Poétiser



quelque chose

s’attarde

dans le sillon de l’œil

un souffle d’ombre

peut-être

la peur

la peur de ces lueurs

confusément

qui se posent

se mêlent

jusqu’à l’érosion

Jean Fautrier

Tourne, tourne le matin



si tu tends bien

l’oreille

l’herbe mouillée

t’indique le pas

moi

je l’ai su

un matin de rosée –

le sol parlait

sans alourdir ou brusquer

j’étais là

de bonne heure

il a suffi d’attendre

comme un caillou

à l’écart

du chemin

Gustav Klimt

On voit mourir le jour


plus de rouge

ni de jaune

ni ce bleu

qui tient l’ombre en lisière

seulement la poussière

levée

dans la lumière du jour

et ces heures

sans grâce

qui s’effacent à tâtons

ce bruit ?

sans doute

un visage qui cherche

à passer

Benjamin Juhel

L’usure du jour


la trace

fine –

presque effacée

de ce qui insiste

non pour peser

mais pour que le souffle

tienne

comme cet instant

à peine

filament sur la joue

qui glisse

sans bruit

au-dessus de l’os

Serge Clément

Je cherche un mot 2/2



ce mot

sans bord ni creux

ne dirait pas le nom des choses

il serait un passage

et sans même ouvrir les yeux

tu saurais qu’il reste

quelque chose de sauf

tu me dirais

alors dans un souffle

à peine – je n’efface rien

j’habite en moi

Caroline Dufour

Je cherche un mot – 1/2



je cherche

un mot –

poreux peut-être

qui ne nierait ni la nuit

ni les murs lézardés

ni ce corps encore tremblant

d’avoir aimé

ce mot serait un tesson tiède

dans ta paume ouverte

il pourrait

garder la beauté

de ce qui est

sans jamais rien

omettre

Caroline Dufour

Témoignage



sur l’épaule

se pose

la main légère du temps

puis un souffle

dans l’attente muette d’un mot

d’un frisson

mais la pierre

en creux

garde encore le son de ton pas

l’œil vacille – pleurer

ou s’ouvrir

il ne tranchera pas

Harry Gruyaert

L’accalmie



une pulsation

lente

quelque part

entre ciel et peau

le jour se défait

en filaments pâles

l’ombre

se laisse approcher

et comme en songe

le silence

qui s’étend

devient le cœur

du paysage

Jean Louis Saiz

Propos de l’après


dans

la blancheur

du songe

pas de mot

pas de cri

pas même

un nom

qui viendrait creuser

une explication

seul

le silence

épais

et ce souffle –

baume

sur une plaie encore

ouverte

Pierrette Bloch

Disjoindre



ce corps

tenu au silence

veut repartir

je l’ai senti

l’autre soir

dans l’éclat d’un geste

mal posé

rien d’autre

j’étais seul

à nu

sur la pointe des os

tout était là

le vide

l’effort d’y tenir

et cette lumière ouverte

dans les yeux

comme le cri d’un tissu

qu’on déchire

trente Park