poser encore
quelque chose comme un ciel
ou un linoléum
quelque chose comme bleu
bleu débandé
et bleu encore ensuite après
sans pouvoir en finir
l’important n’est pas d’être là
on le saurait
mais d’être encore pourtant
là
sans être sûr
Antoine Emaz
« Etre japonais, je ne sais pas ce que cela signifie. Je suis japonais de nationalité. Mes parents sont japonais. Je suis né ici. J’écris en japonais. J’aime les sushis… A part cela, je ne sais pas. J’ai découvert que j’étais japonais lorsque je vivais aux États-Unis où l’on me renvoyait sans cesse une image : celle « d’écrivain japonais ». Est-ce si important ? Sans doute la manière de penser, de regarder un paysage sont-elles marquées par une culture. Mais je ne pense pas que clarifier la différence soit si essentiel. C’est le message qui l’est – au-delà des particularités réelles ou supposées d’une appartenance culturelle. »
Haruki Murakami
S’il est vrai
que « lorsque tout autour
est sombre, les yeux
commencent à voir »
alors je vois
très bien.
J’écoute ce vent
qui me ramène à toi,
cette tempête
de cris
au travers des murs de la nuit,
des portes,
des branches, des feuilles mortes,
des pas,
solitaires, j’écoute
cet hiver
sans firmament,
ce cortège de songes
jetés en plein vol…
Roberto Veracini
Sous un ciel étranger
ombres roses
ombres
sur une terre étrangère
entre roses et ombres
dans une eau étrangère
mon ombre.
Ingeborg Bachmann
Dans une barque éteinte
Je dors à petit feu
La vie me porte
et je la porte Une voix tremble
La maison se recueille
Le jour n’a pas de nom
Georges Haldas
Il y a terreur, mais
aujourd’hui, je peux marcher :
bien travaillé, aplani les jours et
les coups, je me souviens, la voix
de l’autre coté : tu n’as rien vu et
terreur, encore, a frappé, mais
les cris, ce jour, se sont éloignés et
là-bas, comme elle se resserre,
je marche, elle crie
je marche dans l’écho,
jusqu’au bout de sa parole.
Alain Veinsten
Au cœur de l’hiver,
Contrairement à toute attente,
Au milieu des arbres
On croirait voir des fleurs
Tant il est tombé de neige.
Ki no Tsurayuki