Ce qu’il en reste



ces oiseaux

aux ailes trop larges

laissent derrière eux

des plumes noires

d’effroi

ils nous effleurent

en silence

leurs ombres légères

glissent sur nos fronts

et au matin

dans un ciel lavé

de toute empreinte

on goute alors

au frisson –

ont-ils seulement

existé

Davis Hurn

Amas


le silence

pesant

je tourne les yeux

vers l’horizon

assez haut

pour y chercher

un souffle

ô rien de grandiose

juste l’amorce

d’un chemin

même fragile

une trouée

peut-être

au creux des pierres

Alberto Giacometti

Je la vois


dans un songe

à peine

une poire

longue bleue

immobile presque

tourne autour d’un soleil

sans feu

tout au-dedans semble

vibrer – des voix peut-être

je ne ris pas

je regarde

ce fruit suspendu

quelqu’un l’a mis là

je ne sais

ni quand

ni comment

nous sortir

de cette image

Caroline Dufour

Souviens-toi de demain


châteaux

de fer

et nuits d’orage

artifices détrempés

esprits

pareillement au songe

aliénés

sable poussière

nid de poussières

mots écornés

quoi d’autre

encore ?

l’aube est silence

d’un conduit de fumée

quelques mots rougis

sous un voile de fumée –

suis-je bien

celui que tu as aimé

?

Kati Dovelos

En corps



enroulés

dans le vent qui mord

la falaise

de l’arrière vers l’avant

et d’un bout à l’autre du versant

ils balancent

hilares

jusqu’à l’instant

où leurs mains cédant

ils plongent au coeur

de l’ouragan

Cédric Klapisch

En parallèle



même

maison même

couloir même

chambre

avec un homme

à l’identique

sur le lit

nu

qui attend

un livre

à la main

et ce silence

autour de lui

plus vaste

que la pièce elle-même

dans l’attente

de l’autre corps


Ryan Molnar

L’envers


tard

dans la nuit

une ombre effleure

la peau des murs

écho

ou simple habitude

sa voix –

plutôt une tiède rumeur

flotte à travers le halo bleu

sous ma tête

l’accoudoir chavire

puis je tombe à l’envers

du jour

Caroline Dufour

KAWAMURA


ce chat

noir et blanc

qui le soir

rôde

dans le jardin

je l’appelle

KAWAMURA

KAWAMURA

parle trois langues

il prépare le thé

cuisine – dit-on

la viande blanche

il sait rouler

des épaules

crache mieux qu’

un officier

ceci dit

comme il vit sans ami

le chat KAWAMURA ignore

qu’il vieillit

Contre-courant


j’ai

longtemps cru

que nos marées

un jour

finiraient

par s’accorder

mais elles roulent

l’une contre l’autre

indifférentes

sans jamais

s’éterniser

Caroline Dufour