(de) Arrière-plans

.

Dormeur solitaire

Je ne rêve rien

Qu’on ne puisse rêver

Je vois la nuit en face

sans me voir

quant à vous vous troublez

ça et le miroir

entre les vieux nuages

ainsi je ne suis seul qu’avec vous

et ma propre absence

prête à être écrite

.

Christophe Mahy

Hanna Putz

La joie du mot



l’aurai-je

inventé

ce rivage

au feu du couchant


cet oiseau

à l’encre noire

qui danse

seul

dans les nuages


ou est-ce

un pli de lumière

ouvert

aux quatre vents


Stéphan Vanfletren

(de) Beaupré

.

il n’y a

dans la véranda

que la table où nous sommes où nous ne sommes

pas

quelque chose 

n’est plus moi quand j’écris mais je t’écris encore

.

Eric Sautou

Fergus Padel

Sans titre

.

Pas un rayon encore,

le vert sèvère des feuillages,

l’étendue du ciel pâle

et presque rien ne bouge

ni se fait entendre,

nous avons franchi la porte,

tiré les chaises et la table

devant ce paysage de l’aube

au sortir d’une nuit incertaine.

.

Paul de Roux

Zao Wou-ki

Au feutre


dans le fatras obscur 

des images – es-tu

seulement couchée ?

au loin

coraille un oiseau

de proie  

quelque chose imbibe la nuit

la distance

ou peut-être le silence – buvard d’un cri

teint à froid

la lumière faiblit

le destin entre

dans la chambre

silencieux

il s’assoit

Marie Bouttier

Poème réversible



ce visage

à grands traits

qui revient

le soir

c’est juste

un souffle

une ombre

un aplat à peine

éclairé

et si je tends la main

pour toucher

sa fragile matière

il s’efface

avant que je puisse

l’appeler

Joseph Hofer

.

Mise en abyme


à saigner

la langue

jusqu’à l’os

aiguiser sans relâche

les douleurs d’entrailles

à ne célébrer

que la distance

dans l’essai du matin

il advient

que l’oiseau et la proie

fassent un

Laura Letinski

(de) Errer mortelle

.

Pour seules vivres

l’os du chemin

rongé par la lumière

.

pauvre est le sol

où s’use la pierre

sous les rafales  du vent

.

citernes vides

remplies d’échos

sources taries dans l’air hautain

.

le chemin n’est que poudre d’os

dans la paume de la terre

.

José-Flore Tappy

Serge Clément

Servitude



ces larmes

sans nom

on ne sait plus

à qui elles appartiennent

ni ce qu’elles

traversent

elles tombent

sans mémoire

comme si le corps

qui ne sait plus

dire je

avait perdu

jusqu’à son bord

Maria-Luisa Imperiali

Sole mio

.

Mes pieds

glissent

océan

agapes

la-haut, ils

les bons hommes

érigent des montagnes

c’est l’heure de sable

ça sent le parfait

jusque dans le ciel

il est temps de

poser mes falaises

au rythme

«  Un deux – moins vite,

vois commes ça chaloupe »

des vagues

.

Anne-Laure Lussou

Can Dagarslani