Circonstances – 1


le réverbère

froissant l’asphalte

la nuit hésite

à tomber

je sens tes doigts serrer

mon poignet

tu dis –

il faudrait voir

au creux des visages

ce que la lumière échoue

à faire exister

Jean Fautrier

Convoi


ce souffle ancien

celui du vent dans les hautes herbes

celui du temps que l’on nomme

dieu

les jours passent

en filigrane –

nid d’ombre et de lumière

quand nous

frêles silhouettes

marchons toujours

en suivant la trace

des oiseaux

Makoto Fukui

(de) Sans gravité


Quelqu’un quitte

et l’on retrouve par fragments

ce qui rend la scène possible chaque fois

comme une question remplie de crevasses

se renverse sur nos vies


Hélène Dorion

Serge Clément

Un jeudi



jour

sous la cendre

presque sans poids

qui passe

le temps d’un frisson

dans la lumière

du ciel

Jan Reich

Trouble



la main effleure

la poussière des ombres

aussitôt

quelque chose cède

s’efface

au moment d’apparaître

la main insiste

palpe le vide

une brèche s’ouvre

et sur la page

tremblant

un visage nait

déjà prêt à se fendre

Caroline Dufour

On ne sait


puisque

l’ombre tisse

son propre récit

maintenant

j’hésite

la lumière ruse

s’allonge en lisière

elle feint un horizon

qui recule

mais plus loin

en moi –

souffle de vie

un seul battement

a suffi

Kati Dovellos

(de) Chemin d’éveil


s’il

convient maintenant d’ouvrir les yeux,


ce

sera comme on remonte du fond d’un lac,


brasses

lentes de la pensée,


vers

la surface enfin

où nous attend d’une seule vue


l’étrangeté

des commencements.


Patricia Castex-Menier

Marine Lanier

Il s’assoit


après quoi

l’ombre s’élargit

tout autour

le vent hésite aux persiennes

une aile bat quelque part

hors de portée

l’ombre s’arrête  

ou peut-être pas –

il y ce frémissement

presque imperceptible

le temps se déplie

quelque chose s’ouvre

ou s’éteint

il ne sait pas

Marie Boutier

Jour ordinaire


obstinée

la lueur s’attarde

aux façades de la maison

ouverte

un mot fuyant

s’échappe

entre mes lèvres

les murs eux

demeurent

ils veillent

sur nos ombres

muettes

Will Hooper

Confidence


au sortir

de l’absence

le ciel s’ouvre plus vaste

plus profond

le vent geint

dans une langue familière

des oiseaux sans cri

sans poids

s’accrochent à l’ombre

s’y fondent

comme pour en adoucir

la chute

Le postier tchèque