Cette brume aussi passera,
cet hiver sans pluie,
les hirondelles reviendront et toutes
les formes vivantes
vivront
avec les algues et les rêves
que je reconnaitrai.
Robert Veracini
Une maison là-bas
avec sa porte ouverte
et ses deux tourterelles
récitant inlassablement le nom de l’absent
Une maison là-bas
avec son puits profond
et sa terrasse aussi blanche
que le sel des constellations
Une maison là-bas
pour que l’errant se dise
j’ai lieu d’errer
tant qu’il y aura une maison
là-bas
Abdellatif Laabi
sa voix
caverne à ciel ouvert
résonne à l’oreille ouverte
et nue
elle souffle un vent
de beauté
qui traverse
le tremblement du monde
les nuits de ceux qui doutent –
les hommes
comme leurs divinités
et tous de dire
qu’il suffit de s’abandonner
pour qu’en soi
l’ombre et la clarté viennent
s’emmêler
Hineni
Hineni
Hineni
Hineni

A ces mots » le christ était un homme »,
les yeux de ma sœur, bien qu’attristés,
m’ont pris en pitié.
Ishikawa Takuboku
entre chair
et peau
glissent les lamelles
du précieux diamant noir
avec une poignée
d’aromates
et le gros oignon
par le croupion
un fil
pour lier les pattes
au flanc –
la fréquentation des hommes conduit
à s’observer soi-même
je dis
citant Kafka
avant que la carcasse
ne pénètre le bouillon
clair

Abraham Van Beyeren
Écris la parole
éteins la pensée
et va ! tombe !
sans haut ni bas
aspiré, foulé
dans les failles de l’air
entre courbures d’une mélodie
que personne ne joue –
Lorand Gaspar
« Ne jamais faire de violence à sa propre âme ; ne jamais chercher ni consolation, ni tourment ; contempler la chose, quelle qu’elle soit, qui suscite une émotion, jusqu’à ce que l’on parvienne au point secret où douleur et joie, à force d’être pures, sont une seule et même chose : c’est la vertu même de la poésie. »
Simone WEIL – « Écrits historiques et politiques »
Ciel plus limpide
que nuit d’été.
On sent
le mouvement de la terre.
Insimulable, manque la senteur du foin,
la festive sirène
le murmure
des amants.
Antonio Osirio