le réverbère
froissant l’asphalte
la nuit hésite
à tomber
je sens tes doigts serrer
mon poignet
tu dis –
il faudrait voir
au creux des visages
ce que la lumière échoue
à faire exister

Jean Fautrier
ce souffle ancien
celui du vent dans les hautes herbes
celui du temps que l’on nomme
dieu
les jours passent
en filigrane –
nid d’ombre et de lumière
quand nous
frêles silhouettes
marchons toujours
en suivant la trace
des oiseaux

Makoto Fukui
Quelqu’un quitte
et l’on retrouve par fragments
ce qui rend la scène possible chaque fois
comme une question remplie de crevasses
se renverse sur nos vies
Hélène Dorion
Serge Clément
jour
sous la cendre
presque sans poids
qui passe
le temps d’un frisson
dans la lumière
du ciel

Jan Reich
la main effleure
la poussière des ombres
aussitôt
quelque chose cède
s’efface
au moment d’apparaître
la main insiste
palpe le vide
une brèche s’ouvre
et sur la page
tremblant
un visage nait
déjà prêt à se fendre

s’il
convient maintenant d’ouvrir les yeux,
ce
sera comme on remonte du fond d’un lac,
brasses
lentes de la pensée,
vers
la surface enfin
où nous attend d’une seule vue
l’étrangeté
des commencements.
Patricia Castex-Menier
Marine Lanier
obstinée
la lueur s’attarde
aux façades de la maison
ouverte
un mot fuyant
s’échappe
entre mes lèvres
les murs eux
demeurent
ils veillent
sur nos ombres
muettes

Will Hooper
au sortir
de l’absence
le ciel s’ouvre plus vaste
plus profond
le vent geint
dans une langue familière
des oiseaux sans cri
sans poids
s’accrochent à l’ombre
s’y fondent
comme pour en adoucir
la chute

Le postier tchèque