Anise Koltz

 

« Dès que j’écris une phrase, je suis désorientée et embarrassée, déjà j’ai envie de la rejeter pour dire dans la suivante le contraire. C’est que j’ai toujours l’impression que l’essentiel m’échappe. La double face, le coté caché des choses.

D’autant plus que la poésie doit témoigner du mouvement de notre époque.

Or jamais dans l’histoire de l’humanité, il n’y a eu siècle plus barbare que le notre. Et les horreurs continuent et se multiplient dans tous les coins du monde. Nous sommes impuissants face à tant de misère, de corruption et de manipulation. Faut-il passer devant les drames qui ont lieu, les yeux fermés de peur d’être soi-même broyés par la violence ?

Le poète doit donc aussi prendre positon face au monde qui l’entoure.

Finis fleurs et petits oiseaux, Dieu est mort. »

Anise Koltz – in Somnambule du jour

 

Anniston



les enfants

d’Anniston

nous fixent

de leurs grands yeux

crevés

ils sont silencieux

n’ont pas les mots

qu’il faut pour

se recommander

à nos prières

tv5

image-e1448366370628 Samuel Bollendorff

Au loin

 

Mutité à nouveau, spacieuse, une maison – :

Viens, tu dois habiter.

 

Heures, qui s’échelonnent, belles comme malédiction : atteignable

est l’asile.

 

Plus mordant que jamais l’air qui reste : tu dois respirer,

respirer et être toi.

 

Paul Celan

Jeff Wall

 

 

Un morceau de lumière

 

J’écris des dates

le temps qui les traverse

ne laisse qu’un peu de poudre humide

parfois les feuilles remuent

le ciel n’est pas le ciel

le jour est un reste de regard

 

Jacques Ancet

 Cristina Coral

 

 

 

La maison du vide



j’habite

dans le fauteuil rouge

près la fenêtre


ici les yeux sont

sans visage

le jour c’est la nuit


les voix

ont aussi une part

d’ombre


on dirait

que l’autre monde

déjà nous entrevoit

Fernanda Frazão

Armure du matin

 

Je ne sors plus

de moi. Je traverse

mes lèvres

sans voir que le soleil

déchire l’air

des murs

J’invente des couloirs

où le froid s’accumule

courbe

jusqu’à ce cri.

 

Claude Esteban

 Amy Colebrook

Raymond Queneau

 

Ce soir

si j’écrivais un poème

pour la postérité ?

fichtre

la belle idée

je me sens sûr de moi

j’y vas

et

à

la

postérité

j’y dis merde et remerde

et reremerde

drôlement feintée

la postérité

qui attendait son poème

ah mais.

 

Raymond Queneau

 

 

« Über allen Gipfeln ist Ruh »

 

La lune s’envase

jusqu’aux yeux

elle est à peine visible

 

je veux la guetter

écorcher son ventre blanc

et la préparer

 

sa viande a la saveur

du poisson de mer

 

Anise Koltz

image-e1448366370628 Ade Adekola

 

 

Vérrou

.

à peine un mot

ce mot

et tu tournes le dos

pour trancher l’intérieur de

ta propre histoire

image-e1448366370628 Hélène Duclos