de quoi vivre
ou s’enfuir
le vain soleil des mains
en haleine du corps
de quoi dire
l’ombre qu’il faut
pour autant que l’on vienne
en prendre le rayon
Slevin Aaron
» J’ai renoncé délibérément à travailler la langue depuis que j’ai commencé à être écrivaine. Je préfère créer des images. La langue n’est pour moi qu’un outil pour y parvenir. Voilà pourquoi la mienne est transparente. Je me souviens de l’époque où je préparais la première version de Dieu, le temps, les hommes et les anges. Mon obsession était d’atteindre à la plus extrême simplicité. A chaque fois que je trouvais une subordonnée, je l’éliminais afin que la langue devienne invisible pour le lecteur. » – Olga Tokarczuk
Sens comme est proche la Réalité.
Elle respire tout près d’ici
dans les soirs sans vent.
Elle se montre peut-être quand nul ne le croit.
Le soleil glisse sur les herbes et les roches.
Dans son jeu silencieux
se cache l’esprit de vie.
Jamais il ne fut si proche que ce soir.
J’ai rencontré un étranger qui se taisait
Si j’avais tendu la main
j’eusse effleuré son âme
quand nos pas timides se sont croisés.
Karin Boye
ce bout de route
devant moi
plus proche de la nuit
la vraie
la véridique
l’incontournable
je ralentis le pas
je fais semblant
d’admirer le paysage
ruse de vivant
Abdellatif Laâbi
Ed Van der Elsken
Éteins la parole
éteins la pensée
et va ! vole ! tombe !
sans haut ni bas
aspiré, foulé
dans les failles de l’air
entre courbures d’une mélodie
que personne ne joue
Lorand Gaspar
(texte et image)
ce que je veux
je ne le sais pas
je sais seulement que je rêve
que le rêve me fait vie
et que je plane dans un nuage
je sais seulement que j’aime
humains montagnes jardins la mer
je sais seulement
que beaucoup de morts habitent en moi
je bois mes instants
je sais
seulement
que c’est le jeu du temps
haut et bas
derrière tous les mots le silence
qui bat
Rose Ausländer