Haruki Murakami

« Etre japonais, je ne sais pas ce que cela signifie. Je suis japonais de nationalité. Mes parents sont japonais. Je suis né ici. J’écris en japonais. J’aime les sushis… A part cela, je ne sais pas. J’ai découvert que j’étais japonais lorsque je vivais aux États-Unis où l’on me renvoyait sans cesse une image : celle « d’écrivain japonais ». Est-ce si important ? Sans doute la manière de penser, de regarder un paysage sont-elles marquées par une culture. Mais je ne pense pas que clarifier la différence soit si essentiel. C’est le message qui l’est – au-delà des particularités réelles ou supposées d’une appartenance culturelle. »

Haruki Murakami

L’inaltérable

 

Tu diras la vie qui t’a rejoint

dans le silence de l’aube et le fouillis

des choses entassées et des échecs,

amoureux soudain du souvenir des plages

et du soleil dans les pins, de l’inaltérable

jeunesse des instants où les bras

et la mer se comprennent

 

Paul de Roux

Jeanne Menetrier

(de) dédale et le vent

 

S’il est vrai

que « lorsque tout autour

est sombre, les yeux

commencent à voir »

alors je vois

très bien.

J’écoute ce vent

qui me ramène à toi,

cette tempête

de cris

au travers des murs de la nuit,

des portes,

des branches, des feuilles mortes,

des pas,

solitaires, j’écoute

cet hiver

sans firmament,

ce cortège de songes

jetés en plein vol…

 

Roberto Veracini

  Jean Dubuffet

 

Ombres roses ombres

 

Sous un ciel étranger

ombres roses

ombres

sur une terre étrangère

entre roses et ombres

dans une eau étrangère

mon ombre.

 

Ingeborg Bachmann

 

 

 

 

(de) L’absente

 

Dans une barque éteinte

Je dors à petit feu

La vie me porte

et je la porte Une voix tremble

La maison se recueille

Le jour n’a pas de nom

 

Georges Haldas

 Karla Leyva

 

 

Venise n’existe pas




nous

les héros

de Moscou

sautons

les pieds joints

du vieil avion

fou

lequel

de nous deux

tombera –

tombera pas

sur les tessons

qui jonchent

le bas

Boris Mikhailov

(de) Face à la nuit

 

Il y a terreur, mais

aujourd’hui,  je peux marcher :

bien travaillé, aplani les jours et

les coups, je me souviens, la voix

de l’autre coté : tu n’as rien vu et

terreur, encore, a frappé, mais

les cris, ce jour, se sont éloignés et

là-bas, comme elle se resserre,

je marche, elle crie

je marche dans l’écho,

jusqu’au bout de sa parole.

 

Alain Veinsten

Mauricio Alejo

 

Hiver

 

Au cœur de l’hiver,

Contrairement à toute attente,

Au milieu des arbres

On croirait voir des fleurs

Tant il est tombé de neige.

 

Ki no Tsurayuki

 Lau BLOU

 

Bal à l’ambassade



d’un corps

de notables

fabulant

les pieds dans l’eau

sort une femme –

chignon gris

visage maigre et la voix

perchée haut

– qui me tend

une veste appartenant –

dit-elle

à Monsieur

le Préfet

 Oleg Oprisco

Anise Koltz

 

« Dès que j’écris une phrase, je suis désorientée et embarrassée, déjà j’ai envie de la rejeter pour dire dans la suivante le contraire. C’est que j’ai toujours l’impression que l’essentiel m’échappe. La double face, le coté caché des choses.

D’autant plus que la poésie doit témoigner du mouvement de notre époque.

Or jamais dans l’histoire de l’humanité, il n’y a eu siècle plus barbare que le notre. Et les horreurs continuent et se multiplient dans tous les coins du monde. Nous sommes impuissants face à tant de misère, de corruption et de manipulation. Faut-il passer devant les drames qui ont lieu, les yeux fermés de peur d’être soi-même broyés par la violence ?

Le poète doit donc aussi prendre positon face au monde qui l’entoure.

Finis fleurs et petits oiseaux, Dieu est mort. »

Anise Koltz – in Somnambule du jour