Confinement



ce qui

de l’intérieur

nous force à rompre

l’écorce des jours

ce sont ces images

accrochées au mur

fabuleux

car quelle que soit

le souffle

ou quelle que soit

la profondeur

des eaux

elles arborent encore

ce vers quoi

nous pourrions

aller

image Philip Holt

de « Parenthèses de la lumière »

 

Puis-je entrer

des êtres regardant le champ
comme des hommes : blé, vent

& la soie rouge des pensées
A perte de vie

(Pour chaque corolle)
Un espace se disjoint

Silence sur tes yeux
sur le front du hasard

je tresse une couronne de
coquelicots

avec un seul fil : blé, vent
qui s’engouffre à l’infini

 

Sophie Bressart

Francis Palanc

 

 

Mots

 

« Je te perdrai comme on perd un clair

jour de fête : – je le disais à l’ombre

que tu étais dans le vide de la pièce – attentive,

ma mémoire te chercha en ces années

florissantes, un nom, une apparence : pourtant,

tu te dissiperas et ce sera toujours l’oubli

de nous dans le monde. »

.                                            Tu regardais le jour,

évanoui dans le crépuscule, je parlais

de la paix infinie que le soir

étend sur les fleuves à la campagne.

 

Alfonso Gatto

David Roth

(de) Être en temps de guerre

 

 » Ne rien dire, rien faire, marquer un temps d’arrêt, ployer, se redresser, se faire un reproche, être debout, aller à la fenêtre, dans le mouvement changer d’avis, retourner à sa chaise, encore être debout, aller à la salle de bain, fermer la porte, ouvrir ensuite la porte, aller à la cuisine, ni manger ni boire, retourner à la table, être lasse, tenter quelques pas sur le tapis, se rapprocher de la cheminée, la regarder, la trouver terne, tourner à gauche jusqu’à la porte principale, revenir à la pièce, hésiter, continuer, juste un peu, un brin, s’arrêter, tirer le côté droit du rideau, puis l’autre côté, regarder le mur. » –

Etel Adnan

Olivia Arthur

 

 

Faux père

tu n’es pas

ce que nous sommes

ni même

ce que nous voulions être

tu n’es pas non plus

ce que désignent

mes mots

tes yeux sont le volcan

et tu racles ta peau

jusqu’au sang

.

Paul Klee

(de) Poésies

 

Ne rien tirer d’une chose.

Ne pas pouvoir sentir quelqu’un.

As-tu réponse à la mer ?

A-t-elle réponse à la mer ?

 

Presqu’aussitôt les yeux que tu trouves beaux

sont en quartz fumé, le quartz

qui t’aime bien part en fumée.

 

N’avoir rien tiré d’une chose.

 

Ne jamais avoir à aller nulle part.

Ne rien pouvoir oublier.

Faire rien de rien.

 

Hans Favery

Tema Stauffer

 

 

 

 

 

(de) Le ciel brûle

 

La vie n’est pas bruit ni orage,

Elle est ainsi : il neige,

La maison est éclairée,

Quelqu’un s’approche.

Lentement, la sonnerie étincelle,

Il entre. Lève les yeux.

Pas un bruit.

Les icônes flambent.

 

Marina Tsvétaieva

Petya Shalamanova

Ascendance



la mer sait

que les royaumes

disparaissent

dans le glissement

de sa langue

l’enfant le sait

lui-aussi

mais entre ses doigts

les algues sont des bannières

et les coquilles – même brisées

offrent l’ombre suffisante

pour y glisser

un secret

 Loretta Lux

(de) Toute minute est première

 

Mais gluante de gouttes

quand la vitre

s’illumine au soleil

 

de vieux visages s’y accolent

dispersés jadis par la mort

 

aigus dans la lumière

ils nous adjurent en paroles

maintenant mises au présent des oiseaux

de les regarder

du plus près que nous pouvons

de poser nos doigts sur la fenêtre

à la place exacte de leurs bouches

pour qu’ils soient moins partis, moins défaits, sentent

cette chaleur de peau étrangère

qu’ils ne peuvent plus

caresser, embrasser.

Alors je nous sens provisoires.

 

Marie-Claire Bancquart

 

(de) Le dimanche

 

Et maintenant que je chôme,

Que l’usine est froide et rouille,

Chaque jour est un dimanche,

Je hais chaque jour,

Je veux dormir,

J’aime seulement le sommeil.

Ô l’éveil dans le dégoûtant jour.

Je pense et je crève

Et je pense que je crève.

Aujourd’hui c’est dimanche

Éternel dimanche

Au fond de la ville.

 

Pierre Morhange

Francis Bacon