Traversée



voyage

du souffle

de la mer

à la poitrine


le temps s’oublie


l’ombre

gonflée d’orgueil

se tord dans le vent

s’incline


la langue s’ouvre

enfin

à la lumière

Bernard Drouillet

Couchant


le long du soir

l’œil se mêle

à la rumeur des pierres

j’égrène

les ombres lasses

les lieux

par où l’amour est passé

ma langue

a le gout de la cendre

et n’en déplaise

à ma propre écriture

je me souviens

autant du miroir tremblé

que du visage

traversant

Caroline Dufour

Rivage


un trait

d’écume

se forme

à nos pieds

nous le regardons

faire


tu dis –


on dirait

un geste de mémoire

qui insiste sur le rivage

endormi

Valentina Luraghi

Sortilège



incassable

est le récit

où je m’enferme

chaque soir

un peu plus

les ombres savent

les chemins

que je n’ai jamais pris

quelques mots

suffisent

pour qu’elles respirent

au fond de moi

Jason Decaires

Le jardin



je te parle

sans adresse

comme si la ronce était

la seule conscience

du jardin

ton visage se tourne

vers un carré

d’herbes hautes

rien n’y prend voix

Michel Dheurle

L’envers du jour



ce mince fil

de lumière

sur l’épaule du soir

le mur

en recueille l’éclat

l’ombre cède

et sur l’envers

apparaît

ce que le jour

gardait secret

Marchi

Rémanence



où le jour

hésite à quitter

le rêve

des voix d’algue

bruissent sous le verre

du souvenir

quelques bribes

à demi effacées

qui remontent

sous la lumière

trouble

Matthew Sprout

Tête bêche



au seuil de pierre

sans but ni volonté

je m’écarte

comme si le cours des choses

devenait étranger

le soir tombe

l’œil rougit l’instant

j’écris

à voix basse

des mots pour tenir

une pensée

Fernand Desmoulin

Le souffle



le vent tient

dans sa paume

la chaleur

des nuits d’été


je me tourne

épaule contre sol


au-dessous

quelque chose remue

en silence


la terre

respire peut-être

elle-aussi

Kathleen Meier

Conte cruel



une arche

le vent

un ciel menaçant


le ciel se penche

l’arche se fissure

et dans le vent  


un rire

presque insolent


je ne peux ni aller

ni venir

mes os claquent

dans le froid

j’attends –


a vie est

un rêve qui va

de mains en mains

SMITH