Olga Tokarczuk

 

 » J’ai renoncé délibérément à travailler la langue depuis que j’ai commencé à être écrivaine. Je préfère créer des images. La langue n’est pour moi qu’un outil pour y parvenir. Voilà pourquoi la mienne est transparente. Je me souviens de l’époque où je préparais la première version de Dieu, le temps, les hommes et les anges. Mon obsession était d’atteindre à la plus extrême simplicité. A chaque fois que je trouvais une subordonnée, je l’éliminais afin que la langue devienne invisible pour le lecteur. » – Olga Tokarczuk

 

Calme du soir

 

Sens comme est proche la Réalité.

Elle respire tout près d’ici

dans les soirs sans vent.

Elle se montre peut-être quand nul ne le croit.

 

Le soleil glisse sur les herbes et les roches.

Dans son jeu silencieux

se cache l’esprit de vie.

Jamais il ne fut si proche que ce soir.

 

J’ai rencontré un étranger qui se taisait

Si j’avais tendu la main

j’eusse effleuré son âme

quand nos pas timides se sont croisés.

 

Karin Boye

Surtitha Chatterjee

 

Ruses de vivant

 

ce bout de route

devant moi

plus proche de la nuit

la vraie

la véridique

l’incontournable

je ralentis le pas

je fais semblant

d’admirer le paysage

ruse de vivant

 

Abdellatif Laâbi

image Ed Van der Elsken

Insomnie


ce corps

au plafond

qui creuse

inlassablement

sa ligne d’écume

dans les eaux bleues

on dirait

le tien

image-2 Carole A. Fuerman

Lorand Gaspar

 

Éteins la parole

éteins la pensée

et va ! vole ! tombe !

sans haut ni bas

aspiré, foulé

dans les failles de l’air

entre courbures d’une mélodie

que personne ne joue

 

Lorand Gaspar

(texte et image)

 

 

 

fatum

le chemin

s’efface derrière


devant

la lumière change

à mesure que j’avance


ne pas se retourner

continuer


marcher sans savoir

qui appelle


marcher

Francesca Woodman

(de) la mémoire des branchies

 

rabâcher

le poème qu’en est-il

de l’image

quand elle nage

toute

trempée

se gonfle

noie

épuisé

isolé mot

après mot

introuvable

privé

de couleur

 

Eva-Maria Berg

 Luis Garvan

Tu me demandes

 

ce que je veux

je ne le sais pas

 

je sais seulement que je rêve

que le rêve me fait vie

et que je plane dans un nuage

 

je sais seulement que j’aime

humains montagnes jardins la mer

je sais seulement

que beaucoup de morts habitent en moi

je bois mes instants

je sais

seulement

que c’est le jeu du temps

haut et bas

derrière tous les mots le silence

qui bat

 

Rose Ausländer

 Marta Bevacqua

 

 

 

Médieuse

 

La rosée la pluie la vague la barque

La reine servante

Médieuse

 

La perle la terre

Perle refusée terre consentante

 

Le départ entre deux feux

Le voyage sans chemin

D’un oui à un autre oui

Le retour entre les mains

De la plus fine des reines

Que même le froid mûrit

 

Paul Eluard

Łukasz Spychała