En corps



enroulés

dans le vent qui mord

la falaise

de l’arrière vers l’avant

et d’un bout à l’autre du versant

ils balancent

hilares

jusqu’à l’instant

où leurs mains cédant

ils plongent au coeur

de l’ouragan

Cédric Klapisch

Monde parallèle



même

maison même

couloir même

chambre

et cet homme –

à l’identique

sur le lit

nu

qui attend

un livre

à la main


Ryan Molnar

L’envers


tard

dans la nuit

une ombre effleure

la peau des murs

écho

ou simple habitude

sa voix –

plutôt une tiède rumeur

flotte à travers le halo bleu

sous ma tête

l’accoudoir chavire

puis je tombe à l’envers

du jour

Caroline Dufour

KAWAMURA


ce chat

noir et blanc

qui le soir

rôde

dans le jardin

je l’appelle

KAWAMURA

KAWAMURA

parle trois langues

il prépare le thé

cuisine – dit-on

la viande blanche

il sait rouler

des épaules

crache mieux qu’

un officier

ceci dit

comme il vit sans ami

le chat KAWAMURA ignore

qu’il vieillit

Cosmonaute



sous

une forme grise

et oblongue –

une rangée de rivets

pointe par le côté

flotte le casque

d’un scaphandre

on y aperçoit

un visage qui rit

sous verre

et plus bas

écrit à la main

on peut lire ceci –

l’univers ne répondra

jamais

Armand Schultess

Le bûcher


j’ai

longtemps cru

que nos vies

nous suivraient

et que nos marées

un jour finiraient par

s’accorder

Caroline Dufour

Voyage d’hiver



un rivage

désert

dans l’à-vif du soir

de la lumière mouillée


les senteurs ocres

du planisphère

la pierre qui pousse

sous mes pieds

Erwin Olaf

A distance


ce mot

qui attend

dans le pli

des lèvres

cette manière

de le dire

sans jamais

le prononcer

Jesse Boyd-Reid

Un soir



il pleut

dans la chambre


je pourrai

ouvrir la fenêtre

hurler –


« la mort est bleue

les femmes s’enfuient

avec la lune »


je ne le fais pas

Will Hooper

(de) * Extraits du corps – Bernard Noêl