Plus tard, la poussière
assombrira chambres et jardins.
Un seul navire sera debout.
Une seule maison contiendra
la ville et ses ténèbres.
Toupies et bras d’enfants
seront les seuls repères.
Jacques Izoard
Le feu brûle ; c’est la première loi.
Quand le vent l’attise, ses flammes
s’étendent autour. La parole
attise les flammes. Tout a été combiné
pour qu’écrire vous
consume, et pas seulement de l’intérieur.
En soi, écrire n’est rien , se mettre
en condition d’écrire ( c’est là
qu’on est possédé) équivaut à résoudre 90 %
du problème : par la séduction
ou la force des bras. L’écriture
devrait nous libérer, nous
libérer de ce qui, tandis
que nous progressons, devient un feu,
un feu destructeur. Car l’écriture
vous agresse aussi, et il faut
trouver le moyen de la neutraliser – si possible
à la racine. C’est pourquoi,
pour écrire, faut-il avant tout (à 90 %)
vivre.
William Carlos William
Je voudrais rester là, dans la rue froide
pour voir deux fenêtres allumées sur une façade.
Celle qui demeure ici m’est très chère.
Mon cœur est malade, lorsque c’est éclairé.
Marcher jusqu’au coin, revenir lentement,
pour te voir apparaître, qui sait.
Te savoir si proche… Pourquoi rester ici ?
Mon cœur est malade, lorsque c’est éclairé.
Karin Boye
« Le poème conduit, confusément, vers ce que l’on est. Mais que d’échecs, que de chemins battus sans issue ! Nos mots les plus simples bougent, pourtant : vois le geste de l’a, le geste du b. Ainsi court la phrase, ainsi s’accroche-t-elle au papier. Pour tous, la poésie regorge de mots. A travers elle, nous sommes sains et saufs. Mais vit toujours la ville et ceux qui vivent ici, ceux qui disent « muscat », « coups pleuvent », « courants d’air ». »
Jacques Izoard (de « Vêtus, dévêtus, nus : poèmes »)
Le temps forme
des paysages de rien
dans les rues
où passent également l’air
une voiture
ou une personne détestée
une ombre salue une autre ombre
ombres toutes deux vêtues
de la couleur du matin
et puis elles tournent au coin de la rue
en serrant ensemble dans leur mains
des morceaux de rien
Homéro Aridjis
Il arrive parfois, seul, triste, un étranger.
Il s’arrête et l’on écoute ses récits doux,
Pleins d’herbes.
Il demande : « Vous ai-je dérangés ? »
Il voudrait repartir, mais il ne sait plus où.
Dans ses oreilles bruit la mer – des coquillages ?
Son front, ses yeux trop grands pour ce bas horizon,
Une raison encore de partir. Ses voyages
Sont là devant lui pleins d’océans, de monts.
On laisse ainsi tout doucement le soir descendre
Qui mélange les figures, les mains, les voix,
Devenues presque esprits…
L’âme pourra comprendre
Mieux – tel le toucher des aveugles –
cette fois.
Ilarie Voronca