dans
la blancheur
des songes
pas un mot
pour creuser
l’explication
seuls
un épais silence
et ce souffle
léger
sur la plaie
encore ouverte

Pierrette Bloch
morceau d’une chose qui a été déchirée
dans
la blancheur
des songes
pas un mot
pour creuser
l’explication
seuls
un épais silence
et ce souffle
léger
sur la plaie
encore ouverte

Pierrette Bloch
je suis seul
à nu
sur la pointe des os
le vide
l’effort d’y tenir
encore cette lumière
blanche
dans mes yeux
et le silence –
le cri d’un tissu
qu’on déchire

trente Park
une ombre
glisse
le long du mur
dans l’espace
entre nous
je tends une main
sans l’atteindre
son souffle
léger
effleure pourtant
mes lèvres
une paix
alors avance
sèche
et nue

Dolorès Marat
tu te tiens
face à la rivière
le dos droit
comme un refus
tu ne dis rien –
j’aime tant
ce rien-là
les arbres défilent
lentement
dans chaque silence
je cherche
le mot
que tu retiens

les jours
qui passent
en filigrane
tissent un nid
d’ombre et de lumière
à force
j’envie
ces frêles silhouettes
qui traversent
le jour
sans laisser de trace

Makoto Fukui
un trait
à peine
glisse
dans la lumière
du ciel
sans bien tenir
le regard
y revient

Jan Reich
la lueur
s’obstine
sur les façades
de l’immeuble
une fenêtre
s’éteint
une autre
s’allume
un cri
traverse la rue
les murs
ne bougent pas

Will Hooper
au sortir
de l’absence
le ciel s’ouvre plus vaste
plus profond
le vent geint
dans une langue familière
des oiseaux sans cri
sans poids
s’accrochent à l’ombre
s’y fondent
comme pour en adoucir
la chute

Le postier tchèque
la rue
silencieuse
et ces fenêtres
encore allumées
dans l’arrière-cour
sans bruit
la neige
recouvre les choses
est-ce
mon regard
qui suit ton pas
ou l’hiver
doucement
qui vient me chercher

combien
de silences
faut-il
pour que ton absence
se taise enfin
le vent
me frôle
sans me trouver
je lève les yeux
tu
ne réponds pas

Dominique Hérion