(de) Épiphanie de l’ange

 

Cette brume aussi passera,

cet hiver sans pluie,

les hirondelles reviendront et toutes

les formes vivantes

vivront

avec les algues et les rêves

que je reconnaitrai.

 

Robert Veracini

 Pierre Alain Emmi

Une maison là-bas

 

Une maison là-bas

avec sa porte ouverte

et ses deux tourterelles

récitant inlassablement le nom de l’absent

Une maison là-bas

avec son puits profond

et sa terrasse aussi blanche

que le sel des constellations

Une maison là-bas

pour que l’errant se dise

j’ai lieu d’errer

tant qu’il y aura une maison

là-bas

 

Abdellatif Laabi

Image Nicolas de Stael

 

 

 

Léonard



sa voix

caverne à ciel ouvert

résonne à l’oreille ouverte

et nue

elle souffle un vent

de beauté

qui traverse

le tremblement du monde

les nuits de ceux qui doutent –

les hommes

comme leurs divinités

et tous de dire

qu’il suffit de s’abandonner

pour qu’en soi

l’ombre et la clarté viennent

s’emmêler


Hineni

Hineni


Hineni

Hineni

 

tv5

Louis Soutter

Culinaire


entre chair

et peau

glissent les lamelles

du précieux diamant noir

avec une poignée

d’aromates

et le gros oignon

par le croupion

un fil

pour lier les pattes

au flanc –

la fréquentation des hommes conduit

à s’observer soi-même

je dis

citant Kafka

avant que la carcasse

ne pénètre le bouillon

clair

terrain-vague

image-2 Abraham Van Beyeren

Larme

cette larme

en lisière

quelque part

entre le silence

et la peur

tv5

Image Vanessa Vercel

(de) Nuits

Écris la parole

éteins la pensée

et va ! tombe !

sans haut ni bas

aspiré, foulé

dans les failles de l’air

entre courbures d’une mélodie

que personne ne joue –

 

Lorand Gaspar

ImageAtaa Oko

(de) cheveux emmêlés

 

Des cinq vêtements

Qu’elle portait l’un sur l’autre

Le souvenir d’un col

Où fleurissaient sur fond rose

Des chrysanthèmes en fil d’or

 

Yosano Akiko

Image Olivier Metzger

 

 

Simone Weil

« Ne jamais faire de violence à sa propre âme ; ne jamais chercher ni consolation, ni tourment ; contempler la chose, quelle qu’elle soit, qui suscite une émotion, jusqu’à ce que l’on parvienne au point secret où douleur et joie, à force d’être pures, sont une seule et même chose : c’est la vertu même de la poésie. »

Simone WEIL – « Écrits historiques et politiques »