Ô vent de l’ouest



Un monde autour d’elle comme une ombre

Elle déplace une chaise.

Quelque chose se crée –

Se prépare

Clair devant elle comme en plein air

L’espace qu’une femme engendre et emplit

Après toutes ces années

J’écris encore

Naturellement, sur ton visage

Tes grands et beaux

Yeux bleus

À travers l’ensemble de ma vision mais l’éclat de la chair

Les yeux bleus

Dans les itinéraires souterrains, dans les pluies fines

Les profils.


Georges Oppen

Lee Miller

dans sa chute

dans sa chute

la lampe découpe

une ombre claire contre

le mur


la chambre alors

vacille


un visage apparait –


ou plutôt le souvenir

d’un visage


je ne sais pas

ce qu’il vient faire ici

Nia Diedl

Ce nom



un nom

âpre

apparait dans le heurt

du jour –


presque un cri


il me prend

la bouche

comme si l’ombre remontait

jusqu’aux lèvres


ma voix

un instant tremble

puis elle se tait

Francesca Woodman

Au 17 rue des fleurs



cette lumière

venue se coucher sur le mur –

je croyais le jour

parti


quelque chose

demeure sur le plâtre


un rai

si faible qu’on pourrait

ne pas le voir


je vais rester là


jusqu’à

ce qu’il s’efface

Alexandre Silberman

(de) Un thé dans la toundra


J’ai grandi avec l’espace

Les voix sont simples

Parfois j’emprunterais

Les mots des poètes

Tu es là

Je suis là

C’est chez toi

Que tu me fais

Entendre la terre


Joséphine Bacon

Jean Paul Riopelle

Terrarium



dans un coin nu

de la chambre

j’entends

la nuit respirer


est-ce une ombre

un songe ouvert


j’ouvre les yeux

le souffle ne faiblit pas


tout près

quelqu’un doit veiller

Shuji Takashi


Anna



elle ajoute

un oiseau

dans la doublure

de sa veste

une poignée de graines

pour son sommeil

à la saison des orages

dit-elle

il en est toujours un

qui ouvre

la cage et s’échappe

dans le jardin

Holger Hoffmann

(de) Géographies de steppes et de lisières



Comment quitter le lac ?

Comment trouver un élément plus ferme

auquel s’accorder ?

On avait travaillé une route au cœur des nuits

froides. On avait élu domicile aux antipodes.

Le moteur tournait, mais la voiture ne quittait

jamais le lieu, des sapins avaient poussé dans

l’habitacle. Le lac persistait derrière la vitre,

avec son charme de premier abri.


Anna Milani

Yves Lacroix

Eva-Maria




ça tombe

juste à l’endroit

où la voix se fend

sans jamais céder

après ça tient

à presque rien

un souffle

un mot

un œil entrouvert –

comme si

dans la fêlure

le corps trouvait

encore de quoi

continuer

Marguerite Bornhauser

Avant la voix

un poème

surgit

dans la blancheur de l’air


comme si

le hasard lui décidait


nul visage promis  

aucun nom d’écrit


juste un souffle

en dedans

qui surpasse la voix

Bertrand Delais