le jour
cède enfin
plus rien
ne demeure hors
de l’instant
les arbres
s’enfoncent dans l’ombre
le chemin
perd son empreinte
la terre
poussée vers la hauteur
écoute le vent
voyager

Paxti Laskrai
morceau d’une chose qui a été déchirée
le jour
cède enfin
plus rien
ne demeure hors
de l’instant
les arbres
s’enfoncent dans l’ombre
le chemin
perd son empreinte
la terre
poussée vers la hauteur
écoute le vent
voyager

Paxti Laskrai
dans la blancheur
du songe
le silence reprend
sa place
je marche
sans savoir où aller
derrière moi
quelque chose demeure
sans visage
comme un pas
qui ne me rejoint pas

Pierrette Bloch
le silence cède
par endroits
un peu de jour
me traverse –
la blancheur seulement
puis
des images plus
que des mots
quelque chose
semble enfin prendre
forme

trente Park
un souffle
effleure le bout de
mes lèvres
pourtant
je suis seul
et je ne dors pas
je penche
un peu la tête
j’entrouvre les doigts
ma main fouille
dans le silence de la chambre
elle sait
pourtant que personne
n’entre là

Dolorès Marat
tu te tiens
droite
face à la rivière
comme si
quelque chose
devait revenir
les arbres baignent
dans l’eau
le vent en défait
le reflet
je cherche
dans le silence
les mots que tu retiens

ces jeunes silhouettes
qui traversent le jour
comme si
le monde leur appartenait
je les regarde
marcher
leurs voix se mêlent
à celle de la rue
elles passent
fièrement
sans tourner la tête
sans même savoir
que la lumière passe
après elles

Makoto Fukui
un trait de lumière
se dessine au sol
c’est
la trace du jour
qui s’en va
je m’interroge –
où vont les heures
qui ne passent pas
ces instants qui brillent
immobiles
sous la poussière

Jan Reich
la table est mise
on s’assoit
une main se tend
il manque le pain
quelqu’un se lève
recule sa chaise
on passe les assiettes
les voix se resserrent
on dit peu de choses
la main revient
un visage surgit
à la fenêtre
la nuit reste dehors

Will Hooper
nos ombres
s’éloignent l’une de l’autre
chacune cherche
une vérité
une lenteur
nouvelle
se dépose froidement
sur nos gestes
nous retrouvons
nos corps
sans savoir
ce qu’ils traversent

Le postier tchèque
sans bruit
la neige
recouvre les choses –
les arbres
les toits
jusqu’au chemin qui dessert
l’arrière-cour
une forme sombre apparaît
au loin
est-ce
mon regard qui s’égare
ou la neige
à force
qui déplace les ombres
