quelque chose
s’attarde
dans le sillon de l’œil
un souffle d’ombre
peut-être
la peur
la peur de ces lueurs
confusément
qui se posent
se mêlent
jusqu’à l’érosion

Jean Fautrier
morceau d’une chose qui a été déchirée
quelque chose
s’attarde
dans le sillon de l’œil
un souffle d’ombre
peut-être
la peur
la peur de ces lueurs
confusément
qui se posent
se mêlent
jusqu’à l’érosion

Jean Fautrier
si tu tends bien
l’oreille
l’herbe mouillée
t’indique le pas
moi
je l’ai su
un matin de rosée –
le sol parlait
sans alourdir ou brusquer
j’étais là
de bonne heure
il a suffi d’attendre
comme un caillou
à l’écart
du chemin

Gustav Klimt
plus de rouge
ni de jaune
ni ce bleu
qui tient l’ombre en lisière
seulement la poussière
levée
dans la lumière du jour
et ces heures
sans grâce
qui s’effacent à tâtons
ce bruit ?
sans doute
un visage qui cherche
à passer

Benjamin Juhel
la trace
fine –
presque effacée
de ce qui insiste
non pour peser
mais pour que le souffle
tienne
comme cet instant
à peine
filament sur la joue
qui glisse
sans bruit
au-dessus de l’os

Serge Clément
ce mot
sans bord ni creux
ne dirait pas le nom des choses
il serait un passage
et sans même ouvrir les yeux
tu saurais qu’il reste
quelque chose de sauf
tu me dirais
alors dans un souffle
à peine – je n’efface rien
j’habite en moi

je cherche
un mot –
poreux peut-être
qui ne nierait ni la nuit
ni les murs lézardés
ni ce corps encore tremblant
d’avoir aimé
ce mot serait un tesson tiède
dans ta paume ouverte
il pourrait
garder la beauté
de ce qui est
sans jamais rien
omettre

sur l’épaule
se pose
la main légère du temps
puis un souffle
dans l’attente muette d’un mot
d’un frisson
mais la pierre
en creux
garde encore le son de ton pas
l’œil vacille – pleurer
ou s’ouvrir
il ne tranchera pas

Harry Gruyaert
une pulsation
lente
quelque part
entre ciel et peau
le jour se défait
en filaments pâles
l’ombre
se laisse approcher
et comme en songe
le silence
qui s’étend
devient le cœur
du paysage

Jean Louis Saiz
dans
la blancheur
du songe
pas de mot
pas de cri
pas même
un nom
qui viendrait creuser
une explication
seul
le silence
épais
et ce souffle –
baume
sur une plaie encore
ouverte

Pierrette Bloch
ce corps
tenu au silence
veut repartir
je l’ai senti
l’autre soir
dans l’éclat d’un geste
mal posé
rien d’autre
j’étais seul
à nu
sur la pointe des os
tout était là
le vide
l’effort d’y tenir
et cette lumière ouverte
dans les yeux
comme le cri d’un tissu
qu’on déchire

trente Park