Comme en songe




le jour

cède enfin


plus rien

ne demeure hors

de l’instant


les arbres

s’enfoncent dans l’ombre

le chemin

perd son empreinte


la terre

poussée vers la hauteur

écoute le vent

voyager

Paxti Laskrai

Propos de l’après

dans la blancheur

du songe

le silence reprend

sa place


je marche

sans savoir où aller


derrière moi

quelque chose demeure

sans visage


comme un pas

qui ne me rejoint pas

Pierrette Bloch

Par endroits



le silence cède

par endroits


un peu de jour

me traverse –

la blancheur seulement


puis

des images plus

que des mots


quelque chose

semble enfin prendre

forme

trente Park

La veille au soir



un souffle

effleure le bout de

mes lèvres


pourtant

je suis seul

et je ne dors pas


je penche

un peu la tête

j’entrouvre les doigts


ma main fouille

dans le silence de la chambre

elle sait

pourtant que personne

n’entre là

Dolorès Marat

Poème de l’avant


tu te tiens

droite

face à la rivière

comme si

quelque chose

devait revenir


les arbres baignent

dans l’eau

le vent en défait

le reflet


je cherche

dans le silence

les mots que tu retiens

Caroline Dufour

Sans le savoir



ces jeunes silhouettes

qui traversent le jour

comme si

le monde leur appartenait


je les regarde

marcher


leurs voix se mêlent

à celle de la rue


elles passent

fièrement

sans tourner la tête


sans même savoir

que la lumière passe  

après elles

Makoto Fukui

L’œil installe la nuit


un trait de lumière

se dessine au sol


c’est

la trace du jour

qui s’en va


je m’interroge –


où vont les heures

qui ne passent pas


ces instants qui brillent

immobiles

sous la poussière

Jan Reich

Le voyeur  

la table est mise

on s’assoit

une main se tend

il manque le pain

quelqu’un se lève

recule sa chaise

on passe les assiettes

les voix se resserrent

on dit peu de choses

la main revient

un visage surgit

à la fenêtre

la nuit reste dehors

Will Hooper

L’autre rive



nos ombres

s’éloignent l’une de l’autre

chacune cherche

une vérité


une lenteur

nouvelle

se dépose froidement

sur nos gestes


nous retrouvons

nos corps

sans savoir

ce qu’ils traversent

Le postier tchèque

Sous la neige



sans bruit

la neige

recouvre les choses –


les arbres

les toits

jusqu’au chemin qui dessert

l’arrière-cour


une forme sombre apparaît

au loin


est-ce

mon regard qui s’égare

ou la neige

à force

qui déplace les ombres

Caroline Dufour