Presque entier



la lumière

affleurant le mur

je me tourne

sur le côté


je cède

à l’absence

quelque chose revient

intègre

presque entier


je le reconnais

à ce qui lui manque


la place exacte

qui est la mienne


le corps dépouillé

dans la lumière


je dois songer

Jack Davison


La lenteur



le vent

ramène sur ma peau

le souvenir d’un jour

effacé


je ferme les yeux

j’entends la lenteur

oubliée


elle me revient

par les épaules

dans ma façon de respirer


je me laisse faire


elle finira par m’atteindre

elle sait

où me chercher

George Kamelakis

L’autre ciel



les arbres

recommencent

à bouger


un vent flottant

se lève


les feuilles

hésitent entre l’ombre

et la lumière


le froid

allonge le pas


bientôt

nous aurons à vivre

sous un autre ciel



Bruno Fert

A ras le jour




sur un chemin

peu frayé


je retrouve

l’endroit que j’ai cru

oublié


la lumière est retournée

mon pied hésite


reviennent


les odeurs

de terre

le grand arbre nu

le lit du ruisseau

qui ne chante pas l’été

Kile Thomson

Un geste de mémoire



un trait

d’écume se forme

à mes pieds


je le regarde

aller et venir


un court instant

le sable devient sombre


puis le clair revient  

comme si

rien ne s’était passé

Constantine Manos

Éveil

un souffle

du jour à la poitrine


qui traverse

à son gré

le corps endormi


jusqu’à l’instant

où la lumière

blanchie


vient rompre

le silence

Bernard Drouillet

La rumeur du soir


une fois encore

j’égrène

l’histoire inachevée


nous sommes

l’un dans l’autre

retournés –

de corps et de regard

en silence


à la lueur d’une lampe

je cherche alors

un geste –

une main même hésitante


la lumière ne rend rien

le temps est effacé

Caroline Dufour

Une mer



une mer

sourde

plus lente

avec

un long trait d’écume

sans cesse

qui revient sur

le rivage


l’air est doux

le silence observe


mon corps

retourné

prendre vaguement

les formes du poème

Valentina Luraghi

Sortilège



infrangible est

le récit où

je m’enferme chaque soir


je le connais

par cœur


même si

parfois

il manque quelques mots


comme il tient sans eux

je me dis

c’est lui qui raconte

Jason Decaires

Le jardin



ton regard

se tourne vers un carré

d’herbes hautes


quelque chose

le traverse  

mais rien n’y prend voix


et j’ai beau

à mon tour scruter

le silence


quelque chose

s’en va

dans la clarté du soir

sans que l’on sache

quoi

Michel Dheurle