Jugos y tortas



je marche

seul

dans une lumière

qui ne tient rien

les visages

doucement s’effacent

les rires se défont

en chemin

la trace se brouille

de la main gauche

j’écris –

me reste-t-il assez

de ciel

pour avancer ?

Hervey Stein

l’Un sans l’Autre



la lumière glisse

sans rien retenir

sans dévier

et les jours ainsi

passent dans l’air

immobile

un peu plus de poussière

sur la table

un morceau de pain durci

et le silence de nos vies

placé au milieu

des choses

Jack Davison

Persistance



je pense

à toutes ces choses

qui tiennent

sans qu’on sache

comment

la main

sur la rampe

le souffle dans l’écharpe

la maison

encore là

ses vitres jaunes

et la chat endormi

Emmanuele Ravagnani

De mars



la boue

contient

encore un peu de ciel

les arbres hésitent

à reprendre place

chaque pierre

attend une main

traversant

je respire

un peu comme on ment –

juste assez

pour que la ville nous

revienne

Sara Silk

Sous un rocher


dans la nuit

qui fait peau

j’écris –

pleurer

n’est pas faute

ni délivrance

mais l’instant

qui suit

sort du cercle

les mots

pour cette fois

ne sont pas

consolés

Trent Parke

L’entre-deux


le jour

par touches

successives

sur le trottoir usé


puis

une pensée

sans poids

omise

à peine engagée


la terre

sous nos pas

continue

de tourner

Trent Parke

Levant



avant

de tendre la page

au regard de l’Autre

je me plie

à la forme qui cherche

à naître

un oiseau

plus haut s’échappe –

peut-être

voit-il lui ce jardin

que nos yeux ne sauraient

reconnaitre

j’y Beaujean

Sans poids



à force

le pas s’ajuste

à la pierre

je marche

dans le vent

seul

un mouvement

sans entrave

et sans poids

je me dis –

ainsi

le temps est

habitable

Grade Salomon

Angle mort



je fouille

sans précaution

dans l’angle mort

de l’absence

j’y trouve

une mer encore vive

l’élan soudain

aussi l’errance

le gisant

d’une langue lasse

des pans de lumière

sans halo

Francesca Woodman

Si étrange est le jour



la lumière

affleurant le mur

je me tourne

sur le côté

je cède

au silence

l’absence revient

je devais

songer  

pourtant

tout est là

sous mes yeux

intègre

presque entier –

même le poème

dans la chambre

obscure

semble respirer

Jack Davison