Tel quel



ce fil

mince de lumière

sur l’épaule du soir

le mur

s’empare de l’éclat

l’ombre cède

et sur l’envers

apparait

ce qui au jour

s’ouvre

en secret

Marchi

Sous cloche



au matin

les voix d’algue

bruissent

sous le verre du souvenir

bribes sans nom

sans contour

à demi effacées

comme si le rêve

sitôt défait du réel

s’acharnait à prolonger

la rumeur

Matthew Sprout

Tête bêche



au seuil de pierre

sans but ni volonté

je m’écarte

comme si le cours des choses

m’était étranger

le soir tombe

l’œil rougit l’instant

j’écris

à voix basse des mots

pour penser

Fernand Desmoulin

Huis clos



le vent garde

dans sa paume

la chaleur des nuits d’été

je me tourne vers toi

épaule contre sol

quelque chose remue

c’est en-dessous

peut-être est-ce

la terre qui souffre

d’insomnie

Kathleen Meier

Vérité vraie



une arche

le vent

un ciel menaçant

le ciel se penche

l’arche se fissure

et de l’ombre

surgit un regard rieur

presque insolent

après

je ne peux ni aller

ni venir

mes os claquent

dans un silence de mort

j’attends –

la vie est un rêve

dont je n’ai jamais

pris soin

SMITH

L’oiseleur


ces oiseaux

qui tournent

sans fin

dans l’arrière-cour

de la maison à deux –

avec leurs ailes

chaque fois

un peu plus lourdes

et ces cris

dedans

jetés au vide

Daisuke Yokot

En forêt



au bord du lit

asséché

dans la main d’un rocher

se fissurent

les lignes du monde

souffle – ou chute

élan – ou perte

les yeux aspirés

par ce qui se dérobe

ainsi disparaît

l’ombre qui me suivait

puis l’absence de mots

s’étend

jusqu’aux dernières

lueurs

Alain Laboile

Poétiser



quelque chose

s’attarde

dans le sillon de l’œil

un souffle d’ombre

peut-être

la peur

la peur de ces lueurs

confusément

qui se posent

se mêlent

jusqu’à l’érosion

Jean Fautrier

Tourne, tourne le matin



si tu tends bien

l’oreille

l’herbe mouillée

t’indique le pas

moi

je l’ai su

un matin de rosée –

le sol parlait

sans alourdir ou brusquer

j’étais là

de bonne heure

il a suffi d’attendre

comme un caillou

à l’écart

du chemin

Gustav Klimt

On voit mourir le jour


plus de rouge

ni de jaune

ni ce bleu

qui tient l’ombre en lisière

seulement la poussière

levée

dans la lumière du jour

et ces heures

sans grâce

qui s’effacent à tâtons

ce bruit ?

sans doute

un visage qui cherche

à passer

Benjamin Juhel