Yosano Tekkan

 

yeux fixés

sur le cou d’un chameau

qui se tient immobile

moi aussi j’attends tranquillement

l’approche de mon heure

 

Yosano Tekkan

Image Miro

 » Je suis quelqu’un de solitaire et je suis aussi quelqu’un qui n’essaie pas d’échapper à la solitude. Je plonge silencieusement dans ma solitude et je l’accepte en conversant avec elle. Je pense qu’au final nous sommes tous solitaires. On essaie de s’exprimer, on essaie de remplir sa vie avec des activités variés, des interactions sociales, de se mettre au centre de la société, mais enfin, tout cela a pour but d’échapper à la solitude… »

Yoko Ogawa

 

http://www.parutions.com/index.php?pid=1&rid=1&srid=140&ida=15652

Pour mourir

Un sou trop neuf qui roule dans l’ornière ou le soleil couchant. Maintenant, le ruisseau borde la route longue et la clarté secrète sursaute au carrefour en croix.

Les arbres étendent l’ombre. On entend que leur voix. Le feu s’éteint. Trop loin pour qu’on s’arrête. Il ne passera plus personne. La campagne est muette. Les pierres sèches. Un mur détruit. Le silence reprend. Un oiseau s’enfonce dans l’herbe pour mourir.

Pierre Reverdy

Image L’oiseau jaune – Georges Braque

 

Montmartre

 

indifférente

à la foule

qui languit

sur le garde-corps

tu te hisses –

ma belle

pour saisir du regard

tout Paris

soleil de mars –

l’hydre engloutit

l’horizon

et la ville –

dis-tu

n’en est que plus

belle

tv5

Yves Bonnefoy

« Écrire, en poésie, disons plutôt en direction de la poésie, c’est assurément tenter de forcer sa voie vers l’immédiat dans la chose, vers ce que j’appelle la présence, et cela prend et reprend sans cesse, ou devrait sans cesse reprendre, l’aspect d’une sorte de théologie négative : celle-ci est la déconstruction des représentations dont sont faites nos idées du monde et des autres, conceptuelles et donc abstraites et réductrices. Ce négatif est le début de la poésie et quand quelqu’un est parvenu en ce point, réellement, c’est parce que depuis un moment déjà, il a fait de ce travail sa grande entreprise, abandonnant les affirmations naïves de son lyrisme d’adolescent pour entrer ainsi dans les mots par en dessous du réseau de leur signification, au risque d’ailleurs de ne rien dire au sens habituel du mot dire ».

Yves Bonnefoy – in « L’inachevable ».

Soir

Ma Lucie avait-elle les pieds dans le ruisseau ?

Trois immenses peupliers

une étoile.

Le silence mordu

de grenouilles parait

une gaze piquée

de verts grains de beauté.

 

Sur la rive

un arbre sec

se voit fleurir en cercles

concentriques.

 

Et sur l’eau mes songes s’évadent

vers une fille de Grenade

 

Frédérico Garcia Lorca

Image El Nino

Naître

 

Naître en prenant le temps l’espace

comme on prend un train pour ailleurs

pour des vergers comme des pages

d’abeilles butinant le blanc

quand l’allégresse des enfants

surgit de la légende fraîche

du linge qui gifle le vent

 

Raymond Farina

ImageRaphaël Lonne

 

 

Vertige


d’où vient

l’eau qui coule

sur mon visage

et pourquoi

ces doux murmures

à mon oreille

mon corps

sur l’herbe détrempée

pèse la pierre

la nuit

est pleine de phares

et de cris


on dirait une mère

qui voudrait

reprendre un petit

Takashi Shuji

De loin en loin

Ruban d’arbres tissés de brumes diffuses

Ceintures de montagnes à la nostalgie émeraude

Le soir pénètre dans le pavillon

Quelqu’un s’attriste là-haut

Ceinture de montagne

Vaine attente sur le perron

Les oiseaux se hâtent au retour

Est-il donc voie de retour pour les humains ?

Tant de kiosques le long des routes,

de loin en loin…

Li Po

Image  Zhang Xiaogang