La même nuit



le vent

tient dans sa paume

la chaleur des nuits d’été


la chambre est ouverte

l’air ne suffit pas


je me tourne

alors épaule contre sol


quelque chose remue

au-dessous de moi


la terre

on dirait – ne dort pas

Kathleen Meier

L’arche


une arche

le vent

un ciel qui se penche


l’arche se fissure

le vent rit

le ciel se relève


je suis là

immobile


je ne peux ni aller

ni repartir


mes os claquent

dans le froid


ce qui vient

tient

à presque rien

SMITH

Les oiseaux



quelques oiseaux

tournent

au-dessus de la maison

à deux


ils vont de toit en toit  

sans jamais y descendre


leurs cris les précèdent


on ne sait

ce qu’ils veulent

ou même

ce qu’ils nous reprochent


chaque soir

ils reviennent

et nous les regardons crier

derrière nos fenêtres

Andrei Fărcășanu

Les deux empires


Je ferme à demi les yeux

je tends une main

et je divise

d’un coté

il y a l’empire

de la fenêtre

de l’autre

l’empire

de la porte

de même le pape

après la découverte

de l’Amérique

a partagé le continent

entre Espagnols

et Portugais

mais je ne suis pas

le pape

je suis

qu’un pauvre type qui est seul

et regarde.


Alberto Moravia

Jean Munoz

(de) Traverso


il pleut

la mer se retire du paysage

dans une barque retournée

la poésie vaut-elle la peine ?

comme si la mer se retirait

comme c’est pompeux comme c’est loin

d’un chagrin singulier

on rentre les épaules

on rentre les mots

il pleut


Véronique Wautier

Hélène Bamberger

Le tesson tiède 3/3



je me dis

dans un souffle

à peine –

je n’efface rien

je demeure

en moi


comme un lieu

où la lumière

change de place

sans jamais

révéler

d’où elle vient

Caroline Dufour

Sur le sol



dans les lueurs

du soir

les heures s’en vont

à tâtons


la chambre est immobile


je vois

une ombre allongée

sur le sol


quelqu’un est tombé ici

?

Benjamin Juhel

Sans titre


Commencer à écrire… devant la plage blanche, ou l’écran gris… Respirer… une phrase… une ou trois… ou le vide… Rêver… rouvrir le cahier, le fichier… laisser du blanc… Recommencer… rien de sacré… s’ennuyer… aller vers la dixième phrase… à la ligne… Marcher… nager… ouvrir le frigo… Raturer… Couper, jeter… Faire des listes… Reprendre… poursuivre… Déchirer le plan… Ou fabriquer un cadre, inventer des contraintes… Écrire à nouveau… écrire à neuf… ou à l’ancienne… Relire… Monter, recouper… Non… Jeter… Jeter toutes les transitions, abattre les échafaudages… Oui… Suggérer… Ne pas expliquer… Plier du linge, sortir le chien… Métaphores ? … Images ? … Lire… Régler la focale… Ecrire un personnage… Faire des erreurs… Combien d’adjectifs…? Lire à neuf… Oublier… Se souvenir… Accepter… Continuer… Persévérer… Chercher la justesse… la note, la mesure… le rythme, la touche… S’obstiner… glisser… Rêver encore… aller vers la porosité, vers la transe légère… Aller vers la fin… reconnaître la dernière phrase… Céder… Entendre l’avant-dernier mot… encore un… Tout changer… Finir, peut-être… Et le titre ?

Marie Darrieussecq

Y. Park

(de) Creuser la nuit


Creuser

– seule loi, pour qui encor s’obstine

à désirer : l’espace autour de nous

a fondu, là-bas n’est plus

qu’au-dedans – seul

labyrinthe


Sylviane Dupuis

SMITH

La cuccina



la main

qui enroule

déroule

une mèche


le pli

des lèvres


ce regard clair

presque franc


sa façon

de tenir la lumière


d’être proche

sans jamais rien laisser

paraître


même après

ce qui a eu lieu

Serge Clément