voyage
du souffle
de la mer
à la poitrine
le temps s’oublie
l’ombre
gonflée d’orgueil
se tord dans le vent
s’incline
la langue s’ouvre
enfin
à la lumière

Bernard Drouillet
morceau d’une chose qui a été déchirée
voyage
du souffle
de la mer
à la poitrine
le temps s’oublie
l’ombre
gonflée d’orgueil
se tord dans le vent
s’incline
la langue s’ouvre
enfin
à la lumière

Bernard Drouillet
le long du soir
l’œil se mêle
à la rumeur des pierres
j’égrène
les ombres lasses
les lieux
par où l’amour est passé
ma langue
a le gout de la cendre
et n’en déplaise
à ma propre écriture
je me souviens
autant du miroir tremblé
que du visage
traversant

un trait
d’écume
se forme
à nos pieds
nous le regardons
faire
tu dis –
on dirait
un geste de mémoire
qui insiste sur le rivage
endormi

Valentina Luraghi
incassable
est le récit
où je m’enferme
chaque soir
un peu plus
les ombres savent
les chemins
que je n’ai jamais pris
quelques mots
suffisent
pour qu’elles respirent
au fond de moi

Jason Decaires
je te parle
sans adresse
comme si la ronce était
la seule conscience
du jardin
ton visage se tourne
vers un carré
d’herbes hautes
rien n’y prend voix

Michel Dheurle
ce mince fil
de lumière
sur l’épaule du soir
le mur
en recueille l’éclat
l’ombre cède
et sur l’envers
apparaît
ce que le jour
gardait secret

Marchi
où le jour
hésite à quitter
le rêve
des voix d’algue
bruissent sous le verre
du souvenir
quelques bribes
à demi effacées
qui remontent
sous la lumière
trouble

Matthew Sprout
au seuil de pierre
sans but ni volonté
je m’écarte
comme si le cours des choses
devenait étranger
le soir tombe
l’œil rougit l’instant
j’écris
à voix basse
des mots pour tenir
une pensée

Fernand Desmoulin
le vent tient
dans sa paume
la chaleur
des nuits d’été
je me tourne
épaule contre sol
au-dessous
quelque chose remue
en silence
la terre
respire peut-être
elle-aussi

Kathleen Meier
une arche
le vent
un ciel menaçant
le ciel se penche
l’arche se fissure
et dans le vent
un rire
presque insolent
je ne peux ni aller
ni venir
mes os claquent
dans le froid
j’attends –
a vie est
un rêve qui va
de mains en mains

SMITH