herbes sèches
épines
silex
le jardin
désormais
est abandonné
aurait-il
fait beau le jour d’avant
serais-je
ici venu plus souvent –
dans leurs yeux
rougis
l’enfant court
encore ici
comme autrefois

Graziela Iturbe
herbes sèches
épines
silex
le jardin
désormais
est abandonné
aurait-il
fait beau le jour d’avant
serais-je
ici venu plus souvent –
dans leurs yeux
rougis
l’enfant court
encore ici
comme autrefois

Graziela Iturbe
Nous finîmes par sortir
de la brume de la nuit.
A présent, personne ne reconnaissait personne.
Le sens, nous l’avions perdu en chemin.
Personne ne demanda non plus avec insistance :
Qui es-tu ?
Répondre, nous ne le pouvions pas.
Nous avions perdu
nos noms.
Loin de là, le tonnerre
venu d’un cœur qui ne cède pas
déjà à l’œuvre.
Nous écoutions sans comprendre.
Nous étions arrivés au plus lointain des lointains.
Tarjei Vesaas
Le temps passé dans une chambre où tout est noir reviendra plus tard. Alors j’apporterai une petite lampe et je vous éclairerai. Les gestes confus se préciseront. Je pourrai donner un sens aux mots qui n’en avaient pas, et contempler l’enfant qui dort en souriant.
Est-il possible que ce soit nous-mêmes en vieillissant ? Il y a quelques morceaux de ruines qui tombent. Ceux-là ne se relèveront plus. Il y a aussi quelques fenêtres qui s’éclairent. Et devant la porte un homme solide et doux qui connaît sa force et qui attend. Il ne reconnaîtrait pas lui-même son visage.
Pierre Reverdy
Ce soir
La nuit est bleue
Avec un parfum de girofle
Sous la pierre lente et chaude
Tu vas et viens
De ton cœur
Au jardin
Et le pouls des planètes
Pourrait cesser de battre
Sans que la peur
Ne soit nommée
Dans la douceur des choses.
Hélène Cadou
j’ai rêvé de voler
et c’est ainsi que je l’ai voulu
et même quand le ciel
à l’improviste
est tombé,
croyez-moi,
je n’ai jamais cessé
de voler
Roberto Véracini
Il n’y a pas de porte. Tu y es
Et le château embrasse l’univers.
Il ne contient ni avers ni revers
Ni mur extérieur ni centre secret.
N’attends pas de la rigueur du chemin
Qui, obstiné, bifurque vers un autre,
Qu’il ait une fin. De fer est ton destin
Comme ton juge. N’attends pas l’assaut
Du taureau qui est homme et dont, plurielle,
L’étrange forme est l’horreur du réseau
D’interminable pierre qui s’emmêle.
Il n’existe pas. N’attends rien. Ni cette
Bête au noir crépuscule qui te guette.
Jorge Luis Borges
tu peins
de couleurs
primaires
le visage
en plâtre
des statues
mais
au matin
tu rejoins la foule
de ceux
qui prient
le retour
de l’esprit sain
.

Antonnello Severini