à la manière
dont tu tiens ce verre
je sais
que tout est déjà dit
la nuit
jette des éclats de lune
par-dessus la terrasse
au loin
un moteur insiste
le vent faiblit
nous restons là
interdits

Adèle Berthelin
morceau d’une chose qui a été déchirée
à la manière
dont tu tiens ce verre
je sais
que tout est déjà dit
la nuit
jette des éclats de lune
par-dessus la terrasse
au loin
un moteur insiste
le vent faiblit
nous restons là
interdits

Adèle Berthelin
dans sa chute
la lampe découpe
une ombre claire contre
le mur
la chambre alors
vacille
un visage apparait –
ou plutôt le souvenir
d’un visage
je ne sais pas
ce qu’il vient faire ici
Nia Diedl
un nom
âpre
apparait dans le heurt
du jour –
presque un cri
il me prend
la bouche
comme si l’ombre remontait
jusqu’aux lèvres
ma voix
un instant tremble
puis elle se tait

Francesca Woodman
cette lumière
venue se coucher sur le mur –
je croyais le jour
parti
quelque chose
demeure sur le plâtre
un rai
si faible qu’on pourrait
ne pas le voir
je vais rester là
jusqu’à
ce qu’il s’efface

Alexandre Silberman
dans un coin nu
de la chambre
j’entends
la nuit respirer
est-ce une ombre
un songe ouvert
j’ouvre les yeux
le souffle ne faiblit pas
tout près
quelqu’un doit veiller

Shuji Takashi
un poème
surgit
dans la blancheur de l’air
comme si
le hasard lui décidait
nul visage promis
aucun nom d’écrit
juste un souffle
en dedans
qui surpasse la voix

Bertrand Delais
une ombre
silencieuse
qui s’allonge près de moi
comme une eau froide
au fond du lit
le drap perd
un peu de son sommeil –
j’attends
le silence
parait toujours plus vaste
que la nuit

Kathleen Meier
je te garde
comme un ciel de braise
dans la bouche
tu ne brûles pas
tu restes là
contre mes lèvres
je ferme les yeux –
la nuit
fait encore peau
je te respire
tu feras jour
bien avant
l’heure du matin

Erwin Olaf
la pie
fait ses pas coupés
sur le bord de la fenêtre
comme si le temps venait
à lui manquer
bientôt
la lumière tombera au sol
se brisera
elle perdra ce vert
ensemble
que nous avons tant
aimé

Patxi Laskarai