une mer
plus sourde
plus lente
avec
un long trait d’écume
sans cesse
qui revient toucher
le rivage
l’air est doux
le silence vaste
le corps s’oublie
il ne pèse plus
il respire
dans le souffle du poème

Valentina Luraghi
une mer
plus sourde
plus lente
avec
un long trait d’écume
sans cesse
qui revient toucher
le rivage
l’air est doux
le silence vaste
le corps s’oublie
il ne pèse plus
il respire
dans le souffle du poème

Valentina Luraghi
infrangible est
le récit où
je m’enferme chaque soir
je le connais
par cœur
même si
parfois
il manque quelques mots
comme il tient sans eux
je me dis
c’est lui qui raconte

Jason Decaires
: qu’adviendra-t-il de l’espace
qui m’appartient quand
je n’y serai plus ?
dans l’ombre.
sur le dos.
je me souviens.
je veux oublier.
je ne suis pas plus vieille
que je ne le fus jamais : détail de mon visage
dans le miroir gravé par mes ongles :
écouter dans l’ombre.
avec quelle peine
mon cœur bat.
Mila Haugová
Emmanuelle Becker
je reste
un long moment
devant la porte
entrouverte
je ne dis rien
j’écoute ce qui vient –
la ronce demeure la conscience
du jardin
quelques gouttes tombent
dans l’épaisseur du vent
mon visage
se tourne vers un carré
d’herbes hautes
quelque chose
les traverse
mais rien n’y prend voix

Michel Dheurle
Au bord du
carré ébloui
les cassis odorants – coriaces – odorent
et je regarde
la pie sur l’herbe fraîchement coupée. Blanches
rémiges rangées sur le corps noir
beau ventre blanc et flancs quelle
mécanique suscite ainsi
ses saccades éblouissantes
m’étourdissent
Adèle Nègre
Lua Ribeira
une ombre
comme un voile tremblant
effleure
la peau des murs
les voix –
plutôt une rumeur tiède
s’enroulent
dans le halo bleu
puis
l’accoudoir chavire
sous ma tête
et je tombe à l’envers
du jour

Marchi
La fin du soleil rasoir
Le manteau d’arbres léopardés
Les lignes temporelles
Et
Un claquement de doigt.
Le village transpire
Les martinets nagent
S’étiole la compagnie.
Quand je suis devenue oiseau, je suis devenue martinet
Devant moi, vivait un peuple d’air aux sons bénéfiques
J’ai aimé disparaître, sortir du temps.
Marine Vassort
Clara Chichin et Sabatina Leccia
J’ai marché avec les navires
me suis tenue près des ponts
on m’a jetée à la rue
avec les feuilles tombées des ormes.
J’ai possédé un automne
un nuage de lumière
près d’une sombre cheminée
et un nom étrange
que personne n’a pu deviner.
Leah Goldberg
Newsha Tavakolian
où le rêve
touche au jour
une voix d’algue bruit
sous le verre coloré
ce sont
des bribes qui remontent
de la profondeur
à demi effacées
le matin
plus tard viendra
les ramasser

Frédéric Gallier
j’écris
à voix basse
des mots sur le papier
la main va lentement
elle ne sait rien
de plus que moi
elle avance
elle revient
le soir tombe
l’œil fatigue l’instant
je relis ce qui est là
je ne me reconnais pas

Fernand Desmoulin