Sans titre


Commencer à écrire… devant la plage blanche, ou l’écran gris… Respirer… une phrase… une ou trois… ou le vide… Rêver… rouvrir le cahier, le fichier… laisser du blanc… Recommencer… rien de sacré… s’ennuyer… aller vers la dixième phrase… à la ligne… Marcher… nager… ouvrir le frigo… Raturer… Couper, jeter… Faire des listes… Reprendre… poursuivre… Déchirer le plan… Ou fabriquer un cadre, inventer des contraintes… Écrire à nouveau… écrire à neuf… ou à l’ancienne… Relire… Monter, recouper… Non… Jeter… Jeter toutes les transitions, abattre les échafaudages… Oui… Suggérer… Ne pas expliquer… Plier du linge, sortir le chien… Métaphores ? … Images ? … Lire… Régler la focale… Ecrire un personnage… Faire des erreurs… Combien d’adjectifs…? Lire à neuf… Oublier… Se souvenir… Accepter… Continuer… Persévérer… Chercher la justesse… la note, la mesure… le rythme, la touche… S’obstiner… glisser… Rêver encore… aller vers la porosité, vers la transe légère… Aller vers la fin… reconnaître la dernière phrase… Céder… Entendre l’avant-dernier mot… encore un… Tout changer… Finir, peut-être… Et le titre ?

Marie Darrieussecq

Y. Park

(de) Creuser la nuit


Creuser

– seule loi, pour qui encor s’obstine

à désirer : l’espace autour de nous

a fondu, là-bas n’est plus

qu’au-dedans – seul

labyrinthe


Sylviane Dupuis

SMITH

Le filament

un filament

sur la joue

glisse lentement

le long de l’os


est-ce le tien

ou le mien


du doigt

je remonte la trace

je cherche son commencement

une origine


ce chemin devait être là

avant toi


j’ai pu le confondre

avec ton pas

Serge Clément

(de) Se recoudre à la terre



on n’en fait rien de

la neige

(toute l’épaisseur de

ce monde dans une fenêtre)

tout juste se demande-t-on

comment ce sera une fois

que tout aura fondu

si la vie sera la

même

et si c’est bien la neige

qui bloque les siens

dans le

silence


Sophie G. Lucas

Sigmar Polke

(de) Dans un lieu commun



assommant philosophe pessimiste

tu mourras

very old comme un fernet branca

emporté par le mal de vivre

qui t’a consolé

toute ta vie


Paolo Universo

Ormond Gigli

Le tesson tiède 1/3



je cherche

un mot –

poreux peut-être

qui ne nierait

ni la nuit

ni les murs lézardés

ni les corps

encore tremblant

d’avoir aimé


ce mot serait

un tesson tiède

dans ma paume

grande ouverte


il pourrait

garder la beauté

de ce qui fut

sans jamais rien

omettre

Caroline Dufour

La main sur l’épaule



une main

se pose sur mon épaule

elle est tiède et légère

elle ne bouge pas


je la sens sur moi

comme si

elle avait toujours été là


dehors

les herbes se couchent

sous le vent

le jour déjà change


la main reste

elle ne repartira pas

Harry Gruyaert

(de) Au bord


D’autres phrases plus proches que les miennes

D’autres silences mieux découpés


Civière, bras inconnus, couloir, ciel, ciel


Tellement plus de feuilles sur les arbres

La ressemblance, trace et oubli


Dans cette histoire quelqu’un lance une flèche, s’en va mourir où la flèche tombe

Ou bien c’est un souvenir de forêt, de courage


Sereine Berlottier

David Alan Harvey

Comme en songe




le jour hésite

encore un peu


de pâles filaments

restent accrochés aux branches


les arbres

sont une terre d’ombre

les chemins s’oublient


peu à peu

le silence retrouve sa place


Paxti Laskrai