Coquillage

 

Rien, rien du tout

est né,

meurt, le coquillage dit encore

et encore

depuis la profondeur des creux de rocher.

Son corps

balayé par la saison – donc quoi ?

Il dort

dans le sable, séchant à la lumière du soleil,

se baignant

à la clarté lunaire. Rien à faire

avec la mer

ou quelque chose d’autre. Dessus

et dessus

 

Shinkichi Takahashi

(de) Guillaume Apollinaire

 

 » Je donnerai un détail amusant de cette conversation que le hasard me fit avoir avoir la mère d’Apollinaire. Elle était venue au Mercure demander si on voulait bien lui donner les livres de son fils, livres dont elle n’avait jamais lu une ligne et dont elle venait seulement de découvrir l’existence. Elle ne savait rien de la réputation qu’il s’était acquise et il avait fallu sa mort pour qu’elle en devint curieuse. Je la renseignais comme il convenait et quand je lui eus donné à comprendre à sa grande surprise, ce qu’était Apollinaire, elle eut ce mot presque orgueilleux dans sa naïveté  :  » Mon autre fils aussi est écrivain. Il écrit des articles financiers dans un journal de New York. »

Paul Léautaud

(de) Au présent des veines

 

alors j’ai pensé au mot destruction

et à tout ce qu’il faudrait rassembler

(été, jazz, corps à corps et tango,

immensité, jardin, rivage et quelques

insectes)

pour éviter de voir

son propre corps à très grande vitesse

recomposer croisant les certitudes

la nuit puis chaque nuit encore la nuit

 

Nicolas Brossard

 Loreal Prystaj

Après

 

Partir pour

l’endroit

du silence,

pour le soleil

qui aujourd’hui

délaisse le bruit,

la vieille vantardise.

Trouver,

finir maintenant par trouver

où ils sont partis en courant,

ceux qui étaient ici

calmes et intrépides,

dans quels chorus, quels mirages

il est vain de les chercher.

 

Ilse Aichinger

Barbara Diener

(de) Y revenir

 

J’ai appris au fil des années que les bouts du monde étaient innombrables. J’ai longtemps cru que Provins était le seul possible, l’unique port au seuil d’une mer qui n’existait pas. J’ai longtemps cru que j’étais né au terme d’un voyage que je n’avais pas fait et que je ne pouvais accomplir qu’à rebours.

Dominique Ané

Le corridor

j’entrouvre le rideau

dans le ventre céleste

où nos sangs d’humains se mêlent

je marche vers la cuisine

toujours ce même rêve

d’embrasser l’insatiable sans y perdre le vent

et je pense à la mer

étendue et ouverte

sauvage et pleine d’ombre

Caroline Dufour

(texte et image)

(de) Un privé à Tanger

 

Le trait

le pli

est toujours plus sombre

que la couleur

la plus sombre.

Dans ma  maison

La couleur et la voix

ne se touchent pas

plus que le regard ne touche

la lumière

L’obscurité n’est pas une limite.

 

Emmanuel Hocquard

shoji Ueda

 

A fleur d’eau



ombre nue –

le noir

marche devant toi

tes yeux ouvrent

une nuit

encore plus vaste

ta peau fleure

des senteurs anciennes

ta bouche soudain rit

puis prend feu

image-2 Kathleen Meier

Inversion



quand

pour rire

tu t’inverses

la tête rondit

et les cheveux

couvrent

le sol

aussi la buée

sur tes yeux

quand tu ris

aux éclats

.

Georg Baselitz

Sans titre

 

Si pure

la lumière

éclabousse le monde

M’y fondre

serait vivre

enfin

dans la beauté du rien.

 

Colette GIBELIN

Alejandra Laviada