Lunaire


une ombre

palpable

me regarde par la fenêtre


je ne bouge pas

elle non plus


comme si

le moindre geste pouvait

nous séparer

(de) Épiphanie de l’ange

 

Cette brume aussi passera,

cet hiver sans pluie,

les hirondelles reviendront et toutes

les formes vivantes

vivront

avec les algues et les rêves

que je reconnaitrai.

 

Robert Veracini

 Pierre Alain Emmi

Une maison là-bas

 

Une maison là-bas

avec sa porte ouverte

et ses deux tourterelles

récitant inlassablement le nom de l’absent

Une maison là-bas

avec son puits profond

et sa terrasse aussi blanche

que le sel des constellations

Une maison là-bas

pour que l’errant se dise

j’ai lieu d’errer

tant qu’il y aura une maison

là-bas

 

Abdellatif Laabi

Image Nicolas de Stael

 

 

 

(de) Sol absolu

mais comment dire l’amour

le désastre et le commencement

le temps courbé sous la veille infinie

et les débris de plâtre

incrustés sous la peau –

 

Lorand Gaspar

ImageAtaa Oko

(de) cheveux emmêlés

 

Des cinq vêtements

Qu’elle portait l’un sur l’autre

Le souvenir d’un col

Où fleurissaient sur fond rose

Des chrysanthèmes en fil d’or

 

Yosano Akiko

Image Olivier Metzger

 

 

En bas

 

Rapatrié dans l’oubli,
le dialogue convivial de nos
yeux lents.

Rapatrié syllabe après syllabe, réparti
sur les dés aveugles le jour, vers quoi
se tend la main du joueur, grande,
dans l’éveil.

Et le trop de mes paroles :
déposé sur le petit
cristal dans le fardeau de ton silence.

 

Paul Celan

Image Florence Levy

 

 

 

 

Plâtre

 

Blanc comme le gel un nu

Était suspendu à mon rêve

Les traces du ciseau qui en avaient taillé les formes

Étaient caressées par le vent de mon rêve

Et à mes yeux débordant de tristesse

Ce visage n’était pas inconnu

Ah !

Quel mystère que tu aies un corps.

Takayuki Kiooka

Image Eikoh Hosoe

Retour de promenade

 

Assassiné par le ciel,

entre les formes qui vont vers le serpent
et les formes qui cherchent le cristal,
je laisserai mes cheveux pousser.

Avec l’arbre à moignons qui ne chante pas
et l’enfant au blanc visage d’oeuf.

Avec les bestioles à la tête brisée
et l’eau haillonneuse aux pieds secs.

Avec tout ce qui est fatigue sourde-muette
et papillon noyé dans l’encrier.

Me heurtant à mon visage différent de chaque jour.
Assassiné par le ciel !

 

Frédérico Gabriel Lorca

ImageJesse Reno