Vérité vraie



une arche

le vent

un ciel menaçant

le ciel se penche

l’arche se fissure

et de l’ombre

surgit un regard rieur

presque insolent

après

je ne peux ni aller

ni venir

mes os claquent

dans un silence de mort

j’attends –

la vie est un rêve

dont je n’ai jamais

pris soin

SMITH

L’oiseleur


ces oiseaux

qui tournent

sans fin

dans l’arrière-cour

de la maison à deux –

avec leurs ailes

chaque fois

un peu plus lourdes

et ces cris

dedans

jetés au vide

Daisuke Yokot

En forêt



au bord du lit

asséché

dans la main d’un rocher

se fissurent

les lignes du monde

souffle – ou chute

élan – ou perte

les yeux aspirés

par ce qui se dérobe

ainsi disparaît

l’ombre qui me suivait

puis l’absence de mots

s’étend

jusqu’aux dernières

lueurs

Alain Laboile

Poétiser



quelque chose

s’attarde

dans le sillon de l’œil

un souffle d’ombre

peut-être

la peur

la peur de ces lueurs

confusément

qui se posent

se mêlent

jusqu’à l’érosion

Jean Fautrier

Tourne, tourne le matin



si tu tends bien

l’oreille

l’herbe mouillée

t’indique le pas

moi

je l’ai su

un matin de rosée –

le sol parlait

sans alourdir ou brusquer

j’étais là

de bonne heure

il m’a suffi d’attendre

comme un caillou

à l’écart

du chemin

Gustav Klimt

On voit mourir le jour


plus de rouge

ni de jaune

ni ce bleu

qui tient l’ombre en lisière

seulement la poussière

levée

dans la lumière du jour

et ces heures

sans grâce

qui s’effacent à tâtons

ce bruit ?

sans doute

un visage qui cherche

à passer

Benjamin Juhel

L’usure du jour


la trace

fine –

presque effacée

de ce qui insiste

non pour peser

mais pour que le souffle

tienne

comme cet instant

à peine

filament sur la joue

qui glisse

sans bruit

au-dessus de l’os

Serge Clément

Je cherche un mot 2/2



ce mot

sans bord ni creux

ne dirait pas le nom des choses

il serait un passage

et sans même ouvrir les yeux

tu saurais qu’il reste

quelque chose de sain et sauf

tu lancerais alors

dans un souffle à peine –

je n’efface rien

j’habite en moi

Caroline Dufour

Je cherche un mot – 1/2



je cherche

un mot –

poreux peut-être

qui ne nierait ni la nuit

ni les murs lézardés

ni les corps encore tremblants

d’avoir aimé

ce mot serait un tesson tiède

dans la paume ouverte

il pourrait

garder la beauté de ce qui fut

sans jamais rien

commettre

Caroline Dufour

Témoignage



sur l’épaule

se pose

la main légère du temps

puis un souffle

dans l’attente muette d’un mot

d’un frisson

mais la pierre

en creux

garde encore le son de ton pas

l’œil vacille – pleurer

ou s’ouvrir

il ne tranchera pas

Harry Gruyaert