE FUIR




Espace. Grande attente.

Nul ne vient. Cette ombre.

Lui donner comme ils font tous :

des significations sombres,

non effarées.

Espace. Silence ardent.

Que se donnent-elles entre elles les ombres ?


Alejandra Pizarnik

Trent Parke

(de) Ile royale



Profond dans la

roche qui

fossilise –

plus là –

le vent continue de bouger,

les orignaux poursuivent leur chemin,

les oiseaux atterrissent, et s’en vont –

nuages, brouillard, jours ensoleillés –

tout s’enfonce lentement

dans la pierre –

vient le jour et nous avons disparu

(plus visibles –

– plus durs et plus bas –)


Gary Lawless

Florence Monmare