Sans poids



à force

le pas s’ajuste

à la pierre

je marche

dans le vent

seul

un mouvement

sans entrave

et sans poids

je me dis –

ainsi

le temps reste

habitable

Grade Salomon

Angle mort



je fouille

sans précaution

dans l’angle mort

de l’absence

j’y trouve

une mer encore vive

l’élan soudain

aussi l’errance

le gisant

d’une langue lasse

des pans de lumière

sans halo

Francesca Woodman

Si étrange est le jour



la lumière

affleurant le mur

je me tourne

sur le côté

je cède

au silence

l’absence revient

je devais

songer  

pourtant

tout est là

sous mes yeux

intègre

presque entier –

même le poème

dans la chambre

obscure

semble respirer

Jack Davison


En chemin



le vent passe

encore chaud

il laisse

sur la peau

une trace

aussi légère qu’un jour

amoureux

moi ?

je ne cherche rien

je regarde

le mouvement des choses

je reprends la lenteur

oubliée

George Kamelakis

Le long silence


le monde

se déplie

où nos corps

ne pèsent presque

plus


un voile

un passage d’air

le jour hésite


le silence

est bien plus lumineux

que tout

ce qui nous est acquis

Jean Michel André

L’eau du jour



le cœur

change de rive

il ne serre plus

s’éloigne

il écoute la rumeur

des herbes

le vent clair

l’oiseau qui crie

il sait

désormais

qu’un passage

existe

Bruno Fert

L’attente



le pas posé

sans témoin

la main laissée

ouverte

de quelque chose

qui ne promet rien

insiste

plus que le poing levé

ou des mots trop sûrs –

le souffle

au milieu de la nuit

Kile Thomson

En hiver




un trait d’écume

se forme

sous nos pieds

un geste

sans mémoire

qui revient –

dis-tu

sans que le rivage

ne se lasse

Constantine Manos

Développement personnel



voyage

du souffle de la poitrine

à la mer

le temps oublie

enfin

son décompte immarcescible

et dans le vent où la langue se tord

s’incline

l’ombre

bouffie d’orgueil devine

la lumière

Bernard Drouillet

Couchant


le long du soir

l’œil se mêle

à la rumeur des pierres

il égrène les ombres lasses

les lieux

par où l’amour est passé

sa langue

a le gout de la cendre

et n’en déplaise

à sa propre écriture

il se souvient

autant du miroir tremblé

que du visage pleurant

au-dedans

Caroline Dufour