Ce soir
La nuit est bleue
Avec un parfum de girofle
Sous la pierre lente et chaude
Tu vas et viens
De ton cœur
Au jardin
Et le pouls des planètes
Pourrait cesser de battre
Sans que la peur
Ne soit nommée
Dans la douceur des choses.
Hélène Cadou
Ce soir
La nuit est bleue
Avec un parfum de girofle
Sous la pierre lente et chaude
Tu vas et viens
De ton cœur
Au jardin
Et le pouls des planètes
Pourrait cesser de battre
Sans que la peur
Ne soit nommée
Dans la douceur des choses.
Hélène Cadou
j’ai rêvé de voler
et c’est ainsi que je l’ai voulu
et même quand le ciel
à l’improviste
est tombé,
croyez-moi,
je n’ai jamais cessé
de voler
Roberto Véracini
Il n’y a pas de porte. Tu y es
Et le château embrasse l’univers.
Il ne contient ni avers ni revers
Ni mur extérieur ni centre secret.
N’attends pas de la rigueur du chemin
Qui, obstiné, bifurque vers un autre,
Qu’il ait une fin. De fer est ton destin
Comme ton juge. N’attends pas l’assaut
Du taureau qui est homme et dont, plurielle,
L’étrange forme est l’horreur du réseau
D’interminable pierre qui s’emmêle.
Il n’existe pas. N’attends rien. Ni cette
Bête au noir crépuscule qui te guette.
Jorge Luis Borges
Si l’on prend le langage en tant que tel, entité autonome, corps vivant, et qu’on le dégage de sa fonction utilitaire, outil de communication et d’échange entre les hommes pour le fonctionnement de la société, la langue est nue, mise à nu dans la lumière, et sa nudité est pure violence. Les mots cessent d’être de la menue monnaie qui circule, valeur d’usage et valeur d’échange. Les mots sont les étoiles scintillantes d’une constellation à l’état naissant. Ou les gouttes d’eau d’un torrent rapide. Ou les grains de sable d’une grève insoupçonnée (…) – Jacques Dupin
Portrait de Jacques Dupin – Francis Bacon
tu peins
de couleurs
primaires
le visage
en plâtre
des statues
mais
au matin
tu rejoins la foule
de ceux
qui prient
le retour
de l’esprit sain
.

Antonnello Severini
Je suis dans le champ
comme une goutte d’eau
sur du fer rouge
lui-même s’éclipse
les pierres s’ouvrent
comme une pile d’assiettes
que l’on tient
dans ses bras
quand le soir souffle
je reste
avec ces assiettes blanches et froides
comme si je tenais la terre
elle-même
dans mes bras
André du Bouchet